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Politique Archives N°56
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Le capitalisme est une idée qui vieillit mal

Gabriel MAISSIN

Voilà nous y sommes : l’économie mondiale est en crise. L’injection massive de capitaux publics dans les institutions de crédits semble mettre fin à l’euphorie néolibérale du «tout-au marché». Certains, à gauche, en sont presque satisfaits : l’État est de retour ! C’est aller un peu vite en besogne. L’intervention de l’État dans l’économie n’est pas l’apanage de la gauche ! À moins de faire du Général de Gaule, qui développa le secteur public français de l’automobile, du nucléaire et de l’aérospatiale, un digne successeur de Jaurès ! A chaud, il est difficile de passer à côté de l’obstacle de l’écrasement financier et des mesures qui ont été prises. Après tout, qui aurait intérêt à un effondrement brusque du système bancaire ? Que des mesures de régulation et de contrôle sont imposées, voilà qui est la moindre des choses. Elio Di Rupo réclame «un Kyoto de la finance», une série de mesures que les socialistes espèrent voir adoptées au plan européen voir www.ps.be Encore faut-il ne pas se bercer d’illusions et savoir que ces mesures, que tout le monde appelle de ses vœux aujourd’hui, feront l’objet d’âpres discussions et que la finance mondialisée a plus d’un tour dans son sac ! Mais surtout, il ne faut pas, sous couvert de défendre l’intérêt général, oblitérer le débat sur la position face à l’économie de marché qu’a assumé la gauche en général. Depuis plus de trente ans, la gauche a fait l’impasse sur les grandes tendances de l’économie à l’échelle nationale et internationale. À savoir, une baisse continue de la part du produit national retournant aux salariés. Dans le cas de la Belgique, cette part est passée de 70% en 1975 à moins de 50% aujourd’hui. Cette fabuleuse redistribution en faveur des propriétaires de capitaux n’a pas conduit à une hausse de l’emploi, mais au maintien d’un niveau élevé du chômage et à un creusement des inégalités sociales. Les politiques d’austérité budgétaire et les réformes fiscales libérales ont contribué à cette ponction. S’il y a une leçon à retenir c’est que la dérégulation généralisée a laissé la bride sur le cou des marchés financiers, mais que ce fut bien la hausse de l’exploitation du facteur travail qui leur a fourni le carburant ! Dans ces conditions, si un programme alternatif n’émerge pas, réguler les marchés financiers ne sera qu’un travail de Sisyphe. Les points cardinaux d’un tel programme sont connus : la revalorisation des salaires, parce que ceux-ci ne sont pas un coût à réduire, mais bien un revenu, la priorité aux investissements publics visant les besoins sociaux que l’économie refuse de couvrir, la réduction du temps de travail et le renforcement de la protection sociale. Peut-être serait-il temps de reposer comme perspective une socialisation de la production et donc un certain rôle pour une planification économique. «La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d’échapper aux idées anciennes» écrivait Keynes en 1935. Pour notre malheur à tous, le capitalisme est sans doute une de ces idées qui commence furieusement à dater…

Economiste (UCL), spécialisé en sciences de la population et du développement. Chercheur associé du réseau Econsosphères. Membre du collectif éditorial de la revue Politique. maissingab@arcadis.be

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