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Politique Archives N°113
Revue Politique

Alors, tu tires ou tu pointes ?

Vaia Demertzis

21 JUILLET 2020 : ACCORD SUR UN FONDS EUROPÉEN DE RELANCE ÉCONOMIQUE POUR RÉPONDRE À L’EFFONDREMENT ÉCONOMIQUE CAUSÉ PAR LA CRISE DU COVID-19

En pétanque, pour marquer le point, il y a deux techniques principales.
Pointer : tenter de rapprocher sa boule le plus possible du cochonnet.
Tirer : déloger la boule adverse qui en est la plus proche. Cette dernière stratégie éclaire sous un nouveau jour les choix posés dans le plan de relance européen.

Proposé fin mai par la Commission européenne, le plan de relance finalement adopté par le Conseil européen comprend des prêts et des subventions à destination de ses États membres pour un montant total de 750 milliards d’euros.

Il constitue, parait-il, un plan solidaire puisque, contrairement aux habitudes européennes, ce ne sont pas les États qui financent le plus qui toucheront le plus. Le fonds est en effet majoritairement destiné aux États membres qui ont été fortement affectés par les effets économiques de la pandémie : Italie, Espagne… Innovation également : c’est la première fois que l’UE emprunte une si grosse somme sur les marchés financiers en son nom propre. Voilà venu le fameux emprunt européen

À un détail près : l’accord n’a pas encore précisément déterminé avec quelles recettes l’Union compte rembourser cet emprunt. Le budget européen est principalement financé par des contributions nationales dont l’ampleur fait l’objet d’âpres négociations tous les sept ans lors de la redéfinition du cadre financier pluriannuel. Or, justement, le hasard fait si bien les choses, cet accord sur le plan de relance se double d’un accord sur le nouveau cadre financier pluriannuel 2021-2027. Et il y a comme un effet de vases communicants entre les deux.

D’abord parce que, en matière de solidarité, l’Union n’en est plus à un paradoxe près : quatre de ses membres, les fameux Frugal four ou États autoproclamés frugaux en raison de la rigueur budgétaire qu’ils ont imposé à leur dépense publique depuis 2015 – Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suède –, volontiers donneurs de leçon aux pays endettés du sud de l’Europe, étaient très réfractaires à un projet de relance par transferts budgétaires trop généreux. Ils ont finalement obtenu que les rabais accordés à leurs contributions nationales au budget européen soient maintenus ou augmentés. Ils participeront donc moins au budget pendant les sept prochaines années…

Ensuite, parce que des projets européens prioritaires, pourtant présentés comme des investissements collectifs à moyen terme, perçoivent finalement moins d’argent pour permettre de répondre aux besoins nationaux de liquidités à court terme. Par exemple, le « Fonds pour la transition juste », destiné à aider les pays les plus en retard à sortir de l’énergie fossile, a été divisé par trois ; le programme pour la recherche européenne a été raboté de presque 20 milliards d’euros. Bref, on a dégommé le budget de fonds européens et réduit la part de certains États sur 7 ans pour financer un fonds de relance européen basé sur des plans nationaux de 3 ans.

Comment appelle-t-on encore ce coup parfait qui consiste à déloger et prendre la place de la boule de l’adversaire ? Ah oui… « faire carreau ».

Vaia Demertzis

Rédactrice en cheffe de POLITIQUE


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