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Le blog-notes d'Hugues Le Paige

Italie : on n’arrête pas les sardines !

Hugues Le Paige

Modena le 18 novembre

Les sardines ne s’arrêtent plus ! Non ce n’est un mot d’ordre clandestin destiné à quelques comploteurs. C’est un mouvement social qui est en train de naître en Italie. Tout est parti jeudi dernier (le 14 novembre) de la Piazza Grande de Bologne, si chère à Lucio Dalla. La veille, quatre trentenaires inconnus au bataillon lancent un appel sur Facebook. Un appel à manifester pour dire que lors des élections régionales du 26 janvier prochain, l’Emilie Romagne ne donnera pas le pouvoir à Matteo Salvini. Les organisateurs jouent sur les mots : « Bologna non si Lega » : Bologne ne s’attache pas… Ils veulent simplement rappeler que « cette région n’est pas une terre de haine et de racisme, mais une terre de paix qui cultive les valeurs de la Résistance   que nous n’avons pas oubliées ». Ils ont choisi ce jour-là parce que Salvini est précisément en visite préélectorale à Bologne. Très vite des milliers de messages appuient l’initiative. On attend 6000 participants : ils seront près de 15 000. Jeunes, vieux, femmes, hommes, de toutes origines. Ils chantent « Bella Ciao. Ils se reconnaissent dans la gauche, mais pas celle des partis et des mouvements. Pas de drapeau, pas d’emblème. Mais un symbole étonnant qui va faire fureur : la sardine !

Pour quoi la sardine ? “Parce que ce sont des petits poissons sans défense face au ‘requin’ Salvini, mais qui, s’ils se serrent et bougent ensemble deviennent une masse compacte” expliquent les initiateurs de ce qu’ils appellent eux-mêmes la “première révolution poissonnière”.« Les sardines sont notre digue contre la dérive populiste qui menace la région », ajoutent-ils.  Le samedi 16 novembre, donc, pour la première fois des milliers de sardines en toutes matières et de toutes couleurs vont être brandies sous la pluie de la Piazza Grande. Et, elles vont immédiatement se reproduire. Hier à Modène, les “sardines” mobilisent 6000 personnes sur les mêmes mots d’ordre. Dans les jours qui viennent on les retrouvera à Parme, à Piacenza, à Rimini et ailleurs encore partout où Salvini mènera campagne. Le mouvement se répand comme une tache d’huile. Il déborde l’Emilie Romagne. Une manifestation est prévue le 30 novembre à Florence ou le “capitaine” de la Lega ouvrira la campagne des régionales prévues le printemps prochain en Toscane. À chaque fois ce sont quelques jeunes qui lancent l’appel sur les réseaux sociaux, mais pour dire que la bataille se gagne dans la rue.

L’enjeu des régionales en Emilie Romagne est capital. Salvini et ses alliés de la droite radicale veulent s’emparer de ce bastion rouge historique où la Lega est désormais fortement implantée. Les dirigeants de la Lega ont juré de faire de ce scrutin le “Stalingrad de la gauche” afin de faire tomber le gouvernement PD-Cinque Stelle, mais surtout d’afficher symboliquement son hégémonie sur les terres qui furent jadis au cœur de la puissance du PCI. Depuis des années le centre gauche a abandonné les “piazza” à Salvini qui ne se prive pas de les occuper quotidiennement. Pour la première fois, un mouvement populaire d’une gauche sans appartenance partidaire répond sur le territoire abandonné et occupe, lui aussi, la rue. La “flambée” des sardines peut être éphémère. On l’a vu dans le passé avec divers mouvements de la “société civile”, comme les “girontondi” (les farandoles) animées par Nanni Moretti contre les atteintes à la Constitution portées par Berlusconi. Mais la “révolution poissonnière” n’en est qu’à ses débuts et la croissance sans pareil de sa force de mobilisation laisse rêveur… et optimiste. Elle nous dit aussi qu’il ne faut jamais totalement désespérer de l’Italie.

Journaliste-réalisateur, membre du collectif éditorial de "Politique"

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4 contributions pour "Italie : on n’arrête pas les sardines !"

  • Enfin une note d’optimisme. On peut faire un rapprochement avec les gilets jaunes, peut-être plus “mélangés” et pas enracinés dans une tradition comme celle de l’emilie-romagne. Mais il est probable qu’après la traversée du désert et dans le grand vide laissé par les gauches défaites, et au delà, dans un espace-temps encore insoupçonné, ce soit ce type de mouvement de masse qui va permettre, pour le moins, aux gens “d’en bas” de prendre conscience de la force immense qui reste inemployée, juste faute d’espoir et d’un esprit aussi clairement défini que, je cite: “cette région n’est pas une terre de haine et de racisme, mais une terre de paix qui cultive les valeurs de la Résistance que nous n’avons pas oubliées ».

    JMC

  • Cher Hugues, je lis avec intérêt tes débats sur la politique italienne que je trouve presque toujours pertinents. En ce qui concere les “girotondi” et les “sardines”, je trouve qu’il y a une différence remarquable: les “girotondi” étaient peu nombreux car ils étaient l’ensemble de ceux qu’on appelle les radical chic, les intellectuels qui étaient à la base de la lutte contre Berlusconi. Ajourd’hui, il y a le risque de ce qu’on appelle le “neofascisme”, représenté par Salvini, Meloni et le pauvre Berlusconi qui va où le vent l’emporte pour sauver ces chaines de télévision, et la situation est beaucoup plus grave du “libérisme berlusconien”. Les “sardines” sont donc un mouement populaire non élitaire qui, même si l’on affirme qu’il n’a pas de drapeau ne peut être que de gauche. Cela du reste justifie ta conclusion que j’ai beaucoup appréciée: cette “révolution poissonnière” nous dit qu’il ne faut jamais totalement désespérer de l’Italie.

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