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Le blog-notes d'Hugues Le Paige

Italie : La Lega à l’assaut des (ex) bastions rouges

Hugues Le Paige

L’Ombrie a longtemps été une des régions rouges emblématiques du centre de l’Italie. Pendant 50 ans, elle a été gouvernée uniquement par des majorités de gauche ou de centre gauche (PCI, PDS, PD). Depuis ce dimanche 27 octobre, elle est aux mains de la Lega de Salvini et de ses alliés de droite et d’extrême droite. Leur candidate a rallié 57,5 % des suffrages, soit 20 % de plus que le candidat commun de la majorité gouvernementale (37,5 %) regroupant le PD, les Cinque Stelle et le parti de gauche Liberi et Uguali. Défaite cinglante pour cette coalition, mais défaite annoncée : depuis quelques années déjà, la plupart des villes d’Ombrie étaient déjà tombées à droite. Sans négliger le fait que la présidente sortante — PD — avait dû démissionner pour son implication dans des scandales financiers.

Il était une fois l’Ombrie rouge…

Même si ce scrutin concernait moins d’un pourcent du corps électoral, il aura des conséquences sur le sort de la majorité gouvernementale, d’autant que celle-ci avait malencontreusement impliqué le Premier ministre Conte dans la fin de campagne. Avec seulement 7,4 % des voix (contre 14,6 lors du dernier scrutin), les Cinque Stelle s’enfoncent dans la crise. Désormais qu’il s’allie à droite ou à gauche, le parti de Di Maio, sort perdant de son inconsistance politique et idéologique. Mais en même temps, il n’est pas en mesure d’incarner une hypothétique « troisième voie » qu’il revendique. Le PD, de son côté, s’il maintient son étiage des européennes ne récupère pas les voix 5S qui profitent à la droite. Salvini triomphe avec 37 % (contre 14), Meloni est aussi victorieuse avec des Fratelli d’Italia qui totalisent 10,4 (contre 6,2) et devance sans doute définitivement Forza Italia dont le déclin se confirme avec 5,5 % (contre 8,5). Cultivant sa capacité de nuisance et son jeu personnel, Matteo Renzi et son nouveau parti, Italia Viva, se sont tenus à l’écart de ce scrutin. Il n’était pas prêt et compte surtout bénéficier de la défaite de ses alliés au gouvernement dont il veut déterminer le sort à son seul profit.

Au-delà des avatars immédiats qui ne manqueront pas, ce scrutin, certes limité, impose deux leçons de fond. L’alliance de circonstance PD-5S-LeU paie son péché originel : l’absence d’un projet politique partagé et capable de convaincre l’électeur de gauche. Avec pour corollaire l’échec (annoncé, lui aussi) de la politique du « Tout sauf Slavini » qui a certes empêché le « Capitaine » de s’imposer dans des élections générales anticipées, mais qui non seulement ne l’a pas affaibli, mais l’a renforcé[1]. Il faut ajouter que Salvini sait multiplier les contacts avec ses (futurs) électeurs. En Ombrie, il a tenu 53 réunions électorales alors que le secrétaire général du PD en tenait 15 et Luigi Di Maio (5S) seulement 8.

53 réunions électorales

L’autre leçon est aussi une confirmation : le centre de gravité à droite s’est radicalement déplacé.[2] Il n’y a plus désormais de « centre droit », appellation qu’une partie de la presse italienne et internationale s’obstine pourtant à utiliser, mais une droite et une extrême droite hégémonique sous la conduite de Salvini et Meloni. Cette droite gouverne déjà 12 des 20 régions italiennes. Et après l’Ombrie se profilent, en 2020, de nombreux scrutins régionaux. Deux d’entre eux seront particulièrement déterminants : l’Emilie Romagne (scrutin le 26 janvier) et la Toscane (date à déterminer), (ex ?) régions rouges par excellence, mais où déjà la Lega talonne le PD et a emporté de nombreuses villes. Une victoire de Salvini et de ses alliés serait une nouvelle page tournée dans l’histoire politique de l’Italie. Une page humiliante et dramatique pour la gauche italienne qui dans ses propres bastions risque de ne plus être capable de barrer la route à l’hégémonie de la Lega et semble dans l’impossibilité d’en tirer des leçons.

[1] Risque souligné dès le début de la crise du gouvernement Lega/5S au mois d’août dernier : https://www.revuepolitique.be/blog-notes/italie-une-tactique-par-defaut/

[2] Voir  le Blog-Notes : https://www.revuepolitique.be/blog-notes/italie-la-nouvelle-extreme-droite/

Journaliste-réalisateur, membre du collectif éditorial de "Politique"

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Une contribution pour "Italie : La Lega à l’assaut des (ex) bastions rouges"

  • Et s’il fallait étudier la question du glissement vers l’extrême (jadis d’extrême gauche maintenant facho) autrement que sous l’angle purement politique? Je reviens d’Italie, pays enchanteur -mais oui!- où j’ai vu bien moins de ronchons qu’en France; la Toscane est envoûtante de beauté, l’accueil y est chaleureux partout, la douceur de Vérone ou Pienza, Brolio, ou Arrezo (villes où il y a moins de foule qu’à Firenze) fait que mon seul regret est de ne pas connaître l’Italien, il faudra donc que je m’y mette. Mais je lis aussi que même la Toscane pourrait bien basculer… C’est incompréhensible voir irrationnel, schizophrénioque même! Affligeant aussi, bien sûr, et comment comprendre cela? L’Italie de Mussolini ou Salvini, cela devrait être un exemple d’ oxymore. Par contre, l’Amérique de Trump, cela me semble finalement logique.

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