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Politique Archives N°111
Revue Politique

Buchanan, Trump et le nativisme

Jérôme JAMIN

5 FÉVRIER 2020 : LA FIN DE LA PROCÉDURE D’IMPEACHMENT À L’ENCONTRE DE DONALD TRUMP OUVRE LA VOIE À SA RÉÉLECTION AVEC UN PROGRAMME NATIVISTE.

Lorsque Patrick Joseph Buchanan (1938) indiquait il y a 4 ans que « Donald Trump incarne le futur du Parti Républicain1 », d’aucuns auraient dû se rappeler à quel point Buchanan est très fort pour transformer du matériel intellectuel en action politique et permettre à des ambitieux de s’envoler électoralement. Il a toujours eu la capacité de dépasser les limites étroites des cercles militants confidentiels et de traduire des arguments intellectuels relativement denses et féconds en une forme accessible et pragmatique qui peut vraiment servir de base à la mobilisation politique. Aujourd’hui, naturellement, ses idées entrent à la Maison-Blanche.

Si Buchanan n’apparaît pas dans les encyclopédies et les bibliothèques comme un penseur-clé de la droite et du conservatisme aux États-Unis, et encore moins comme celui qui aura finalement tracé la voie idéologique de Donald Trump, sa parole est pourtant influente depuis près de 30 ans dans de multiples cercles, revues et blogs et, avec le temps, notamment après la sortie de son livre La mort de l’Ouest2. De nombreux experts l’ont classé de plus en plus à l’extrême droite, où on trouve notamment les nativistes, ces gens blancs et chrétiens, très en colère, qui indiquent qu’être américain signifie, certes, de croire en un credo commun incarné par les valeurs de la Constitution, mais qui – plus délicat – affirment surtout que seuls ceux qui partagent la race, la religion ou l’ethnicité du groupe dominant (les Américains de souche) sont capables d’embrasser ce credo.

Libéré de la procédure d’impeachment, blanchi par le rapport Mueller, vaguement confronté à quelques démocrates, Donald Trump n’a plus beaucoup d’obstacles sur son chemin pour affirmer pleinement et sincèrement son agenda nativiste, un agenda consolidé, cohérent et qui a fait ses preuves depuis son élection. En campagne, il va enfin pouvoir explorer une vieille idée, « an ugly idea3 », l’idée que la Constitution des États-Unis (et, partant, la démocratie) a été pensée par les Pères fondateurs uniquement pour certaines personnes : les migrants européens, les blancs chrétiens d’origine européenne. Le président américain ne pense pas que les migrants sont stupides, méchants ou mal intentionnés, ils ne sont tout simplement pas culturellement prêts à ses yeux, car il a fallu des décennies, voire des siècles, aux Européens et aux colons pour comprendre et accepter le jeu démocratique et constitutionnel. En d’autres termes, la culture judéochrétienne et l’histoire européenne sont, pour lui, des conditions préalables au développement de citoyens respectueux de la démocratie.

Sur les traces de Buchanan, Trump établit un lien de cause à effet entre l’ethnicité et la capacité, et il va revenir en campagne sur une autre conséquence : la loyauté.

 

  1. Voir Chris Cillizza, Washington Post (12 janvier 2016).
  2. P. Buchanan, The Death of the West : How Dying Populations and Immigrant Invasions Imperil Our Country and Civilization, 2002 New York, St., Martin’s Press. Titre traduit par le chroniqueur.
  3. D’après l’expression de Jared Goldstein dans J. Goldstein, « Unfit for the Constitution : Nativism and the Constitution, from the Founding Fathers to Donald Trump », Journal of Constitutional Law, 2018, Vol. 20:3, 490.

Jérôme JAMIN

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