Recherche sur le site

Politique Actu
Actu

Crise du covid-19, monde du travail et stratégie syndicale

Arnaud LEVÊQUE

Pour éviter que l’après-covid-19 ne soit la répétition de l’avant, le lancement d’une stratégie offensive s’impose… rapidement. Il s’agit de saisir l’opportunité actuelle pour construire un avenir désirable pour toutes et tous. Parmi les instruments de lutte, la grève générale semble inévitable.
Une opinion du Secrétaire fédéral de la Centrale Générale (FGTB)

Un changement radical de modèle de société est appelé par de nombreuses·eux actrices et acteurs de la société civile depuis le début de la crise du coronavirus, y compris par des syndicalistes. Actrices et acteurs de la santé, du mal-logement, de la lutte contre la pauvreté, des ONG, des droits des prisonniers ou des immigré·es, petites mains ou actif·ves au premier plan de la crise actuelle, toutes et tous éprouvent ce besoin fondamental de lever un moment le nez du guidon, afin de crier l’urgence de réfléchir à « l’après » pour ne pas reproduire le vieux monde d’avant, celui dont on ne voulait déjà plus avant cette séquence liée au coronavirus. Ce momentum est vu comme l’opportunité à ne pas rater pour se rediriger vers un monde plus égalitaire et inclusif. Tout en gardant en tête que, si cette mobilisation ne se fait pas, l’après-Covid-19 risque d’être encore bien pire que l’avant.

Parmi les multiples éléments mis en évidence qui justifient ces appels à un « reset » sociétal progressiste, il y en a un qui, pour le moment, passe sous la plupart des radars d’analystes de tous bords, alors qu’il s’avère certainement constituer un élément-clé dans la stratégie à mettre en place pour réaliser ce changement de cap. Il s’agit de la résurgence de la centralité du « monde du travail », ou, plus précisément, l’essentialité des travailleur·euses dans le fonctionnement de la société. Le grand public s’en rend compte aujourd’hui pour ce qui concerne le personnel hospitalier et pour d’autres secteurs cruciaux (citons entre autres le personnel des maisons de repos, mais aussi les éboueur·euses, travailleur.euses de la grande distribution, etc). Ils et elles sont applaudi·es tous les soirs à 20h, notamment pour les remercier de leur rôle vital.

Prise de conscience

Le premier enjeu au niveau syndical est d’élargir cette prise de conscience. Bien que tout le monde ne travaille pas dans un secteur considéré comme « essentiel » à la société, tou·te·s les salarié·es sont cruciaux·ales, collectivement, pour le fonctionnement des entités qui les emploient (entreprises privées, services publics ou services à la collectivité). Le but est que chacun·e se rende compte que ce ne sont pas les marchés, les investisseurs ou même les politiques qui font tourner le monde, non, ce sont les travailleuses et les travailleurs. C’est-à-dire nous tou·te·s, peu importe l’endroit où l’on travaille.

En parallèle, la nervosité grandit dans les états-majors des entreprises, car, aujourd’hui, les salarié·es osent se questionner sur la nécessité réelle de se rendre au travail. À terre l’enthousiasme, la résignation ou l’aliénation qui poussaient chaque matin des millions de travailleurs et travailleuses vers leur lieu de travail sans qu’ils et elles ne se posent trop de questions. Logiquement insécurisé·es par le risque de contamination encouru lorsqu’ils et elles vont travailler (sur leur lieu de travail et/ou durant le déplacement pour s’y rendre), les travailleur·euses qui ne peuvent pas télétravailler et qui ne sont en pas en chômage temporaire y réfléchissent à deux fois avant de se présenter aux portes de leur entreprise, en particulier s’ils et elles travaillent dans un secteur « non essentiel ». Soudain, on se pose cette question existentielle : est-ce que tout ça vaut vraiment le coup ? Et dans les conditions de sécurité actuelles, qui s’étonnerait de l’explosion du nombre de certificats médicaux basés sur le principe de précaution ? Ils peuvent être vus comme autant de formes de résistance individuelle face aux injonctions à prendre des risques pour faire tourner les entreprises « non cruciales ». Cela fait bondir le patronat, qui élabore des stratégies scandaleuses pour faire revenir les gens au travail même s’ils n’en veulent pas (en utilisant notamment des failles dans la législation pour ne pas payer le salaire garanti en cas de maladie). À un niveau plus collectif, les pressions syndicales pour fermer temporairement les entreprises « non essentielles » sont légion depuis le début de la crise, bien que le gouvernement refuse de fermer les secteurs « non cruciaux » et assène en permanence que « la norme, ça reste le travail ».

On constate qu’il arrive quelque chose d’encore impensable jusqu’il y a peu, tant le discours néolibéral dominant avait imprégné les consciences : l’importance du travail salarié dans la vie commence à être relativisée. Surtout si celui-ci n’est pas vraiment porteur de sens sociétal. Une question fondamentale émerge dans les esprits : « Ce que je fais est-il vraiment indispensable aujourd’hui ?  ». Et quand on se pose cette question au vu de l’actualité, on risque bien de se la poser par la suite. D’où la grande fébrilité patronale. Ce questionnement essentiel, qu’il nous appartiendra de faire perdurer après la crise, est porteur de beaucoup de choses, et en premier lieu de la prise de conscience que ce n’est pas le capital qui crée la richesse, mais bien les travailleuses et les travailleurs. La crise met en évidence le fait que les capitalistes et le pouvoir en place ont plus besoin des travailleur·euses que l’inverse. Chaque personne convoquée à son travail malgré ses appréhensions s’en rend compte, sans forcément se le dire en ces termes-là bien entendu. Mais rien que le fait qu’une part non négligeable de la population questionne aujourd’hui son travail, son contenu, le sens qu’il a pour soi et pour la société, est potentiellement porteur de transformations fondamentales. Le paradoxe apparent entre l’affirmation de la centralité du travail salarié pour la société et la relativisation de celui-ci pour les individus met en évidence un élément fondamental : la société ne tourne que parce que nous le voulons bien. Et nous sommes donc en mesure de poser nos conditions, collectivement, pour assurer la continuité des activités.

S’engouffrer dans la brèche

Si les syndicats arrivent à façonner une conscience collective à partir de ces différents ressentis individuels, alors il y a une brèche pour que resurgisse une « conscience de classe » chez les travailleur·euses, elle-même potentiellement porteuse d’un renversement du rapport de force qui nous était devenu si défavorable depuis 40 ans, avec l’avènement des politiques néolibérales. Depuis cette époque, les grandes volontés affichées de transformation sociale des syndicats se réduisaient peu ou prou à des discours incantatoires – mais néanmoins empreints d’une réelle conviction – n’ayant que très peu de chance de se concrétiser dans le contexte tel qu’il était. Mais avec la pandémie de Covid-19, ce contexte a changé brutalement, la crise a mis en évidence la marche réelle de l’Histoire, et ouvre très largement le champ des possibles pour peu que l’on soit convaincu de notre force collective.

Nos adversaires, les capitalistes, les néolibéraux, les tenants de l’ordre dominant, sont conscients des risques encourus pour leurs intérêts et par la dissipation du brouillard qu’ils entretenaient depuis longtemps dans les consciences. En fins stratèges, ils utiliseront cette crise comme une opportunité pour faire passer de gré ou de force leur vision sociétale de la dérégulation du marché du travail, du « tout au marché » et des privatisations des biens communs (sécurité sociale, services publics, services à la collectivité, etc.). Le tout sans oublier de nous présenter la facture de la crise bien entendu. L’accumulation de capital comme seul horizon sociétal, toute une société formatée pour enrichir toujours plus quelques privilégiés, et priver les masses de l’essentiel. Pour nous convaincre de les suivre, ils continueront à agiter des épouvantails, à exacerber les sentiments individualistes et la peur de l’autre déjà alimentée par d’aucuns avant et pendant la crise. Et si les libertés individuelles sont bafouées et le traçage généralisé, c’est tant mieux pour eux, car pour travailler et consommer sans se poser de question, le peuple se doit d’être docile et sous contrôle. Et puis ce sont de nouveaux marchés à venir, car, pour un capitaliste, tout est un marché potentiel, absolument tout. Mais avant ça, ils auront lâché un peu de lest au moment de la sortie de crise, histoire d’amadouer les foules et de montrer patte blanche. « Ne vous inquiétez pas braves gens, nous sommes tous dans le même bateau. Nous aussi, nous avons applaudi les soignants. Regardez, nous mettons même quelque argent dans les soins de santé. Maintenant, reprenez le travail comme avant, ne vous posez pas de questions, tout va bien se passer. »

À l’offensive

La stratégie qui devra être adoptée par les syndicats pour affronter ces projets mortifères ne passera probablement plus par la concertation sociale telle qu’elle est aujourd’hui, complètement réduite en lambeaux et devenue catalyseur parmi d’autres des politiques néolibérales austéritaires. La nécessité bien réelle de devoir respecter les mesures de protection sanitaire ne pourra pas servir de prétexte pour restreindre notre droit à nous organiser, mais il est certain que nous devrons réinventer certaines de nos pratiques de mobilisation.

Nous devrons adopter une véritable stratégie qui démarre rapidement, avant que la brèche ouverte par la pandémie ne se referme, mais qui devra aussi et surtout s’inscrire sur le long terme. Elle devra être à la hauteur des enjeux de notre époque, nous donner à la fois la capacité de résister à ces forces réactionnaires et en même temps de nous affirmer et nous mobiliser dans la construction d’un avenir désirable pour toutes et tous, quelle que soit sa place actuelle dans la société. Ça devra être une stratégie offensive comme le pays n’en a plus connu depuis des décennies et qui passera inévitablement par la confrontation frontale avec les défenseurs de l’ancien monde. La centralité du bien commun, la justice sociale, fiscale et environnementale ne pourront être atteints que de cette manière. Et ça passera évidemment par la grève générale. Pour peser, elle devra durer, durer le temps nécessaire pour faire plier le camp d’en face, et elle devra se passer selon des modalités et avec des objectifs qui seront définis de manière démocratique, depuis la base. Pour que le monde à venir corresponde à celui que l’on veut et ne se construise que de la manière qu’on aura choisie. Bien entendu, avec le concours plein et entier de toutes les composantes de la société civile, pour que personne ne reste sur le bord du chemin. Reprendre le pouvoir sur le travail, donc sur le processus de production des richesses, sur son contenu et ses modalités, c’est reprendre le pouvoir collectivement sur la société. Et la société, c’est nous.

Toute demande de reproduction (partielle ou intégrale) d’articles publiés dans la revue ou sur ce site web est à envoyer au secrétariat de rédaction (info@revuepolitique.be)

Arnaud LEVÊQUE

Secrétaire fédéral de Centrale Générale (FGTB)


En débattre ?

Si la polémique est bien entendue admise et même encouragée, nous vous demandons de rester courtois, de ne pas recourir à l'injure et de rester dans le cadre du sujet. La rédaction se réserve le droit de supprimer un commentaire qui ne respecterait pas ces règles.

6 contributions pour "Crise du covid-19, monde du travail et stratégie syndicale"

  • Je suis tout a fait d’accord avec la FGTB et leur proposition.
    Je suis un jeune pâtissier et papa de 24 ans qui a envie de voir le monde reellement change pour pouvoir elevé son fils dans le meilleur des cadre,et sourtout dans un monde ou il auras le meme oportunites que ceux des classes supérieure !! Et tellement plein d’autres injustice…

  • Ma compagne a repris aujourd’hui son travail dans sa jardinerie. A côté des articles de jardin, on y vend une myriade de produits fabriqués en Chine sans aucun intérêt. En rentrant ce soir, elle m’a dit que la folie consumériste avait repris exactement comme avant, et même que les clients semblaient vouloir rattraper le retard. Dans un brico voisins, des consommateurs en sont venus aux mains et la police a dû intervenir et fermer le magasin. Pensez-vous vraiment que ces consommateur vont être mobilisables pour une grève générale? A part cela, ma compagne voudrait des informations sur les élections sociales qui, pour la première fois, vont aussi se dérouler dans la chaîne de magasin où elle travaille. Elle vient de se syndiquer au SETCA et souhaiterai se présenter. Moi, je suis invalide, et je fini par penser, comme un ami, qu’il n’y a vraiment que les hommes pour se croire plus importants que les coquelicots

  • S’il y a bien un avant et un après corona, l’O.S elle, ne change pas et persiste dans la grève générale et nationale.
    Je doute de son efficacité et de son opportunité présentement. Affronter le capital ne relève en rien d’une action nationale. Quand verra-t-on la CES, OUSA (org. syndicales continentales) ainsi que les org. syndicales mondiales (toutes les tendances confondues) FSM CMT.. prendre conscience de la dimension mondiale et agir en conséquence.

  • Salut, Arnaud,
    Je pense que tu as raison, d’autant plus que même des clowns libéraux se rendent compte que des choses doivent changer: Macron qui veut “sortir la santé des mains du marché”, Giscard qui propose de “supprimer la concurrence fiscale entre états de l’UE” (voilà une idée qu’elle est bonne !).
    Mais ça ne marchera que s’il y a un programme précis, sur des objectifs précis. Genre “cahier de doléances”, comme on disait naguère.
    Sinon, je vois mal les gens se mobiliser sur le mot d’ordre “A bas l’ancien monde !”
    Cordialement.

  • Les télétravailleurs statiques, nomades, travaillant ou non par le biais de drones de téléprésence n’ont pas forcément choisi librement leur régime de travail et ne sont pas à la fête. Des télétravailleurs heureux sont régulièrement interviewés, vantant les avantages des horaires flottant. Mais pour beaucoup, la réalité est l’obligation de respecter des horaires minimums stricts induite par les visioconférences périodiques et les logiciels de surveillance d’activité et les heures supplémentaires à gogo pour respecter les death lines. Je suis aux 35 heures et je travaillais 40 heures en moyenne par semaine en entreprise. Je suis passé à 50 heures en régime de télétravail. Un jour, j’ai travaillé de 7h45 à 22h15 en continu sans faire de pause, même pour manger ou aller à la toilette…Un de mes collègues a répondu à un mail à 00h15… Je pense néanmoins que je fais parti de la frange chanceuse des télétravailleurs : j’arrive encore à clôturer assez vite pour profiter de mon weekend.

    Notez bien que le télétravail, ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Certains se souviennent sans doute de l’engouement passé des managers pour la stigmergie, le mode d’organisation des sociétés d’insecte. Des informaticiens ont alors tenté de transposer la stigmergie transposée en entreprise grâce aux progiciels/ERP tel que le SAP. Ils ne prenaient en compte qu’une partie des données entrepreneuriales, y répondaient selon les procédures fixes conçues fonction d’organigrammes prédéfinies. Leur échec retentissant fut diagnostiqué de deux façons. Pour les uns, il fallait permettre aux usagers humains de paramétrer une partie du système pour l’adapter à une partie de la réalité du terrain. Pour les autres, le problème résidaient dans l’insuffisance de l’automatisation et de la standardisation des procédures des entreprises.

    La sociocratie est une théorie de management imaginée par Gérard Endenburg qui prône la déconcentration des décisions vers des équipes prétendument autogérées, les cercles. De toutes les méthodes d’application de la sociocratie, la plus populaire est l’holacratie de Brian Robertson : Elle est fondée sur un mode d’emploi détaillé (la constitution), un jargon d’apparence sectaire, un formalisme rigoureux, la focalisation des équipes sur la réalisation de la but de l’organisation/la stratégie du CA (« la raison d’être), l’emploi de l’un ou l’autre logiciel spécifique. L’holacratie est conçue pour faciliter l’externalisation. La sociocratie ne supprime pas le management (les « premiers liens ») mais sert volontiers d’argument à l’absence de comités d’entreprises (Pays-Bas, Suisse). L’expérience de Zappos démontre comment l’holacratie ou toute autre forme de sociocratie informatisée permet de contraindre le salarié à organiser son exploitation en le harcelant de questions et propositions. En revanche, les banques et compagnies d’assurance n’y voient pas d’inconvénients.

    La troisième révolution industrielle était un boom de l’informatisation et de l’emploi des NTIC. La quatrième vise la création de DAC (decentralized autonomous company), un concept d’entreprise intégralement automatisée, autorisée à contracter comme un humain, pouvant être créée et dissoute à grande vitesse en ligne. En raison des limites de la technologie, les DAC n’apparaîtront pas avant 15 ans dans le pire des cas. En attendant, elle stimule différentes technologies aliénantes et/ou destructrices d’emploi : la RPA (robotic process automation), l’hypersurveillance commerciale (cookies, smartwatch biométrique, géolocalisation, mesure informatique de l’activité), l’établissement de liste de licenciement/exclusion par des systèmes expert (les IA faibles). Quand les robots humanoïdes commenceront à être loués aux entreprises, que restera-t-il de la plèbe ?

    La maltraitance technologique des travailleurs peut être facilitée par leur mise en concurrence. Les DAO (decentralized autonomous organisation) sont des plateformes numériques quasi-automatisées permettant de publier des demandes de biens, services, capitalisation s et des offres. Leur personnel humain se limite aux informaticiens chargés de leur maintenance. L’ intrapreneur est un employé ou fonctionnaire qui reçoit un budget de sa hiérarchie pour conduire des projets personnels utiles à son organisation. Il s’agit de proposer des biens et services plus intéressants, d’exploiter des niches commerciales, d’expérimenter d’autres modes d’actions. Une organisation peut permettre à ses intrapreneurs de publier leurs propositions sur une DAO interne avec de requérir leur financement par leurs collègues. Cest bon pour l’innovation mais pas forcément pour la solidarité. Holacratie, intrapreneuriat et économie de plateforme uberamazonienne sont parfaitement compatibles.

    En combinant contrats précaires, flexibilité, confinement, « teletrepalium », holacratie, hypersurveillance, RPA, intrapreneuriat via une DAO, capitalisme de plateforme, on peut enfermer le travailleur dans un carcan technojuridique où il est isolé et constamment pressuré. En sus, la pression (explicite ou non) de l’employeur, la raréfaction des emplois consécutive à l’automatisation croissante, la crainte de la sous-performance pourraient inciter les travailleurs à accepter des mesures extrêmes dans un futur proche. Le recours à l’anthropotechnie est évoquée dans un article terrifiant du site Terminal : « Vers une “entreprise augmentée” : De nouveaux challenges pour la recherche en management et systèmes d’information » (https://journals.openedition.org/terminal/1626). Je recommande plus particulièrement la lecture des sections « L’individu qui s’augmente, un choix ou une nécessité dans l’entreprise ? » et « L’entreprise et la main-d’œuvre augmentée, quels principes managériaux ? ». Je me garderai, toutefois, de jeter des pierres aux transhumanistes selon la mode du moment, sachant que la majorité d’entre eux, partisans de la démocratie et de l’Etat-providence, critiquent sans concession de tels abus.

    La FGTB appelle à une grève générale mais comment un télétravailleur peut-il se mettre en grève ? Et, surtout, une grève pour obtenir quoi ? Les syndicats vont-ils demander l’instauration du référendum d’initiative populaire et du référendum révocatoire ? Vont-ils demander l’instauration d’un dividende social mensuel inconditionnel au profit des administrés ? Vont-ils demander le droit d’enregistrement au registre de population et de relogement pour les sans-abris ? Vont-ils demander des aides financières pour les travailleurs qui souhaitent acquérir des actions représentatives de voix dans leur entreprise ? Vont-ils demander un développement de l’économie sociale et solidaire ? Vont-ils demander l’instauration d’un fond souverain pour réduire la pression fiscale ?

    Dans la négative, je vais me contenter de revendications modestes : pouvoir circuler, conserver mon emploi et mon logement, revenir à un régime de travail plus humain que le télétravail, retrouver les biens et services qui étaient devenus inaccessibles pendant la confinement. Les grèves générales d’autrefois ont réussi parce que les syndicats avaient des propositions concrètes, à la fois simple à comprendre et de bon sens. Aujourd’hui, non seulement les réclamations sont vagues mais les gouvernants ne sauraient pas comment les financer ou même les appliquer s’ils le voulaient. Nous avons besoin des moyens de nous sauver nous-mêmes.

Répondre à Lame Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *