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«VW a laissé croire que la fermeture était inéluctable»

Hugues LE PAIGE

Entretien avec Mateo Alaluf Professeur à l’ULB (Institut des sciences du travail).

Dans le dossier VW Forest, beaucoup d’observateurs ont été frappés par la retenue des travailleurs, immédiatement après l’annonce des pertes d’emploi, singulièrement par rapport à ce qui s’était passé à Vilvorde ou à Clabecq… La réaction est effectivement très différente. Mais nous sommes — en tout cas par rapport à Clabecq — dans un schéma très différent. Le problème se trouve au niveau d’une entreprise multinationale et dans lequel sont engagés tous les sièges de l’entreprise — alors que dans le cas de Clabecq, par exemple, il s’agissait d’une sidérurgie indépendante. L’usine VW de Forest est dépendante de décisions qui se prennent dans des régions et des pays différents. Deuxième élément: si les ouvriers de VW s’attendaient à un plan de restructuration, en aucun cas ils ne s’attendaient à ce qu’il soit aussi violent. À mon avis, il a d’ailleurs été mal interprété; il a été interprété d’emblée comme une fermeture déguisée. Or, les travailleurs ne s’attendaient pas du tout à une fermeture. Face au côté inéluctable d’une fermeture, ils se sont donc trouvés en très grande difficulté pour définir une stratégie alternative, laquelle devait pouvoir engager d’autres sièges, sinon l’ensemble de la production de VW. Or, l’idée est clairement que si l’on conserve quelque chose à Forest, c’est au détriment d’un autre siège… Cela met donc systématiquement les travailleurs en concurrence. Et construire une solidarité, construire un plan alternatif, alors même qu’ils sont en rivalité, était quelque chose de très difficile. D’où la difficulté de mobilisation. Jusqu’ici, on n’a pas non plus repéré de leaders syndicaux aussi «charismatiques» que Karel Gacoms chez Renault, ou Roberto D’Orazio à Clabecq… C’est un mouvement social qui sécrète des leaders, et non l’inverse. Le leader n’est pas préalable au conflit. Il n’est donc pas exclu que des leaders se dégagent à VW Forest. À peine l’annonce faite du départ de la Golf, VW a rouvert des perspectives aux ouvriers (maintien de la Polo, arrivée de l’Audi A1…). S’agit-il d’un plan de communication étudié pour maintenir le calme — pour ne pas qu’on «casse l’outil» comme on disait naguère? Je n’en suis pas convaincu. La stratégie du groupe a été : un, d’informer très peu (à certains moments, il s’agissait même d’une stratégie de silence complet) ; et, deux, de ne fournir que des informations parcellaires concernant l’Allemagne et la Belgique. Ce qui, je le répète, à fait croire à beaucoup de personnes que le siège de Forest était condamné d’office. Or, moi je pense qu’il n’a jamais été condamné d’office : ce siège a beaucoup de possibilités et le groupe ne tient pas du tout à le perdre. Donc, en réalité, il était non seulement possible, mais nécessaire de discuter un plan industriel. Mais au lieu que la discussion ait été posée en ces termes-là, dès le début, tout s’est passé sur de matière « fantasmatique » – et les médias ont joué un rôle important sur un plan compassionnel. Ce n’est pas d’un plan industriel que l’on a discuté mais d’une catastrophe qui s’abat. À partir de la catastrophe, évidemment, tout prend d’autres dimensions. Le leurre, ce n’était donc pas tellement le fait de parler de l’A1 ou d’un autre modèle, mais de faire croire qu’il n’y avait qu’une solution : la fermeture. Tout le plan de communication, il est là. Depuis la rencontre entre Guy Verhofstadt et les patrons allemands, vendredi, on semble revenu sur un terrain plus concret. Un élément positif? Certainement. Cela montre que Volkswagen a bien l’intention de maintenir l’entreprise de Forest. Ce qui doit être discuté maintenant, c’est ce plan pour 2009 (date annoncée des investissements nécessaires à la production de l’A1, NDLR) et comment la transition va se faire d’ici là. Et en particulier, si des diminutions d’emploi vont être effectuées, quel sera le plan social qui sera négocié. De ce point de vue, la question des prépensions sera un point central. Le Premier ministre dit : « Nous avons fait des efforts : nous avons notamment réduit les charges sur le travail de nuit et en équipe », mais les travailleurs ont aussi fait des efforts : en travaillant de nuit et en équipe… Donc, si l’on fait des exonérations pour VW, on pourrait aussi en faire pour les travailleurs en ce qui concerne les prépensions.

Mots-clés : EntretienLe Soir

Journaliste-réalisateur, membre du collectif éditorial de « Politique »

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