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Politique Archives N°65
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Bruxelles : l’enjeu n’est pas en périphérie

Rédaction

BHV, les six communes, les trois bourgmestres… Pourtant, l’essentiel, ce ne sont pas les droits et devoirs de quelques milliers de francophones de la périphérie. Il y a même quelque chose de révoltant à accorder une telle importance au bien-être d’une population restreinte qui compte parmi les plus privilégiées du pays dans les nouveaux équilibres à trouver pour la Belgique fédérale. Pendant ce temps, l’avenir des centaines de milliers de Bruxellois victimes de la dualisation spatiale et sociale de leur ville semble ne préoccuper personne. Cet avenir est aussi le cadet des soucis de la N-VA qui risque de se retrouver maîtresse du jeu. On connaît son scénario. Comme personne ne peut raisonnablement rêver qu’une Flandre autonome puisse emporter Bruxelles dans ses bagages, l’objectif sera d’y imposer le « condominium », c’est-à-dire la cogestion de la ville de l’extérieur, par les deux Communautés. Selon la désormais célèbre «doctrine Maddens», les Bruxellois passeront sous les fourches caudines de la Flandre quand ils viendront pleurer pour obtenir un refinancement. Car si les Wallons peuvent éventuellement n’être «demandeurs de rien», ce n’est absolument pas le cas pour Bruxelles. Cette ville est riche, mais ses habitants sont pauvres. Et ils le seront de plus en plus si ses classes moyennes aisées continuent à la quitter.

…si les Wallons peuvent éventuellement n’être «demandeurs de rien», ce n’est absolument pas le cas pour Bruxelles. Cette ville est riche, mais ses habitants sont pauvres. Et ils le seront de plus en plus si ses classes moyennes aisées continuent à la quitter.

C’est là qu’on peut apprécier une certaine myopie flamande : si Bruxelles n’est pas sérieusement refinancée, si la qualité des services publics n’y est pas sensiblement améliorée – à commencer par l’enseignement, dont l’état est encore plus désastreux à Bruxelles qu’ailleurs, en plus d’y avoir des structures totalement inadaptées –, l’exode de ses habitants les plus aisés continuera et la spirale de l’appauvrissement de la ville s’amplifiera… en même temps que la francisation de la périphérie. Car, malgré les rodomontades de quelques politiciens de clocher, le libre marché de la Flandre prospère et libérale accueillera toujours à bras ouverts ceux qui peuvent payer. Pour éviter ce scénario, il faut s’interroger sur la localisation de l’impôt des personnes physiques. Celui-ci est perçu sur le lieu du domicile. Les finances bruxelloises, qui déjà ne profitent pas de la présence à Bruxelles des fonctionnaires européens, ne sont pas non plus alimentées par les navetteurs flamands et wallons qui occupent plus de la moitié des 600 000 emplois qui y sont localisés. Ne serait-il pas équitable qu’une partie au moins de cet impôt soit perçue sur le lieu du travail, ce qui motiverait la Région bruxelloise, dont la gestion est systématiquement mise en accusation en Flandre, à stimuler la création d’emplois, en espérant un return budgétaire de cette création ? Si cette situation ne change pas (et particulièrement si la Flandre y fait barrage), chaque ménage bruxellois aisé qui quitte la ville, c’est autant de recettes fiscales en moins pour Bruxelles qu’il faudra compenser autrement et autant de fransquillons en plus en Flandre. Cherchez l’erreur…

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