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Politique Archives N°104
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Ken Loach

Mateo ALALUF

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26 AVRIL 2018 : Ken Loach reçoit à l’Université libre de Bruxelles le titre de docteur Honoris causa

[Texte de la chronique de Mateo Alaluf publié dans le n°104 de POLITIQUE, juin 2018.]

Misère au Borinage (1933), film de Henri Storck et Joris Ivens, révélait l’exploitation ouvrière et les conditions de vie des ouvriers mineurs. Réalisé pourtant par un Ostendais (Storck) et un Hollandais (Ivens), Misère au Borinage est considéré comme l’acte fondateur du cinéma réaliste wallon. Déjà s’envole la fleur maigre (1960) de Paul Meyer abordera la question des ouvriers étrangers
au Borinage. Des films qui témoignent de la misère des bassins miniers mais aussi de la puissance politique des ouvriers dans les luttes sociales. Les frères Dardenne s’inscrivent aujourd’hui dans cette lignée du cinéma social. C’est dans cette même tradition que Ken Loach, dont l’œuvre compte parmi les plus importantes du cinéma contemporain, met en scène les ouvriers et leur classe.

Personne à l’ULB n’aurait pensé que le fait d’octroyer à Ken Loach, avec sept autres personnalités, le titre de Docteur honoris causa aurait créé une telle polémique. Les termes de la controverse sont connus1. Comment se fait-il cependant que les dénégations claires de Ken Loach à des accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme restent sans effet et continuent à tourner en boucle ? Comment peut-on l’accuser d’avoir « une haine obsessionnelle d’Israël » alors qu’il a abordé tant de sujets historiques dans ses films sans n’avoir jamais évoqué la question israélo-palestinienne ? Son œuvre prône la solidarité et la fraternité sociales et rend justice aux luttes contre les formes d’oppression et pour la justice sociale. C’est sous les traits d’un attachant militant syndical que Loach fait apparaître Sam Shapiro, un personnage juif, dans son film Bread and Roses.

Écoutons Ken Loach : « L’Holocauste est un événement historique aussi réel que la guerre mondiale elle-même et ne doit pas être mis en doute. Selon les mots de Primo Levi : “Ceux qui nient l’Holocauste sont prêts à le refaire”. Les premières images horribles que j’ai vues à l’âge de neuf ans sont gravées dans ma mémoire comme c’est le cas pour toute ma génération. Je connais l’histoire de la négation de l’Holocauste, sa place dans la politique de l’extrême droite et le rôle de gens comme David Irving. Insinuer que je pourrais avoir quelque chose en commun avec eux est méprisable. »

Pourquoi ce procès en sorcellerie est-il donc fait à Ken Loach ? Pour ses détracteurs, l’opposition à la politique israélienne et au surplus l’adhésion à la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) doivent être revêtues du soupçon antisémite et être délégitimées. Hier, Edgar Morin faisait avec tant
d’autres l’objet de ces mêmes accusations. Aujourd’hui, Ken Loach est diabolisé.
Se livrer à des accusations trompeuses et infondées déconsidère ceux qui luttent contre l’antisémitisme et conforte les antisémites. Rien ne peut justifier un tel dévoiement.

 

Mateo ALALUF

Sociologue


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