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Politique Archives N°103
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Avec le marché ou contre lui ?

Daniel ZAMORA

Au cœur du capitalisme, il y a le mécanisme du marché qui transforme tous les échanges humains en équivalents monétaires. Peut-on, doit-on rompre avec cette logique ? Pour l’auteur, proche de la gauche radicale, le PS, en rupture avec l’esprit de la Charte de Quaregnon, « transforme le projet socialiste en une simple volonté d’égalisation de l’accès aux joies du marché pour tous ».
Cet article a paru dans le n°103 de Politique.

150 ans après la parution du Capital – un ouvrage que Marx a mis des décennies à enfanter –, on mesure encore difficilement la spécificité sans précédent du capitalisme dans l’histoire humaine. Et malgré la crise économique de 2008 et la longue récession qui s’est ensuivie, la social-démocratie n’a pas été à la hauteur des enjeux qui se présentent toujours à nous. Aujourd’hui encore, alors que des inflexions notables quant aux prétendus « excès du capitalisme » font évoluer le débat, les solutions proposées semblent bien décevantes en regard du désastre en cours. Seules les inégalités, reléguées pendant longtemps au statut de question archaïque par la social-démocratie « modernisée » des années 1990, se réimposent comme enjeu politique majeur.

Cependant, si le retour de cette question ne doit pas être sous-estimé, il se fait le plus généralement dans sa forme la plus superficielle. En effet, réduit à une question purement monétaire, le débat sur les inégalités fait généralement l’économie d’une critique plus profonde du marché comme institution centrale de nos sociétés. C’est bien cette vision assez réductrice de la critique sociale qui traverse le nouveau Manifeste du Parti socialiste.

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Il suffit de relire la fameuse Charte de Quaregnon pour saisir que la portée de la critique issue du XIXe siècle s’étendait bien au-delà de la question de la distribution inégale des ressources. Non que cette question semblât secondaire – au contraire – mais elle n’était pas pensable indépendamment de la place prépondérante qu’avait pris le marché dans l’organisation du corps social tout entier. Ainsi, pour reprendre les termes du sociologue britannique T. H. Marshall, théoricien du Welfare State, l’objectif de l’égalité n’était pas accessible «  sans entraver la liberté des marchés compétitifs1 », c’est-à-dire sans ouvrir des espaces socialisés, libérés des impératifs marchands. En d’autres termes, les effets économiques (mais aussi politiques et culturels) de l’extension du marché n’étaient jamais découplés d’une interrogation sur la logique du marché en tant que tel.

Or cette interrogation brille désormais par son absence. La définition que donne le PS de la sécurité sociale – un système garantissant « le pouvoir d’achat2 » – en témoigne hélas amplement : elle transforme le projet socialiste en une simple volonté d’égalisation de l’accès aux joies du marché pour tous. Cette lecture et cette perspective sont très éloignées des constats qui ont été formulés à l’intérieur du socialisme historique lui-même. N’est-ce pas Jules Destrée qui écrivait, dans les colonnes du journal Le Peuple, que « s’il se bornait à demander uniquement l’amélioration de la condition matérielle des travailleurs manuels, le socialisme ne se lèverait point sur le monde comme une aube nouvelle, tant redoutée des uns, tant espérée des autres » ? Aux yeux de Destrée, « ce mouvement, qui passionne si prodigieusement les sociétés contemporaines, n’est pas né de la seule détresse des estomacs creux, ce n’est pas seulement une question d’appétits qu’il s’agit de résoudre, […] c’est un idéal nouveau qui se pose et s’affirme, comme tel, vis-à-vis du vieux monde3 ». Cette critique d’une société ou « le laid règne en souverain indiscuté » n’était cependant pas inhabituelle, tant la société industrielle a transformé l’histoire humaine.

La société de marché contre la société

La « société de marché » qu’inaugure l’avènement du capitalisme ne va pas simplement modifier la manière dont on alloue les ressources et les richesses ; elle va altérer fondamentalement le rapport que nous entretenons au monde et aux autres. L’expansion de la sphère économique va rapidement, pour reprendre les termes de Marx, « briser » tous les liens qui ne se conçoivent pas dans les termes du «  froid intérêt » et noyer « les frissons sacrés de l’extase religieuse » dans « les eaux glacées du calcul égoïste ». Désormais l’expérience du temps elle-même s’en trouve profondément bouleversée et le mouvement rapide de l’aiguille sur le cadran de l’horloge rythme des journées soumises à la discipline du Capital. À l’instar de ces paysans kabyles observés par Pierre Bourdieu au début des années 1960 et dont l’entrée dans une économie monétaire s’accompagne de l’expérience d’un temps qui, à la différence des économies précapitalistes, ne « s’écoule » pas, mais peut être « perdu ».

Sous l’emprise de l’horloge économique, c’est un tout autre rapport au travail et à l’existence qui se tisse. Non seulement le temps de travail va augmenter considérablement4 (il va plus que doubler par rapport à celui du paysan du Moyen Âge), mais le niveau de vie va également, dans un premier temps, se détériorer, en raison du grand exode vers ces villes où s’entasse la force de travail. Enfin, c’est la qualité du travail elle-même qui, du fait de la priorité donnée à la hausse de la productivité, s’est notablement dégradée. La taylorisation a transformé l’homme en un «  accessoire annexe de la machine5 », à l’exemple de Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes : la soumission de son corps tout entier à la temporalité de l’usine finit par avoir un effet comique. L’existence des hommes et des femmes, produite dans ces bassins industriels que même le philosophe libéral John Stuart Mill décrivait comme des « volcans » éructant les « odieux contenus » de « l’infection industrielle », est désormais régie par la dynamique du capital.

Défendre la société

Ce qui se joue au tournant du XIXe siècle va donc bien au-delà du problème des « excès du capitalisme » – expression qui était probablement étrangère aux socialistes de cette époque – ou du problème de l’inégalité. Si celle-ci fait aujourd’hui, à juste titre, l’objet de tant d’attention, il n’en est pas moins vrai qu’elle ne constitue qu’un aspect secondaire du capitalisme comme rapport social. En effet, pour reprendre la fameuse analyse de Karl Polanyi, la nouveauté fondamentale qu’inaugure cette « société de marché », c’est l’autonomisation de la sphère économique vis-à-vis du reste de la société, c’est-à-dire la soumission de la société au marché. Comme le notait Ellen Meiskins Wood, désormais « l’allocation des ressources et du travail n’a pas lieu, globalement, via des moyens de direction politique, de délibération communale, d’hérédité, de coutume ou d’obligation religieuse, mais plutôt via les mécanismes d’échange marchand6 ».

C’est précisément là l’un des accomplissements les plus remarquables – mais aussi les plus violents – du capitalisme. Il institue le marché comme le moyen quasi exclusif d’acquérir les biens nécessaires à notre propre reproduction et fait de l’argent le médium quasi unique d’échange. Pourtant, dans l’histoire humaine, l’argent et l’échange marchand ont souvent été secondaires et n’entraient que marginalement en jeu dans l’accès aux biens fondamentaux. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, dans des sociétés essentiellement rurales, la part de la consommation qui passait par le marché et la transaction monétaire était relativement faible. En abolissant ces autres formes d’échange et de réciprocité et en instituant le salariat ainsi que l’argent comme médiums exclusifs d’accès à sa propre reproduction sociale, le capitalisme a profondément reconfiguré non seulement la manière dont on alloue les ressources, mais également les rapports entre les êtres humains dans la société. En effet, en mettant la majorité de la population dans une position de dépendance vis-à-vis du capital, le capitalisme crée une relation de pouvoir fondamentalement asymétrique entre le travail et le capital. Cette relation profondément inégalitaire se caractérise par une forte subordination, non seulement au sein de la sphère du travail, mais également en dehors de celle-ci, du fait de l’influence puissante qu’exerce le pouvoir économique sur la sphère politique.

Plus généralement, cette détermination opère à présent dans toutes les dimensions de la vie sociale. Par sa capacité extraordinaire à anéantir toutes les formes de sociabilité, d’activités ou de relations humaines régies par des principes qui ne soient pas nécessairement économiques, le capitalisme façonne une société à son image, faisant souvent réapparaitre sous une forme marchande ce qu’il a détruit. Ainsi, bien qu’il offre des possibilités gigantesques (inégalées dans l’histoire) d’émancipation, le capitalisme tend à amoindrir la richesse de l’existence humaine. Et cela pour la simple raison qu’il tend à ne promouvoir que les activités qui favorisent sa propre reproduction. Pensons au temps libre du dimanche qui, dès lors qu’il n’est plus soumis aux impératifs religieux, nous est désormais vendu, par la ville de Bruxelles elle-même, comme une belle occasion pour « faire du shopping ». Le temps de loisir, acquis par d’importantes luttes sociales qui visaient précisément à s’émanciper de la temporalité imposée par le capital, se voit lui-même colonisé par celui-ci. Pour citer à nouveau Polanyi, désormais, « le mécanisme de marché en vint à déterminer la vie du corps social […] à un degré tout à fait inconnu jusqu’alors7 ». On est ici au cœur d’une critique du marché qui n’est pas simplement une question de revenus ou d’inégalités, mais qui concerne la place qu’on veut donner au marché dans la société.

Le socialisme contre la « la société de marché »

S’il est désormais rare de voir ce problème formulé en ces termes, il avait pourtant été parfaitement compris, dès la fin du XIXe siècle, par le mouvement socialiste. Ainsi, « l’État social », consacré au lendemain de la Grande Dépression, avait comme perspective radicale la limitation de l’espace dans lequel opèrent le marché et le pouvoir économique. Non pas simplement comme moyen de réduire les inégalités, mais pour reconstituer, au niveau de la société tout entière, des formes de solidarité irréductibles à l’intérêt individuel. Si, lors de la période de l’industrialisation, seuls les propriétaires étaient des citoyens à part entière, jouissant de droits réels, la sécurité sociale et le droit du travail instaurent, à côté de la propriété privée, une propriété sociale marquant «  l’émergence d’une nouvelle fonction de l’État, d’une nouvelle forme de droit et d’une nouvelle conception de la propriété8 ».

Comme le rappelle Robert Castel, les nouvelles institutions proposent dès lors « un mode d’existence collectif9 » qui n’est plus celui de l’ordre ancien et au sein duquel de la sécurité sociale est bien plus qu’une simple « assurance » qu’on contracterait à titre personnel. Elle sera la solution trouvée par le XIXe siècle à ce qu’Émile Buret nommait « la séparation absolue du capital et du travail10 ». L’esprit de ces nouvelles institutions consistait donc à rompre radicalement avec un ordre économique qui ne permettait pas à tous d’atteindre la fin qu’il impose pourtant comme une nécessité absolue : l’obtention d’un revenu en argent. Désormais, cette propriété sociale permet de garantir des droits collectifs (à la santé, à l’éducation, à une retraite…) et transforme effectivement le rapport de forces entre le capital et le travail, tout en constituant un espace de « solidarité » ou d’autres rapports peuvent se développer. La question de la « pauvreté » – ou plutôt du « paupérisme » – relève donc désormais de l’organisation économique et pas simplement de la redistribution des richesses. En effet, si ce nouvel État social va réussir à réduire les inégalités, c’est aussi parce qu’il mettra au cœur de son armature de nouvelles catégories telles que le « chômeur », le « pensionné » ou « l’invalide », catégories qui vont se substituer à celle du « pauvre » et faire du rapport au marché (du travail en particulier) un enjeu fondamental. Désormais, l’ordre catégoriel de l’État social s’oppose au marché, plutôt que de s’y adosser comme pouvaient le faire les vieilles institutions d’assistance, agissant toujours à la marge du jeu économique. En effet, le revenu de l’assistance agissait en deçà du marché et permettait le laisser-faire au-delà de ce seuil. Le nouvel ordre institué par l’État social intervient désormais au cœur même du marché, entravant et réduisant son déploiement.

Vers la solidarité

Dans cette nouvelle configuration, la sécurité sociale et la dynamique qu’elle enclenche occupent une place particulière. Dans l’ouvrage que lui a consacré Léon-Éli Troclet11, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale entre 1945 et 1949, il écrit que l’avènement de la sécurité sociale a ouvert une nouvelle « étape dans l’histoire de l’humanité12 ». Dès lors que les « sociologues et philosophes s’attachèrent au problème de la misère des hommes » et « en firent apparaître les véritables causes », ils « mirent les nations modernes sur le chemin de la solidarité13 ». En ce sens, lorsque Troclet travaillait inlassablement à l’expansion du système de sécurité sociale belge, il n’y voyait pas un outil visant au « maintien d’un pouvoir d’achat », ou un simple moyen de garantir notre « solvabilité » sur un marché. Son instauration impliquait selon lui que, désormais, «  la collectivité organisée devait devenir l’organisme compensateur répartissant entre tous les citoyens les prestations dont ils ont besoin et qu’elle est seule à connaitre et à apprécier impartialement14 ». Il voyait donc, dans sa lente expansion, une dynamique qui aurait « modifié les rapports sociaux dans une mesure inconnue jusqu’ici15 ».

En effet, si dans un premier temps les systèmes de protection sociale s’appliquent aux seuls travailleurs, l’objectif de départ est bien plus ambitieux. Il vise, à terme, à couvrir la société toute entière afin de la soustraire au besoin. Ainsi, dès 1949, Léon-Éli Troclet imaginait que « la grande réforme » qu’il souhaitait pour la sécurité sociale aurait « pour effet de substituer progressivement à la bienfaisance et à l›assistance la solidarité organisée16 ». En ce sens, dès la création de la sécurité sociale en 1944, ses agencements institutionnels ne sont pas vus comme définitifs, bien au contraire. L’arrêté-loi de 1944 n’en a, en réalité, « pas moins l’ambition d’orienter la protection sociale dans le sens d’une globalisation, d’une généralisation et d’une amélioration17 ». En effet, le principe d’universalité de la sécurité sociale devait se traduire, aux yeux des plus étatistes de ses concepteurs, par un mouvement de généralisation et d’extension à l’ensemble de la population et pour tous les risques de l’existence (chômage, maladie, vieillesse…).

Réenchanter le monde

Cette perspective a subi d’importants revers depuis le début des années 1970 et n’a pas survécu aux années 1980. Elle nous offre pourtant un imaginaire radicalement différent de celui du néolibéralisme.Un imaginaire qui ne cherche pas à rendre la compétition « plus juste » ou « moins discriminatoire », mais à réduire l’espace dans lequel cette compétition s’exerce. Ce que nous devons retenir du projet social d’après-guerre, c’est précisément que l’objectif n’en était pas de permettre à chacun de participer plus amplement au jeu du marché. Il ne s’agissait pas d’instaurer « l’égalité des chances » dans la compétition économique et de rendre les règles du jeu économique moins « inéquitables », mais bien d’en interroger la logique.

En ce sens, la liberté, ce n’est pas uniquement l’accès au marché et à la monnaie, mais c’est la réduction de l’espace dans lequel ils se déploient. Cette vision de la société, incluant également un rapport différent au monde, est peut-être l’une des choses qui font défaut dans la politique contemporaine. Et ce n’est pas un hasard si la nostalgie pour un passé idéalisé, pour une période « dorée » désormais « perdue », est au centre des campagnes politiques. «  Make America great again  », déclarait Trump. «  Pour que la France redevienne la France  », clame Laurent Wauquiez, nouveau leader des Républicains. Cette évocation nostalgique est la clé du succès politique des partis d’extrême droite, mais également, progressivement, de la droite classique, qui séduisent des fractions non négligeables de la classe ouvrière. En prônant une marche arrière radicale sur les thèmes de la libération des mœurs et des effets principalement culturels du néolibéralisme, ces partis ont réussi à gagner à la fois la bataille économique et la bataille idéologique. Ils ne proposent aucune alternative réelle au capitalisme mais remportent la victoire politique avec les valeurs de la famille, du travail et de la responsabilité. Bien entendu, cette rhétorique fondamentalement conservatrice n’a aucune chance de se réaliser. Comme la religion aux yeux de Marx, elle est «  le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple. » À la fois « l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle  ».

Mais cette nostalgie d’un « âge d’or » doit être lue selon ses deux facettes. Elle n’est pas uniquement la marque de la volonté d’un retour vers une société plus conservatrice ; elle est également le témoignage d’un désir plus profond quant à la manière de « faire société ». Nous devons saisir le caractère ambivalent de ce « soupir » et investir le terrain de la bataille sur le modèle de société. Cette bataille a été cardinale pour le mouvement issu de la révolution industrielle. Il n’est pas question, bien sûr, de reproduire simplement cet héritage dans ses formes passées, mais il s’agit de l’utiliser, non seulement pour reconquérir les classes populaires, mais aussi pour permettre le développement d’idéaux politiques réellement subversifs.

C’est aussi en ces termes qu’il faut comprendre le succès de figures politiques telles que Bernie Sanders ou Jeremy Corbyn. Leur réussite tient peut-être à ce qu’ils ont réussi à ne pas proposer un simple « catalogue de réformes » dont les contours seraient bien ficelés, mais à investir quelques « grandes idées » d’un potentiel réellement transformateur. La puissance des « grandes idées » tient à ce qu’elles ne visent pas simplement à redistribuer quelques cartes, mais ont pour ambition de transformer en profondeur les règles du jeu.

Cette ambition, qui fut celle du mouvement ouvrier depuis le milieu du XIXe siècle, ne doit pas nous faire défaut. Mais pour cela, il nous faut « penser en dehors du cadre ».

(Image de la vignette et dans l’article dans le domaine public ; portrait de Karl Polanyi prise en 1918 par un auteur inconnu.)

  1. T.H. Marshall, Citizenship and social Class, Cambridge, Cambridge University Press, 1950, p. 9.
  2. PS, Chantier des idées, chapitre 12 : « Protections sociales ».
  3. J. Destrée, Art et socialisme, Bruxelles, Bibliothèque de la propagande socialiste, 1896, p. 5.
  4. On estime qu’un travailleur industriel, au milieu du XIXe siècle, travaillait à peu près 3500 heures par an, contre 1400 heures au XVe siècle ou un peu plus de 1700 aujourd’hui. Cette hausse spectaculaire constitue probablement l’effort de travail le plus prodigieux dans toute l’histoire de l’humanité. Voir notamment J. Schor, « Preindustrial Workers had a shorter Workweek than today’s ».
  5. K. Marx, Le Capital, Livre I, 1867.
  6. E. Meiksins Wood, The Ellen Meiksins Wood Reader, Boston, Brill, 2012, p. 19.
  7. K. Polanyi, La grande transformation, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2009.
  8. R. Castel, Les Métamorphoses de la question sociale, Paris, Gallimard, p. 466.
  9. Ibid., p. 467.
  10. É. Buret, De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France, tome 1, Paris, 1840, p. 239.
  11. Militant socialiste dès son adolescence, Léon-Éli Troclet se mobilise dans les années 1930 pour les républicains espagnols et entre dans la Résistance durant l’Occupation. En 1941, il est arrêté par la Gestapo et incarcéré à la citadelle de Huy. À la Libération, il refuse d’abord d’entrer au gouvernement mais finit par devenir ministre du Travail et de la Prévoyance sociale le 5 février 1945. Il occupe cette fonction jusqu’en juin 1949, avec une courte interruption en 1946. Si c’est Achille Van Acker qui met en place un service de sécurité sociale généralisé, par l’adoption de l’arrêté-cadre du 28 décembre 1944, c’est bien Troclet qui va, non seulement mettre concrètement en place le système, mais aussi le façonner pour les décennies suivantes. Il est, à ce titre, le « vrai père » de la sécurité sociale belge. Il luttera toute sa vie pour l’extension du système et sera à l’origine de la loi du 28 avril 1958 intégrant les estropiés et les handicapés dans la sécurité sociale. Véritable idéologue et théoricien de celle-ci, il lui consacrera de nombreux articles et sera le délégué du gouvernement belge à l’Organisation internationale du travail. Pour plus de détails, voir notamment É. Vogel-Polsky, « Biographie de Léon-Éli Troclet », in Mélanges offerts à Léon-Éli Troclet, Éditions de l’Institut de Sociologie de l’ULB, Bruxelles, 1967, p. 21-42.
  12. L.-É. Troclet, La sécurité sociale en Belgique, Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, Bruxelles, 1949, p. 226.
  13. Ibidem.
  14. Ibidem.
  15. Ibid., p. 225.
  16. Ibid., p. 229.
  17. 17 E. Arcq, P. Blaise, « Des fondements idéologiques de la sécurité sociale », Courrier hebdomadaire du Crisp, n° 1453-1454, 1994, p. 5.

Daniel ZAMORA

Chercheur à l'ULB, coordinateur (avec Mateo Alaluf) du livre "Contre l'allocation universelle" (Montréal, Lux, 2017).


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