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Politique Archives N°62
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Le moral des ménages

KAUFER Irène

— Qu’est-ce qui monte, qui descend, qui s’effondre quand les prix s’envolent, a des maux d’estomac en lisant les statistiques du chômage, puis se redresse brusquement quand les Bourses reprennent des couleurs… ? Allez, toutes en choeur : le-mo-ral-des-mé-nages ! — Ouais, c’est évident qu’un ménage n’a qu’un seul moral. Quand monsieur éternue, madame se mouche, et quand madame se marre, monsieur rigole. Et pardon pour les couples homos, c’est pareil. — Je lis dans Métro du 28 octobre : «Un ménage sur dix a des difficultés à boucler les fins de mois». Que ce soit pour mesurer le moral ou la pauvreté, l’unité reste ce fameux «ménage». Quels revenus, combien de voitures, de GSM par ménage ? Peu importe qui peut utiliser à sa guise ce GSM, cette voiture, ce revenu. Alors qu’on sait parfaitement que là où il y a une voiture, c’est plutôt monsieur qui s’en sert. — Tu proposes deux voitures par ménage ? Génial ! — Non, je propose qu’on prenne en considération les personnes, pas les ménages. Tiens, il y a eu une étude intéressante sur la pauvreté, qui ne prend plus en considération le ménage mais les individus voir l’étude complète et passionnante à l’adresse http://dev.ulb.ac.be/dulbea/documents/1435.pdf. Et là, on voit vraiment les écarts de revenus entre hommes et femmes. Les auteurs ont modifié l’angle de vue, contre un présupposé habituel qui voudrait qu’à l’intérieur du ménage, les revenus sont équitablement répartis. «La question qu’il faut se poser est celle de la distribution des ressources entre les membres du ménage et quels sont les risques de pauvreté encourus par chacun des membres». Ils prennent pour indicateur le «taux de dépendance financière», qui représente le pourcentage de personnes incapables de faire face à un montant minimum de dépenses par leurs revenus personnels, elles dépendent donc d’autres personnes pour survivre. Question essentielle quand un ménage éclate. Et il apparaît que le risque de pauvreté des femmes est beaucoup plus important que celui des hommes. En observant neuf pays européens Autriche, Belgique, Espagne, France, Irlande, Luxembourg, Pologne, Suède et Royaume-Uni , on constate que le risque de dépendance est de 35% plus élevé pour une femme que pour un homme en Espagne et au Luxermbpurg, et de 7% seulement chez les meilleurs élèves… Et quels sont ces bons élèves, ou ces moins mauvais, à votre avis ? — Je parie sur la Suède ! — Bingo ! Ce qui prouve que des politiques volontaristes égalitaires peuvent, sinon complètement diminuer l’écart, du moins le réduire. Il reste 7% de différence quand même en défaveur des femmes. Et l’autre pays, à votre avis ? — Bof… Pas la Belgique ! — Eh non, c’est la Pologne ! Eh oui ! La Pologne, seul pays de l’ex bloc communiste reprise dans le panel… — … ce qui semble prouver qu’en matière d’égalité entre les sexes, les communistes ne se sont pas si mal débrouillés. Et qu’il en reste quelque chose, malgré les reculs… — … tout en sachant que même si vous disposez de tous les atouts – un travail à plein temps, une bonne qualification… – votre risque de dépendance financière restera de toute façon supérieur à celui d’un homme dans la même situation que vous. Quand on a enlevé le niveau d’éducation, le temps de travail, la situation personnelle et le pays de résidence, il reste ce noyau dur : l’inégalité. Et le poids de l’histoire.

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