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Politique Archives N°70
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Les tourments du PS ne sont pas inhérents au socialisme

Rédaction

Au feu, les aïeux ! Le 28 mars dernier, le quotidien Le Soir publiait un dossier reprenant les « foyers d’incendie » potentiels qui menaçaient le Parti socialiste francophone. La liste non exhaustive reprenait notamment les écarts de conduite de Claude Eerdekens, la mise au rancard de Michel Daerden à Ans, la nomination contestée de Didier Donfut à la tête de l’immobilière sociale montoise Toit & Moi, la gestion contestée (notamment pour son sponsoring très « socialiste ») de la société d’intérim à capitaux publics Trace et, last but not least, le retour en force de la vieille garde du PS carolo (malgré des inculpations en cascade et une ville laissée exsangue en 2006). Sans mettre tous ces faits dans le même panier, il est, à bien observer, certaines constantes qui émergent. Le premier constat est que les tourments du PS ne datent pas de cet hiver. Ils semblent revenir à intervalles réguliers, tels des oiseaux de mauvais augure tournoyant dans le ciel politico-médiatique. Or quand un phénomène se répète, c’est qu’il repose sur une règle connue ou pas de ses observateurs. Les ennuis du PS n’ont donc rien d’anecdotique, de passager, d’accidentel… Arrive alors le second constat : celui du dénominateur commun qui relie l’ensemble de ces « affaires » aux degrés de gravité différents. Quel est-il ? L’abus de pouvoir, dont la cause semble être une confusion chronique entre l’intérêt de la collectivité et celui, supérieur, du parti. Que ce soit la gestion de la Ville de Charleroi avant 2006, le sponsoring orienté d’une entreprise comme Trace ou la désignation d’un ex-ministre wallon à la tête d’une société de logements sociaux, les éléments concourent tous dans le même sens. Il importe de favoriser ce (ou celui) qui porte la marque d’appartenance du parti, parce que, in fine, c’est bon pour le parti. Comment ? Par les réseaux et relations que cela tisse autour d’un appareil qui s’ancre ainsi chaque jour un peu plus dans le corps social. Au passage, le parti démontre son efficacité et le bien fondé du soutien que ces zélateurs lui ont témoigné.

Ces écarts répétés (…) révèlent l’existence d’autres règles, nées au fil d’une occupation ininterrompue du pouvoir. A force de n’être plus contestés les mandataires pris en défaut ont oublié certains principes élémentaires que seule la vigilance maintient à l’esprit.

Ces écarts répétés dans le temps trahissent la perte des repères qui apparaissent pourtant comme évident au commun des mortels ou, du moins, à sa frange la plus politisée. C’est le fameux « estompement de la norme ». Ils révèlent également l’existence d’autres règles, nées au fil d’une occupation ininterrompue du pouvoir. En effet, à force de n’être plus contestés (en raison d’un rapport de forces électoral déséquilibré), les mandataires pris en défaut ont oublié certains principes élémentaires que seule la vigilance maintient à l’esprit. Cette omniprésence au soleil du pouvoir a mis à mal les « défenses immunitaires » internes au parti, à l’administration, en même temps qu’elle les rendait sourds aux critiques extérieures, quand celles-ci n’étaient pas étouffées par le renoncement démocratique des « petits ». La machine était lancée. Elle pouvait ronronner, jusqu’à ce que la divulgation vienne enrayer le mécanisme des jeux de pouvoir. Ce mode de fonctionnement porteur de dérives, est-il pour autant propre au PS, au socialisme ? Non, il relève plutôt de l’exercice prolongé du pouvoir et de sa quête ultime : l’efficacité, vertu suprême quand il s’agit d’obtenir sa réélection et d’ainsi se maintenir aux commandes. Preuve s’il en est, en d’autres temps et d’autres lieux, d’autres formations politiques ont vécu les affres de la dénonciation médiatique et de la condamnation judiciaire. Pensons notamment au grand CVP d’hier, quand les sociaux-chrétiens du Nord dominaient la Flandre. Ou aux pratiques du RPR de Jacques Chirac, quand ce parti occupait la mairie de Paris. Livrés à la vindicte publique, les divers coupables ont à peu de choses près répété la même chose : ils avaient pour eux la paix de leur conscience et n’avaient rien commis de répréhensible que d’autres n’eussent fait en pareilles circonstances. Ces allégations n’ont pas été prises au sérieux. Or, l’hypothèse de la bonne foi des inculpés, dans ce dossier, est digne d’un intérêt exploratoire. Elle ouvre en effet sur une autre perspective du fonctionnement politique de la démocratie locale.

Maturité démocratique

Qui a séjourné durablement dans le sérail politique ne peut qu’avoir été frappé par sa subculture modale, particulièrement sensible au cœur des majorités absolues de grandes anciennetés. Elle est celle de l’efficacité dans le délai raisonnable. Peu de politiciens locaux sont des juristes accomplis. Leur volonté d’aller vite pour répondre à l’urgence politique les conduit alors à prendre des libertés avec les contraintes légales. Liberté d’autant plus facile et tentante d’avoir pour elle des décennies d’impunité. À quoi renvoie ainsi ce fameux syntagme, entendu à maintes reprises chez des excellences du PS carolo : « Tout le monde fait pareil ».

La sélection électorale n’est pas un examen d’entrée. C’est la rançon du suffrage universel. Elle doit s’assumer. Elle ne dispense pas de s’interroger. Les urnes confient ainsi à des hommes et à des femmes peu préparés à l’exercice de la gestion publique et à son éthique une responsabilité de poids.

En bord de Sambre, les « affaires » ont produit un soupçon de vénalité sur la gestion publique, dans le chef d’une véritable caste, assimilée aujourd’hui au « vieux PS ». Elles ont négligé l’autre hypothèse de la transgression dénoncée : l’incompétence. Celle d’un personnel politique local, nourri le plus souvent de pragmatisme ostentatoire et peu construit par les exigences du Droit. La sélection électorale n’est pas un examen d’entrée. C’est la rançon du suffrage universel. Elle doit s’assumer. Elle ne dispense pas de s’interroger. Les urnes confient ainsi à des hommes et à des femmes peu préparés à l’exercice de la gestion publique et à son éthique une responsabilité de poids. Cette impréparation peut alors les conduire à des dérapages dont ils ne voient pas la nature. Cette hypothèse, des professionnels du droit peuvent difficilement l’admettre, voire simplement la comprendre. Elle a cependant son mérite : éclairer autrement le dossier carolorégien et son tellurisme que par l’indignation dramatisée. Car elle sort du refoulement vertueux une évidence sociologique : dans une société de plus en plus complexe, nul n’est à même de connaître la Loi, toute la Loi, quand bien même il lui a juré obéissance. Il y a là une maturité démocratique que de faire face à une telle évidence.

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