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Politique Archives N°41
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D’une constitution à l’autre

KAUFER Irène

«Après l’Europe, l’Irak : décidément, on n’aura jamais autant parlé de constitution qu’en 2005. Et vous savez quoi? Quel qu’en soit le contenu, je trouve ça positif : une initiation à la citoyenneté, en quelque sorte. — Ah oui, parlons-en, de la Constitution irakienne. Le fédéralisme, le partage des richesses pétrolières, la place de l’islam comme source «unique» ou «principale» du droit, voilà des sujets de discussion sérieux. On en oublie presque les menaces que ce texte peut faire peser sur les libertés des femmes, en matière de mariage, d’héritage, de garde des enfants… si les futures lois ne peuvent être contraires à la charia ! Quand on pense aux ravages des Codes de la Famille dans des pays comme l’Algérie ou l’Égypte, ou à la situation des femmes en Arabie Saoudite, on se demande comment on peut employer le terme de démocratie pour une constitution qui prévoit la possibilité de «minoriser» la moitié de la population ! — Pas étonnant, sur 71 membres qui ont travaillé sur la constitution, il y avait neuf femmes. Ce qui fait à peine plus de 12~%… — … soit autant que le pourcentage de femmes à l’Assemblée nationale en France, malgré la loi sur la parité. Alors que cette constitution irakienne fixe par ailleurs une représentation d’au moins 25% de femmes. Un peu de modestie ne nous ferait pas de mal… — … Sur la religion aussi d’ailleurs : si nos pays devaient s’inspirer du christianisme officiel, l’avortement et la contraception seraient interdits, et même le divorce, cette «offense à la dignité du mariage» ; l’homosexualité serait mise sur le même plan que le viol et les autorités civiles invitées à prendre «des lois appropriées» contre les «offenses à la chasteté» Citations tirées de la nouvelle version abrégée du catéchisme..! — Les religions elles-mêmes ne sont que des prétextes pour le machisme galopant, avec ou sans Dieu ! Dans les débats sur la place de l’islam, les Kurdes ont été présentés comme des défenseurs de la laïcité. Mais dans les régions qu’ils administrent, la situation des femmes n’est guère meilleure. Les organisations indépendantes de femmes sont interdites, les refuges fermés, les crimes d’honneur impunis… — On dit que, du temps de Saddam, les Irakiennes avaient le statut le plus progressiste du Moyen-Orient, mais je me demande une chose : comment peut-on être libre sous une dictature? — Tu as raison. Elles avaient obtenu un statut personnel meilleur grâce à leurs luttes des années cinquante, mais après, leur situation n’a pas cessé de se dégrader. Quand Saddam a commencé à se sentir isolé, il a voulu donner des gages aux religieux en s’en prenant aux droits des femmes. En les renvoyant à la maison, en instaurant la décapitation pour les prostituées… — Mais le pire, c’est quand même le chaos actuel, non? Les femmes qui sortent sans voile se font agresser, mais de toute façon, pour n’importe qui, mettre le nez dehors c’est déjà risquer sa vie… Je sais qu’on n’aime pas parler de priorité – parce que le sort des femmes n’en fait jamais partie – mais là il y en a une, même si on ne la voit pas venir : le retour à la paix. Non? — Oui, mais si on n’y pense pas dès maintenant, lorsque cet apaisement viendra, on verra tout ce que les femmes ont perdu. Alors, il faut dès aujourd’hui amplifier et soutenir les voix qui viennent de là-bas Un site où retrouver les luttes des femmes irakiennes : www.solidariteirak.org.., dire haut et fort que malgré les dangers, il y a des femmes qui se mobilisent, qui manifestent, pour ne pas se retrouver un jour les principales victimes de la paix…

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