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Politique Archives N°52
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Belgique: plus forte que la Chine!

Gabriel MAISSIN

Chers lecteurs, lorsque vous lirez ces lignes, je ne sais quelle Belgique aura émergé de cet interminable imbroglio. Mais il en va des pays comme des trains. Un pays peu en cacher un autre. Jugez plutôt! Selon le «World investment Report» de la Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement publié ce 14 septembre 2007, la Belgique a connu un engouement extraordinaire de la part des investisseurs étrangers. À tel point que le montant total des capitaux étrangers dans notre pays ont dépassé les montants investis en Chine. 72 milliards de dollars contre 69,5 milliards. Voici le haut du classement des pays qui attirent le plus d’investissements étrangers directs: États-Unis: 175 milliards, Royaume-Uni: 140, France: 81, Belgique: 72, Chine 69, 5. Pour la Belgique, la hausse est spectaculaire: un quasi doublement par rapport à 2005. Les raisons dans ce mouvement sont a cherché dans la parfaite maîtrise par les firmes et autres investisseurs du mode d’emploi de la mesure fiscale des «intérêts notionnels» Depuis 2005, les entreprises ont la possibilité de déduire des intérêts fictifs (dits notionnels) sur le capital à risque. Cela signifie que l’ont déduit de la base imposable de l’impôt des sociétés un montant équivalent à une rentabilité fictive des capitaux propres, calculé sur un taux fixé par la loi. http://www.businessandlaw.be/article1107.html. Le rapport n’hésite d’ailleurs pas à qualifier la Belgique comme le Luxembourg de pays à «très forte attractivité transnationale». Ce chiffre étonnant doit cependant bien être compris. Face à ces entrées massives, on constate aussi des sorties: les investissements de firmes belges à l’étranger sont passés de 31,7 milliards en 2005 à 61 milliards en 2006. La Belgique se positionne ainsi non loin du peloton de tête des cinq premiers pays en fonction de leurs investissements à l’étranger : États-Unis avec 217 milliards, France : 115, Espagne 89,7, Suisse : 81,5, Royaume-Uni : 79,5. On peut cependant se poser la question du rapport entre ces mouvements de capitaux et la santé économique et sociale de notre pays. En grande partie nous sommes face à des mouvements qui participent à cette fameuse «bulle financière» et à une vague de fusions-acquisitions à grande échelle. Le tout a, chez nous, peu d’impact en termes de création d’activités productives ou de services. Et les perspectives en termes d’emplois sont faibles, voire négatives comme dans les cas de restructurations. En second lieu, le prix à payer pour rendre notre pays «attractif» se traduit par un déficit fiscal, qui commence à apparaître dans les discussions budgétaires. La conséquence en sera que les revenus du travail, les transferts de sécurité sociale et les investissements publics paieront la note dans les prochains budgets. Dans notre petit pays de cocagne, nous risquons de voir le décor changer. Alternance typiquement belge, après la phase «conféréalo-communautaire» on pourrait revenir à la phase «économico-austère». On passerait ainsi de la lancinante question des transferts nord-sud, à celle non moins palpitante des transferts du bas vers le haut. Transferts qui sont toujours en cours d’ailleurs, puisque l’Institut des comptes nationaux vient d’annoncer que la part des salaires dans le produit intérieur, qui était encore de 59~% en 1980, vient de passer sous la barre des 50~%. Les revenus du capital ayant connu automatiquement la fortune inverse. Quand en vous dissez, qu’une Belgique peut en cacher une autre!

Mots-clés : Economie

Economiste (UCL), spécialisé en sciences de la population et du développement. Chercheur associé du réseau Econsosphères. Membre du collectif éditorial de la revue Politique. maissingab@arcadis.be

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