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Politique Archives N°40
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Démocratie

Mateo ALALUF

DÉMOCRATIE : Le «déficit démocratique» qui caractériserait l’Europe alimente tous les débats. Le Traité constitutionnel soumis à ratification comblerait-il ce déficit ou au contraire l’aggraverait-il davantage? La montée de l’extrême droite nourrit les pires craintes pour la démocratie. Quelle attitude peuvent adopter les démocrates vis-à-vis des ennemis de la démocratie? Faut-il intégrer ou exclure du système démocratique les partis qui prônent son abolition? La perplexité face à toutes ces questions disparaît comme par enchantement à la lecture de la dernière livraison de Regards économiques (Avril 2005, n°29). Les économistes de l’UCL qui publient cette revue ont décidément rompu avec les mauvaises habitudes des chercheurs qui se contentent habituellement de poser des questions. Ils apportent des réponses. Mieux, ils donnent LA bonne réponse : le marché est la solution de la démocratie. Dans sa contribution intitulée «La concurrence entre gouvernements : un impératif de bonne gestion publique», Jean Hindriks nous fait d’abord partager une évidence : «dans le secteur privé, la concurrence favorise l’efficience». Donc, «pourquoi le même effet disciplinant de la concurrence ne pourrait-il pas s’appliquer au secteur public?» Il est important pour l’auteur de livrer, au même titre que les entreprises, «les communes, les villes, les régions et les pays» à la concurrence. C’est ainsi que les décisions publiques deviendraient optimales. Car, comme pour les prix, «la concurrence entre gouvernements et juridictions devrait les inciter à satisfaire au mieux les attentes de leurs citoyens». En conséquence, «la concurrence intergouvernementale peut en effet offrir un meilleur contrôle des décideurs publics». En effet, les électeurs étant mal informés, ils ne peuvent faire les bons choix. Les choix adéquats peuvent par contre découler de la comparaison des performances entre gouvernements voisins. Le récent rapport Mc Kinsey qui compare les performances wallonnes aux régions voisines ou encore le rapport PISA sur les performances scolaires constituent, suivant l’auteur, des avancées notables de la démocratie. Il faut se rendre à l’évidence. «La concurrence accrue tend à limiter les dépenses publiques». Et «une plus grande concurrence entre les zones scolaires a un effet significatif en améliorant la qualité de l’éducation et en réduisant les dépenses par étudiant». La conclusion s’impose : «la concurrence intergouvernementale permet de discipliner les hommes politiques et de limiter les gaspillages en termes de dépenses publiques». La question démocratique est ainsi résolue par le marché. C’en est fini des électeurs idiots qui ne comprennent rien à la chose publique, comme des syndicats qui revendiquent des droits au lieu d’accomplir des devoirs. Les dirigeants seront validés par le marché. Inutile d’user de démagogie et de consulter les électeurs. Ceux-ci n’auront qu’à obéir à leurs dirigeants. Il fallait oser le dire : le peuple n’est pas habilité à contrôler les élus. La concurrence est seule à même de les contrôler. Tout devient alors clair. La consultation populaire est inutile et les revendications syndicales illégitimes. «La concurrence intergouvernementale» nous protège tout à la fois de l’abus de pouvoir des dirigeants, de leur incompétence et de leur incohérence. Si les dirigeants sont validés par le marché, les dirigés ne pourraient que se soumettre. Désormais, après un long cheminement depuis l’antiquité athénienne, la démocratie trouve-t-elle enfin son accomplissement dans le marché. Comme il se doit, le scientifique reste toujours prudent et nuancé. Aussi, Jean Hindriks se limite-t-il, suivant ses dires, à «tempérer l’opinion prédominante sur les méfaits de la concurrence fiscale et des menaces de délocalisation…». Il en est d’ailleurs un chaud partisan. Nous voici enfin rassurés.

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