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Politique Archives N°69
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Militance dans le droit (introduction)

Rédaction

Le monde du droit est bien souvent perçu comme l’une des expressions les plus caricaturales des inégalités sociales. Les riches ont la possibilité de se défendre dans des procès bien souvent complexes et coûteux là où les plus démunis n’ont pas la possibilité de faire défendre leurs droits dans les affaires les plus simples. Dans cet article Aude Lejeune nous montre comment cependant le droit a toujours également été l’arme d’un courant critique bien décidé à restituer aux plus pauvres la possibilité d’articuler leur voie. Le terme de classe sociale n’est plus à la mode dans les années 2000 où l’on préfère parler de multiculturalisme ou de conflits de civilisations. Mais l’on assiste dans le chef de certains avocats à un même travail de réappropriation du droit par ce que nos villes compte de plus précaires, c’est-à-dire par les populations étrangères. En quoi ce genre d’initiatives peuvent-elles être aujourd’hui plus cruciales que jamais ? Nous vivons sans contexte dans une société au sein de laquelle, bon gré mal grès, le pouvoir judiciaire va continuer à prendre plus d’importance. S’il ne fait pas de doute que la judiciarisation du monde est inquiétante (le cas des médecins se prémunissant toujours davantage de décharges en tous genres n’étant qu’un exemple) il n’en reste pas moins qu’elle est un fait. Le droit et ses lois, déjà en eux-mêmes expressions d’un ordre social dominant et de l’idéologie adjacente, sont en train de devenir en plus des accélérateurs d’exclusions puisqu’ils se déposent dans des savoirs tacites ou non qui restent largement ignorés d’une bonne partie de la population. Que des avocats, comme Jacques Hamaide et Isabelle de Viron, persistent aujourd’hui à s’engager pour restituer ces savoirs aux personnes qui en sont privées ne remet pas en question cette judiciarisation galopante. Plus pragmatiques et certainement plus efficaces, ils appuient le développement de la maîtrise de leurs droits fondamentaux par les plus exclus. Et en cela ils leur restituent également la possibilité d’une existence politique dont les combats pourront, eux-mêmes un jour, qui sait, permettre à la démocratie remettre le droit à sa place.

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