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Le blog-notes d'Hugues Le Paige

Battisti et les siens : la fin d’une mystification

Hugues Le Paige

À la fin, donc, Cesare Battisti a reconnu sa responsabilité dans quatre homicides commis au nom des « Prolétaires armés pour le Communisme » (PAC) en 1978 et 1979 et pour lesquels il avait été condamné par contumace par les tribunaux italiens. De même il a confirmé la version qu’a donné la justice de ces évènements. Extradé de Bolivie en janvier dernier[1] dans des conditions indignes et emprisonné en Sardaigne après 37 années de fuite et d’exil, Battisti a fait ces déclarations lors d’une rencontre organisée à sa demande avec le magistrat responsable de l’antiterrorisme à Milan. Il présente ses excuses aux familles des victimes, évoque « une guerre civile » de l’époque et reconnaît que « la lutte armée a empêché le développement de la révolution culturelle, politique et sociale née dans les années 60 ». Une page est ainsi presque tournée. Mais une page seulement, car, au-delà des responsabilités individuelles et collectives, l’Italie doit encore toujours faire les comptes avec l’histoire des années de plomb. Avec l’histoire en mettant à jour toutes les responsabilités y compris étatiques et avec la justice en mettant enfin à l’ordre du jour une loi d’amnistie.

On n’aura pas la cruauté de revenir longuement sur le comportement d’une partie des intellectuels français qui, en 2004, avaient pris fait et cause pour Battisti intronisé victime de la vindicte de la justice italienne. À l’époque si le refus de son extradition de France était compréhensible, l’affirmation péremptoire au de son innocence ne l’était pas. Si Battisti avait, alors, lui-même contribué à la construction de cette image, cela n’avait pas toujours été le cas. Je peux en témoigner personnellement. Participant, en 2000, à un débat avec Battisti, dans le cadre d’un festival documentaire consacré « aux Italies », je lui avais demandé quel bilan politique et personnel il tirait de sa participation à la lutte armée. Il m’avait répondu laconiquement  et avec un brin de condescendance : « Quand on est en guerre, on ne discute pas les ordres militaires… ». Plus tard il réitéra cette réponse dans un entretien paru sur le site du Nouvel Observateur. Pour approcher la réalité de son combat, il suffisait de bien vouloir s’informer.

Les soutiens français de Battisti s’étaient évaporés au cours des dernières années. Il était bien encore un essayiste libertaire qui affirmait il y a quelques semaines que Battisti avait été « la victime d’acharnement judiciaire » et que les accusations portées contre lui étaient le fruit de « reconstitutions sorties de la tête de flics et de juges ». Par charité, on n’en dira pas plus. Pour tenter de comprendre, l’aveuglement de cette intelligentzia française (à l’époque de BHL à l’ultragauche !), je me permets de vous renvoyer — encore une fois — à l’article que j’avais publié dans Politique (n° 35 — juin 2004) : « L’imposture intellectuelle » (https://www.revuepolitique.be/limposture-intellectuelle/)

Aujourd’hui quand Battisti assume enfin ses responsabilités, il renvoie aussi à celle de ses soutiens.

[1] Sur les conditions de cette extradition, voir le Blog-Notes : https://www.revuepolitique.be/blog-notes/italie-retour-sur-laffaire-battisti/

Journaliste-réalisateur, membre du collectif éditorial de "Politique"

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