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Elections : une double lecture syndicale

Gui HEYRMAN et Paul LOOTENS


Ça discute ferme a la FGTB et dans les syndicats. Pour susciter le débat sur notre site, voici l’analyse de Gui Heyrman, ancien secretaire des Metallos flamands (ABVV Metaal, ex-secretaris Vlaams Brabant) et Paul Lootens, ancien Président de la Centrale Générale FGTB.

 

Bien lire les résultats des élections pour ne pas laisser la droite nous diviser.

« Un dimanche jaune au Nord et un dimanche rouge au Sud », telle est l’interprétation que Bart De Wever a voulu nous vendre le soir des élections. Cette interprétation des résultats avait bien entendu un but politique précis : sortir à nouveau du frigo le ‘communautaire’. Alors que ce le communautaire n’a été à aucun moment un thème de campagne. Mais cette interprétation des nationalistes flamands a été reprise assez largement dans la presse mais aussi dans une partie de notre organisation syndicale. Au Sud, on entend des « nous avons gagné en Wallonie tandis que la Flandres a voté fasciste ! ». Au Nord, des camarades parlent de l’écrasante victoire du Vlaams Belang et de la défaite du spa comme les seuls signaux à relever de ces élections au Nord du pays. Et leur analyse des résultats au Sud du pays se résume aussi à : « la gauche a gagné ».

Pourtant, la réalité des résultats n’est pas celle-là. Et il serait dangereux comme syndicaliste de la reproduire au risque de fragiliser ce qui a toujours fait la force du monde du travail dans notre pays : son organisation et son unité (nationale et interprofessionnelle).

Mais quelle lecture objective avoir des résultats électoraux alors ? Faut-il nier qu’il y aient des différences Nord-Sud ? Evidemment que non. Mais elles ne se situent pas là où les nationalistes flamands veulent les placer. Et il ne faut pas nier non plus qu’il y a des similitudes dans les résultats du Nord et du Sud du pays. Parcourons-les. Et commençons par les similitudes.

Tout d’abord, les partis du gouvernement Michel-De Wever ont tous été lourdement sanctionnés. Pas un seul n’y échappe. La sanction est tellement lourde qu’une coalition suédoise ne peut pas être reconduite. Même pas avec l’apport du cdh. L’électeur a clairement envoyé comme signal qu’il ne voulait plus de cette politique libérale.

Ensuite, la sociale-démocratie a aussi été lourdement sanctionnée. Au Nord comme au Sud. On ne peut pas parler de victoire de « la gauche » en Wallonie car sa composante principale se ramasse lourdement an faisant le plus mauvais score de toute son histoire politique (source : Pascal Delwit). Au Nord, la dégringolade de la sociale-démocratie est tout aussi impressionnante.

En outre, dans les similitudes, si la gauche gouvernementale a perdu partout, on doit noter que la gauche authentique progresse dans tout le pays. Elle constitue la plus forte progression politique au Sud et au Centre du pays. Et la deuxième plus forte progression politique au Nord du pays. Les scores du PTB en Flandres en 2019 sont mêmes supérieurs à ceux du PTB en Wallonie en 2014. Des scores obtenus avec très peu d’attentions médiatiques.

Plus largement, les pertes de la sociale-démocratie sont dépassées par les progrès cumulés du PTB et d’Ecolo/Groen. Au Sud comme au Nord du pays. Le camp progressiste avance dans les deux parties du pays. Ce qui traduit le progrès d’une conscience sociale et écologiste radicale.

Finalement, les deux partis qui progressent le plus, sont des partis catalogués par le politologue Dave Sinardet « d’anti-système » et qui se sont profilés sur des revendications sociales fortes. La Vlaams Belang a entre autre mené campagne contre la pension à 67 ans, pour la pension minimum de 1500 euros, pour la TVA sur l’énergie à 6 %,… L’un est passé dans les médias 20 fois plus que l’autre ou avait 10 fois plus de moyens financiers pour mener campagne sur les réseaux sociaux.

On pourrait encore ajouter que les questions communautaires n’ont jamais été un thème de campagne. Elles n’ont pas constitué la motivation centrale des électeurs du Belang. Ou encore que les sondages d’opinion faits au lendemain des élections montrent que Flamands et Wallons convergent sur de nombreux points positifs : la pension minimum à 1500 euros, la taxation des grosses fortunes, la préservation automatique des salaires,… Ils convergent aussi malheureusement sur une série de points plus négatifs comme l’attitude par rapport aux migrations ou le maintien des centrales nucléaires.

Voilà pour les similitudes entre les résultats eu Nord et du Sud du pays.

Le racisme est le poison de la division.

Celles-ci ne doivent pas masquer les différences. Le fait que le vote anti-système se soit porté majoritairement sur un parti d’extrême-droite en Flandres – comme dans le reste de l’Europe – est plus qu’inquiétant. Cela doit nous mobiliser comme syndicaliste. Pas nous désespérer. Le racisme est le poison de la division. Mais ce poison trouve un antidote quand face à lui il trouve une gauche – dans ses dimensions politiques syndicales et associatives – conséquente, militante, offensive avant et après les campagnes électorales.

La victoire de la gauche radicale, de la gauche authentique, de la gauche marxiste, peu importe comment on la nomme, devrait interpeller le mouvement ouvrier dans toutes ses tendances. Elle constitue un espoir et le signe qu’il est temps de retrouver un discours et une pratique offensive sur le plan de la politique mais aussi de l’éthique. Retrouver une gauche qui enthousiasme et pas qui résigne, une gauche qui a de l’ambition, pas une gauche qui renonce. La victoire du PTB et les progrès des verts sont aussi un marqueur fort qu’il est temps de pratiquer un pluralisme politique dans notre organisation syndicale. Ce sera bon pour la vitalité et la vigueur du débat à gauche. Cela permettra de passer de la politique du « sans nous ce sera pire » à la politique du « ensemble ce sera mieux »

 

FR :  https://www.lalibre.be/actu/politique-belge/les-resultats-des-elections-sont-trompeurs-flamands-et-wallons-ont-des-opinions-politiques-assez-proches-5cf6aee07b50a62b5bc7fa51)

NL : https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2019/06/04/ze-stemmen-anders-maar-walen-denken-niet-zo-veel-linkser-dan//

 

Gui HEYRMAN

Paul LOOTENS

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2 contributions pour "Elections : une double lecture syndicale"

  • Nous sommes d’accord : les forces de gauche doivent plus que jamais se rassembler. Dans cette perspective, mieux vaut éviter d’utiliser une expression comme “gauche authentique” — au singulier ! Cette expression semble vouloir discréditer a priori toutes les autres gauches. Mauvais départ pour un appel au rassemblement …

  • Je pense que le plus gênant, c’est l’inexistence d’une représentation politique sérieuse des projets des syndicats dans les partis . Mais les syndicats.sont ils encore capables de promouvoir de véritables “projets” autres que la défence ( légitilme) des acquis ? Sur le plan interprofessionnel, c’est difficile, s’il n’y a pas quelques Centrales qui servent de “locomotives”. A part des ” élections sociales ” on n’entend pas parler de grand chose et à Bruxelles, la CSC-ACV se chamaillent sur des questions de frontières syndicales qui font problème du fait de leur imbrication dans le projet flamand sur Bruxelles (à mon avis).

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