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Il y a 100 ans, Rosa Luxemburg

Jean VOGEL

A l’occasion du centième de l’assassinat de Rosa Luxemburg, Jean Vogel revient sur la vie et la pensée de la grande figure du socialisme européen en guise d’initiation au colloque international organisé par l’Institut Marcel Liebman.

Rosa Luxemburg est née en 1871 dans la ville polonaise de Zamość, dans le gouvernement de Lublin. Elle était la cinquième enfant d’une famille juive aisée vivant dans la partie orientale de l’actuelle Pologne, alors territoire de l’Empire russe. A la suite d’une erreur médicale, elle souffrira sa vie durant d’une forte claudication.La jeune fille fréquente à Varsovie, à partir de 1880, le deuxième lycée de jeunes filles. Dès sa sortie du lycée, elle intègre un groupe socialiste clandestin qui soutient le programme de l’organisation révolutionnaire Prolétariat et ambitionne de fonder un parti ouvrier. En 1889, le climat politique menaçant en Pologne l’incite à partir étudier en Suisse, à Zurich, où se retrouvent alors de nombreux étudiants polonais engagés et, plus largement, des révolutionnaires européens exilés.

À l’automne 1890, Rosa Luxemburg fait la connaissance de Leo Jogiches, militant d’origine lituanienne qui bénéficie déjà d’une forte réputation dans le milieu socialiste. Rosa Luxemburg et Leo Jogiches entament une liaison, et la jeune femme abandonne, sous l’influence de son amant, l’étude des sciences naturelles au profit de l’économie, de la philosophie et du droit. Cette rencontre bouleverse sa vie et elle s’adonne désormais tout entière à la politique, sans délaisser pour autant ses études.

En 1893, Rosa Luxemburg fonde, de concert avec Leo Jogiches et Julian Marchlewski, la Social-Démocratie du Royaume de Pologne (SDKP, rebaptisée en 1900 Social-Démocratie du Royaume de Pologne et de Lituanie —SDKPiL —) qui se pose en parti rival du Parti socialiste polonais (PPS), créé en 1892 qui milite pour l’indépendance de la Pologne. Rosa Luxemburg s’écarte de la position socialiste majoritaire, inspirée par Karl Marx, sur la question de la souveraineté polonaise : pour elle, le rétablissement de la Pologne est une « illusion utopique », les ouvriers polonais et russes doivent unir leurs forces et le prolétariat polonais n’aurait rien à gagner à un « État bourgeois » indépendant. La révolution en Pologne doit s’inscrire dans l’objectif général du renversement de l’absolutisme en Russie. Pour Rosa Luxemburg, ce n’est que dans une république démocratique substituée au tsarisme, que pourrait se réaliser l’autonomie nationale polonaise.

Rosa Luxemburg fait ainsi ses débuts d’« agitatrice » politique

En 1897, Rosa Luxemburg est reçue à Zurich docteur magna cum laude, avec comme sujet de thèse le développement industriel de la Pologne. À la fin des années 1890, elle décide de s’installer en Allemagne où elle contracte un mariage blanc afin d’acquérir la nationalité allemande. Installée à Berlin, elle se familiarise rapidement avec le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD, Sozialdemokratische Partei Deutschlands) où elle multiplie les rencontres. Bientôt remarquée pour son énergie et son intelligence politique, elle est envoyée dès juin 1898 en Haute-Silésie – partie de la Pologne annexée par le Royaume de Prusse au XVIIIe siècle – pour présenter les idées socialistes auprès des ouvriers polonais à l’occasion des élections. Rosa Luxemburg fait ainsi ses débuts d’« agitatrice » politique, rôle qu’elle apprécie immédiatement.

À partir de l’été 1898, Rosa Luxemburg se trouve impliquée dans la querelle du révisionnisme qui éclate alors au sein de la social-démocratie allemande : son théoricien Eduard Bernstein remet en effet en cause l’idéologie marxiste en préconisant l’abandon par la social-démocratie de la perspective révolutionnaire et sa transformation en un grand parti de réformes démocratiques et sociales. En septembre, Rosa Luxemburg publie une série d’articles, Réforme sociale ou Révolution ?, pour réfuter les thèses de Bernstein. Quatre mois après son arrivée en Allemagne, Rosa Luxemburg connaît une notoriété croissante dans le milieu socialiste.

Désormais cadre reconnue pour sa compétence au sein du Parti social-démocrate d’Allemagne, Rosa Luxemburg travaille comme journaliste pour la presse socialiste, comme traductrice (elle parle yiddish, polonais, russe, allemand et français), et comme enseignante à l’école du SPD. Elle y donne des cours d’économie, d’histoire de l’économie, d’histoire du socialisme. Elle réalise des tournées de conférences à travers toute l’Europe. En 1903, elle devient membre du Bureau socialiste international, l’organe de coordination de l’Internationale ouvrière. En juillet 1904, à son retour d’un congrès de la deuxième Internationale, elle est arrêtée et condamnée à trois mois de prison pour avoir critiqué l’empereur Guillaume II dans un discours public. À cette même époque, Rosa Luxemburg s’oppose vivement à certaines thèses de Lénine : elle conteste sa conception du parti d’avant-garde et s’oppose notamment à ses vues en matière de centralisation de l’autorité et de hiérarchie.

Elle publie un essai intitulé Grève de masse, Parti et syndicat

À la suite du Dimanche rouge, le 22 janvier 1905 à Saint-Pétersbourg, la révolution éclate en Russie. Leo Jogiches quitte Berlin en février pour Cracovie et ensuite Varsovie. Rosa Luxemburg le rejoint à Varsovie en décembre, sous une fausse identité, pour participer au mouvement insurrectionnel qui bat son plein en Pologne. Arrêtée avec Leo Jogiches, elle frôle l’exécution. Un temps assignée à résidence, puis libérée sous caution en tant que citoyenne allemande, elle regagne Berlin en septembre 1906 ; sa liaison avec Leo Jogiches prend fin à cette époque. Ce dernier, demeuré en Pologne, est condamné en janvier 1907 à huit ans de bagne en Sibérie mais il s’évade avant d’être déporté. En décembre 1906, le tribunal de Weimar condamne Rosa Luxemburg à deux mois de prison pour avoir, lors du congrès du SPD en 1905, incité le prolétariat allemand à suivre l’exemple révolutionnaire russe.

Au congrès du SPD à Mannheim, en septembre 1906, Rosa Luxemburg contribue à constituer une gauche qui, en face d’une droite et d’un centre du parti désormais rapprochés, adopte une attitude révolutionnaire. Elle publie un essai intitulé Grève de masse, Parti et syndicat, dans lequel elle combine ses expériences russes et allemandes et prône l’idée d’un processus révolutionnaire conçu comme un mouvement continu, où le parti ne doit pas prétendre à la direction de la classe ouvrière. Le parti doit se limiter à un rôle d’éclaircissement du prolétariat. Rosa Luxemburg dénonce également l’emprise, en Allemagne, de la bureaucratie syndicale. Cet ouvrage provoque un scandale au sein du SPD et dès 1907, ses relations avec le dirigeant du parti August Bebel sont irrémédiablement compromises. Avec Martov et Lénine, elle fait adopter par l’Internationale ouvrière une résolution amendée sur la guerre, stipulant qu’en cas de conflit, le devoir de la classe ouvrière est de se soulever et par là, de mettre un terme à la guerre et de hâter la fin du capitalisme.

À la même époque, Rosa Luxemburg vit une liaison avec Costia Zetkin, un des fils de Clara Zetkin, de quinze ans son cadet : leur relation dure jusqu’en 1912. Jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale, la renommée de Rosa Luxemburg ne cesse de croître dans les milieux politiques. Elle prend part à diverses polémiques au sein du SPD et de l’Internationale. En 1910, une vive polémique l’oppose au « pape » de la social-démocratie allemande, Karl Kautsky, jusque-là son ami politique et personnel, au sujet du rejet par le SPD de la grève politique et de son légalisme à tout prix, exemplifié par son refus de revendiquer l’instauration de la république en Allemagne.

Sur la question des nationalités, Rosa Luxemburg adopte un point de vue d’internationalisme intégral et s’oppose radicalement à toute forme de nationalisme, considérant que « dans une société de classes, la nation, en tant qu’entité socio-politique, n’existe pas ». Pour elle, la question nationale est une question tactique secondaire et non une question de principe. Le seul droit à l’autodétermination à soutenir est celui de la classe ouvrière : seule la révolution socialiste internationale mettra fin à la domination nationale, comme à l’exploitation, à l’inégalité des sexes et à l’oppression raciale.

Les marchés non capitalistes sont nécessaires au fonctionnement du capitalisme

Dans l’Accumulation du capital, son œuvre théorique majeure, publiée en janvier 1913, Rosa Luxemburg détaille son analyse du capitalisme : pour elle, l’accumulation ne peut s’effectuer que grâce à l’expansion du capitalisme vers des marchés étrangers ou dans des régions moins développées. Les marchés non capitalistes sont nécessaires au fonctionnement du capitalisme et, en dernière analyse, à sa survie, mais ils sont pourtant détruits en tant qu’entités indépendantes. En se privant de la demande qui lui permet de réaliser la plus-value, le système capitaliste s’effondre inévitablement du fait de cette contradiction.

Rosa Luxemburg milite avec passion contre les risques de guerre en Europe. En septembre 1913, elle prononce à Francfort-sur-le-Main un discours enflammé dans lequel elle appelle les ouvriers allemands à ne pas prendre les armes contre des ouvriers d’autres nationalités. Cela lui vaut de passer, le 20 février 1914, en jugement pour « incitation publique à la désobéissance ». Rosa Luxemburg se défend avec passion et éloquence, ce qui accroit encore sa célébrité en Allemagne, au-delà des milieux socialistes. Condamnée à un an de prison, elle va en appel et prononce en mars 1914 un nouveau discours dans lequel elle accuse les militaires allemands de maltraiter les soldats : elle est cette fois poursuivie pour insulte à l’armée. Mais des milliers de témoignages arrivant pour soutenir ses propos, le procès est enterré afin d’éviter un plus grand scandale encore. Durant les mois que durent les diverses procédures, Rosa Luxemburg continue de diffuser ses thèses et de militer ardemment contre la guerre. À la même époque, elle entretient durant plusieurs mois une liaison avec l’un de ses avocats, Paul Levi, qui restera ensuite un ami proche.

Lorsque la guerre éclate en Europe, l’Internationale ouvrière échoue totalement à définir une politique commune et les sociaux-démocrates allemands, comme la plupart de leurs homologues européens, votent les crédits de guerre. Rosa Luxemburg, qui doit théoriquement commencer à accomplir en décembre sa peine de prison, forme avec plusieurs militants, dont Karl Liebknecht, Leo Jogiches, Franz Mehring, Julian Marchlewski, Paul Levi et Clara Zetkin, le noyau de ce qui devient le Gruppe Internationale, puis par la suite le Spartakusbund (la Ligue Spartacus) : leur appel contre le vote des crédits de guerre, signé par plus de trois cents militants socialistes, reste quasiment sans réponse. Rosa Luxemburg entame sa peine de prison en février 1915.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ne sont pas autorisés à siéger au congrès

En prison, Rosa Luxemburg maintient des liens épistolaires avec le monde extérieur. C’est là également qu’elle rédige la brochure La Crise de la social-démocratie, publiée clandestinement en 1916 sous le pseudonyme de Junius. L’opposition radicale socialiste s’exprime au travers d’une « lettre politique » signée Spartakus : avec le soutien logistique de Leo Jogiches qui prend la direction des opérations clandestines, la publication, intitulée Les Lettres de Spartakus, circule bientôt à plus de 30 000 exemplaires. Libérée en février 1916, Rosa Luxemburg reprend aussitôt ses activités publiques. Le 1er mai, lors d’une manifestation spartakiste elle défile aux côtés de Karl Liebknecht qui, en uniforme de soldat, lance un slogan contre la guerre et le gouvernement : « À bas la guerre ! À bas le gouvernement ! ». Immédiatement arrêté, il est privé de son immunité parlementaire, traduit devant un tribunal militaire, et condamné à quatre ans de prison, tandis que Rosa Luxemburg est aussitôt placée sous surveillance policière. Le 9 juillet 1916, elle est arrêtée et placée en détention administrative.

En janvier 1917, les socialistes opposés à la guerre sont exclus du SPD ; en avril, ils constituent le Parti social-démocrate indépendant d’Allemagne (USPD), dont la Ligue spartakiste constitue le courant d’extrême-gauche.

Depuis sa prison, Rosa Luxemburg suit attentivement les évènements politiques et écrit, à partir de mars 1917, une série de textes sur la Révolution russe, selon elle le « fait le plus considérable de la guerre mondiale », mais après la révolution d’Octobre, elle se montre critique envers divers aspects de la politique suivie par les bolcheviks. Elle dénonce « l’opportunisme » des dirigeants de la social-démocratie allemande et des mencheviks russes, ainsi que leur politique de soutien à l’impérialisme. Dans ce contexte, elle salue le parti bolchevik « à qui revient le mérite historique d’avoir proclamé dès le début et suivi avec une logique de fer la tactique qui seule pouvait sauver la démocratie et pousser la révolution en avant. Tout le pouvoir aux masses ouvrières et paysannes, tout le pouvoir aux soviets ». La critique de la politique poursuivie par ce dernier apparaît d’autant plus nécessaire pour Rosa Luxemburg. Elle dénonce entre autres le soutien des bolcheviks aux autodéterminations nationales, qui lui paraît affaiblir le prolétariat en renforçant le nationalisme, ainsi que la politique de redistribution des terres par les bolcheviks, qui pour elle menace d’aboutir à la constitution d’une couche de petits propriétaires fonciers ennemis potentiels de la révolution et hostiles au socialisme. Elle critique enfin l’étouffement de la démocratie politique par les bolcheviks, écrivant : « La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ». Si pour Rosa Luxemburg, « la dictature socialiste […] ne doit reculer devant aucun moyen de contrainte pour imposer certaines mesures dans l’intérêt de la collectivité », elle estime que le pouvoir léniniste est « une dictature, il est vrai, non celle du prolétariat, mais celle d’une poignée de politiciens, c’est-à-dire une dictature au sens bourgeois ». Elle préconise au contraire « la démocratie la plus large et la plus illimitée », et rappelle que « c’est un fait absolument incontestable que, sans une liberté illimitée de la presse, sans une liberté absolue de réunion et d’association, la domination des larges masses populaires est inconcevable ». Rosa Luxemburg estime de ce fait que les révolutionnaires allemands doivent à tout prix éviter de devenir des satellites des bolcheviks.

La révolution allemande de novembre 1918 permet à Rosa Luxemburg de sortir de prison. Les dirigeants spartakistes se réunissent et fondent un nouveau journal, Die Rote Fahne. Rosa Luxemburg y appelle le prolétariat d’Allemagne à poursuivre la révolution et à s’organiser pour en prendre la direction. La Ligue spartakiste, menée notamment par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, prône une radicalisation de la révolution et l’accès au pouvoir des conseils d’ouvriers et de soldats apparus fin 1918 dans toute l’Allemagne à l’occasion de la révolte populaire, pour former une « république des conseils ». Pour les spartakistes, la révolution doit désormais s’étendre à toute l’Europe avec le soutien de la Russie soviétique. Hostiles pour leur part à tout putschisme et à tout terrorisme de parti, Liebknecht et Rosa Luxemburg sont dépassés par l’utopisme des intellectuels et le radicalisme des ouvriers qui les suivent. Le SPD, qui a formé le gouvernement dirigé par Friedrich Ebert, souhaite au contraire une transition politique modérée afin d’éviter à l’Allemagne une situation du type russe. La tension politique est extrême et, le 6 décembre, des troupes gouvernementales occupent la rédaction de Die Rote Fahne. Une manifestation spartakiste est dispersée à coups de mitrailleuses, faisant treize morts et trente blessés. Les spartakistes sont finalement désavoués par ceux-là même qu’ils ambitionnent de mettre au pouvoir : le 16 décembre, le Congrès national des Conseils d’ouvriers et de soldats, seul pouvoir légitime aux yeux des spartakistes, se réunit et décide à la majorité qu’il ne lui appartient pas de décider du sort de l’Allemagne, et que cette tâche devra être confiée à une assemblée constituante élue au suffrage universel. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ne sont pas autorisés à siéger au congrès, pas même avec voix consultative.

Rosa Luxemburg est tuée d’une balle dans la tête

Le climat d’agitation révolutionnaire en Allemagne aboutit à la formation du Parti communiste d’Allemagne (KPD) : les spartakistes, ayant pris la décision de se séparer de l’USPD, forment le parti lors d’un congrès tenu du 30 décembre 1918 au 1er janvier 1919. Alors que les bolcheviks jugent la terreur indispensable pour préserver la révolution, Rosa Luxemburg se montre sceptique et fait finalement adopter dans le programme du parti allemand un point qui s’oppose à toute pratique terroriste. Rosa Luxemburg et Paul Levi plaident pour la participation des communistes à l’élection de l’assemblée constituante, mais la majorité se prononce pour le boycott de ces élections.

Début janvier 1919, l’agitation politique dans les milieux ouvriers tourne à l’affrontement ouvert quand le préfet de police Emil Eichhorn, membre de l’USPD, refuse de quitter son poste après le départ des indépendants du gouvernement et distribue des armes aux ouvriers radicaux. Karl Liebknecht, emporté par le mouvement, croit à la possibilité d’un soulèvement qui renverserait le gouvernement : une partie du KPD forme avec d’autres groupes, dans la nuit du 5 au 6, un comité révolutionnaire et décide de passer à l’insurrection. Rosa Luxemburg juge le mouvement totalement prématuré mais choisit de le soutenir par loyauté. Le soulèvement, spontané mais sans plan, direction ni organisation, échoue totalement : le ministre SPD Gustav Noske est chargé d’organiser la répression, qu’il confie aux corps francs. Les militaires écrasent l’insurrection avec une grande brutalité, tuant les spartakistes qui se présentent porteurs d’un drapeau blanc. Bientôt, tout Berlin est occupé par l’armée. Rosa Luxemburg fait paraître le 14 janvier 1919 son dernier article, amèrement intitulé L’Ordre règne à Berlin.

Le lendemain de la parution du dernier article de Rosa Luxemburg, des militaires se présentent à son domicile clandestin. Arrêtée, elle est conduite à l’hôtel Eden qui sert de quartier-général provisoire à la division de cavalerie et de fusiliers de la garde. Des militaires l’emmènent ensuite pour l’escorter en prison. Alors qu’elle est dirigée vers la sortie de l’hôtel, elle est frappée à la tête à coups de crosse de fusils ; les soldats la font ensuite monter dans une voiture pour la conduire en détention. Alors que le véhicule a à peine parcouru cent mètres, Rosa Luxemburg est tuée d’une balle dans la tête. Son cadavre est jeté dans le Landwehrkanal. Un communiqué mensonger affirme ensuite qu’elle a été tuée par une foule de citoyens en colère. Karl Liebknecht, arrêté lui aussi, est également tué en sortant de l’hôtel Eden par l’escorte qui était censée l’emmener en prison. Leo Jogiches tente de découvrir la vérité sur la mort de Rosa Luxemburg : en mars, il est arrêté à son tour, puis tué, officiellement alors qu’il tentait de s’évader du quartier général de la police.

***

 

L’année 2019 est celle du centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg. Diverses activités commémoratives ont lieu un peu partout en Europe et dans le monde. A cette occasion, le Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches (Université libre de Bruxelles), la Maison du Livre, le Centre des Archives du Communisme en Belgique, l’Institut Marcel Liebman et la Formation Léon Lesoil coorganisent un colloque de réflexion critique autour de quatre thèmes majeurs qui ont marqué la pensée et l’action de Rosa Luxemburg : la « fin du capitalisme », la « Démocratie radicale », l’ « Auto-détermination des peuples et impérialisme » et la question de la « grève générale ».

Au-delà de l’aspect commémoratif, il s’agira surtout d’interroger de poser, par le biais d’interventions de spécialistes internationaux issus de diverses disciplines (historiens, politologues, philosophes, économistes et sociologues) et de militants (syndicaliste, Gilets jaunes, militantes féministes), la question de l’originalité et de l’actualité de la pensée de Rosa Luxemburg, un siècle après sa mort.

Programme et informations pratiques disponibles à l’adresse suivante : http://www.institut-liebman.be/

Evénement Facebook : https://www.facebook.com/events/2208279739265150/

 

Mots-clés : marxismesocialisme

Jean VOGEL

Maître d'enseignement de sciences politiques à Science Po de l'Université Libre de Bruxelles et président de l'institut Marcel Liebman.


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