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Politique Archives N°118
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Expériences européennes : un bilan mitigé

Jean-Paul GAILLY

Hasselt (Belgique), Aubagne (France), Dunkerque (France), Tallinn (Estonie), Żory (Pologne), Grand-Duché du Luxembourg… Les expériences de gratuité totale ou partielle des transports publics collectifs ne manquent pas sur le continent européen. Faire un bilan de ces expériences de gratuité est loin d’être simple1.

Les avantages suivants sont régulièrement mis en avant :

  • suppression de la perception et du contrôle des voyageur·euses ;
  • baisse de la délinquance ;
  • réduction du temps d’embarquement et d’arrêt ;
  • augmentation de l’attractivité des centres-villes ;
  • système de transport plus accessible et équitable ;
  • transformation du rapport des usagers au transport et apaisement des tensions ;
  • augmentation importante de la fréquentation ;
  • report modal significatif.

Par contre, d’autres effets font l’objet de mises en garde :

  • perte de contrôle de l’espace dédié au transport en commun par l’exploitant ;
  • encombrement des véhicules ;
  • baisse du respect des horaires ;
  • report modal limité ;
  • saturation de l’offre ;
  • surcoût parfois insupportable pour les collectivités locales (réduction des recettes des opérateurs et augmentation nécessaire de l’offre).

En Belgique, la seule expérience est celle de la ville d’Hasselt, sous l’égide de son bourgmestre et alors président du SP.A Steve Stevaert. Cette politique originale a duré près de 17 ans et s’est réduite, depuis 2013, à une gratuité ciblée, notamment en raison de son coût. Willy Miermans, professeur à l’Université d’Hasselt, a relevé une augmentation du nombre d’usager·es quotidien·nes mais seul un·e sur sept était un·e ancien·ne automobiliste, les autres étaient d’ancien·nes cyclistes ou piéton·nes. Il souligne que rien n’avait été changé quant au statut dominant de la voiture dans l’aménagement de la ville2. La plupart des expert·es en mobilité belges abondent dans le même sens : une mise en œuvre non intégrée dans une politique de mobilité cohérente aboutit à un report modal minime3.

L’Observatoire des villes du transport gratuit en France4 souligne que l’essentiel, avant d’évaluer son impact, est de définir à quels enjeux la gratuité des transports en commun est censée répondre :

  • des enjeux écologiques : favoriser le report modal de l’automobile individuelle vers les transports collectifs, augmenter la fréquentation des transports en commun, changer les représentations sur les modes de transport ;
  • des enjeux redistributifs : favoriser le droit à la mobilité, donner du pouvoir d’achat aux ménages du territoire en socialisant le coût des transports en commun ;
  • des enjeux économiques : augmenter l’attractivité d’un centre urbain, améliorer la desserte collective d’un territoire, augmenter la qualité de vie des habitant·es, rentabiliser l’investissement dans les transports en commun en augmentant leur fréquentation.
  1. Voir à ce sujet https://urlz.fr/gJ9o et l’excellent article de R. Gelin, « Gratuité des transports : d’abord une volonté politique », Gresea, septembre 2021.
  2. D. De Cleene, “PS-voorzitter wil gratis openbaar vervoer, maar wat heb je aan een gratis trein die niet rijdt?”, De Morgen, 27/09/2021.
  3. C. Bouckaert, « Gratuité des transports en commun : l’effet sur l’environnement sera marginal », Le Vif, 7/10/2021.
  4. « Note méthodologique sur l’évaluation des politiques de gratuité des transports en commun », février 2021.

Jean-Paul GAILLY

Sociologue, membre du collectif éditorial de Politique. De 1999 à 2018, il a exercé des responsabilités dans le secteur de la mobilité (Cabinet Isabelle Durant, SPT Mobilité, Bruxelles-Mobilité).


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