Recherche sur le site

Politique Archives N°111
Archives

Jambon Ier, ministre de la Propagande

Robrecht VANDERBEEKEN

L’offensive du gouvernement flamand actuel contre la culture et la société civile, menée par Jan Jambon et la N-VA au nom de la rigueur budgétaire, est en réalité une forme de Kulturkampf totalement artificiel visant à imposer une vue factice de l’histoire et de la société, afin de mettre en œuvre le programme politique des nationalistes. Ce que cette offensive met en péril, ce n’est rien moins que la liberté d’expression et le vivre-ensemble.

Cet article a paru dans le n°111 de Politique (mars 2020)

L’Europe dispose à présent d’un vice-président de la Commission en charge de « la protection de notre mode de vie européen ». Qu’entend-on précisément par ce « mode de vie » et par nos « valeurs occidentales » ? Cela reste vague. S’agit-il, par exemple, de la liberté et de la diversité de la vie artistique et culturelle ? L’Union européenne envisage-t-elle une hausse du budget de la Culture, de telle sorte que les États membres puissent renforcer leur champ artistique démocratique ?

L’accord de gouvernement flamand, quant à lui, prend une direction diamétralement opposée. La nouvelle gestion des médias et de la culture doit parier sur « le renforcement de l’identité flamande » – dont la N-VA elle-même reconnaît à quel point elle est faible – car « la Flandre ne peut rayonner réellement que si elle rayonne aussi culturellement ». Paradoxe : on prétend ensuite atteindre l’excellence par des restrictions budgétaires et par une politique de censure.

Ainsi, notre région rejoint hélas une tendance croissante en Europe : l’émergence de décideurs de droite qui veulent faire des médias, de la culture et de l’art un instrument politique pour la promotion d’un agenda nationaliste. Souvent, cette tendance se distingue à peine du combat identitaire sur lequel se basent les partis d’extrême droite. Cette imprécision, elle aussi, est travestie en termes de pragmatisme électoral. C’est certainement le cas en Flandre, où l’extrême droite recueille de nombreuses voix. Même le professeur Carl Devos1, habituellement modéré, nous indique la mission que se donne Jambon : préparer l’indépendance flamande. La nouvelle politique flamande des médias et de la culture se lit déjà comme une grande campagne électorale nationaliste-flamande à l’approche de 2024. Un endoctrinement, via l’argent de l’impôt, pour préparer le partage des biens de la Belgique.

La politique culturelle comme campagne électorale

Cela peut aller vite si la réplique tarde à venir. La N-VA et le Vlaams Belang montent déjà ensemble aux barricades pour « notre » culture flamande. Ce qui les réunit, c’est qu’ils montrent tragiquement peu de confiance dans la force de l’émancipation culturelle à partir d’en bas, une chose pourtant essentielle à la formation d’une communauté. Leur défiance envers les acteurs culturels flamands est tellement grande que, désormais, ils engagent ouvertement une guerre culturelle du haut vers le bas. C’est ainsi que Jan Jambon – qui fut, rappelons-le, un des créateurs du Vlaams Blok à Brasschaat – prend maintenant la compétence de la Culture sous son contrôle direct.

Si l’on se base sur la note de politique générale flamande, sur l’accord de gouvernement, ainsi que sur les premières déclarations de Jambon à la commission de la Culture du Parlement flamand, on peut redouter un tel traitement préférentiel. Bien que Jambon Ier se soit présenté comme un « gouvernement d’investissement », il a été vite évident qu’il mènerait une politique d’économies sévères, avec quelques glissements cosmétiques dans les budgets. Ce gouvernement fait le choix de surchauffer encore le laminoir néolibéral des économies pour favoriser la marchandisation. C’est ainsi qu’on frappe d’impuissance les acteurs engagés de la culture. S’il faut l’en croire, Jambon n’est pas partisan d’un rabotage uniforme de 6 %, mais cette mesure resurgira peut-être dès que le Brexit pourra être utilisé comme excuse pour une thérapie politique de choc. Selon le ministre-président Jambon (activité complémentaire : ministre de la Culture), c’est le « primat de la politique » qui déterminera des choix argumentés. Plutôt que qualitatifs, ce seront des choix idéologiques, car la politique d’assainissement budgétaire sert de levier pour une offensive sur le contenu. Cela, ce gouvernement n’en fait pas mystère. Au contraire, il espère confondre et paralyser l’opposition avec un slogan catégorique comme « les maîtres flamands2 doivent être l’enseigne de la majesté que la Flandre comporte en elle. » Les morts ne risquent pas de contredire les détenteurs du pouvoir…

Pourtant, Rubens et Bruegel – qui était originaire de Breda ! –, par exemple, ont déjà été largement mis à contribution, ces dernières années, grâce à toutes sortes d’expositions et de campagnes touristiques. Les musées et les institutions patrimoniales de Flandre font déjà preuve de beaucoup d’attention pour l’histoire de la région flamande. Pour découvrir le passé de la collaboration flamande, nous pouvons déjà nous rendre à Kazerne Dossin, à Malines. Mais Jambon veut autre chose : cela transparaissait dans son discours inaugural au Parlement flamand. Selon lui, le 26 mai 2019 nous aurait montré que les électeurs sont en colère. Celle-ci ne serait pas due à la politique du gouvernement précédent, qui était composé des mêmes partis – lesquels sont aussi, tous, sortis perdants des urnes : N-VA, Open VLD et CD&V. Non, cette colère viendrait du « sentiment que les avantages et les charges sont répartis de manière inégale ». La N-VA a réussi à entraîner totalement ses partenaires de coalition dans la promotion d’une pensée « nous-eux », avec les migrants comme boucs émissaires. L’objectif : manipuler les esprits pour rendre possible après 2024 un coup de force séparatiste, au besoin grâce à un cartel avec le Vlaams Belang. À présent, la Flandre veut déplacer activement les migrants vers Bruxelles et la Wallonie, par le moyen d’une politique d’apartheid faite de toutes sortes de mesures répulsives. Alors, des politiciens cyniques de la nouvelle droite comme Theo Francken pourront twitter joyeusement : « Regardez, ces problèmes sont derrière nous ! »

Un nationalisme d’autorité

Si l’on doute que nous soyons en train de vivre une guerre culturelle, il suffit de regarder comment le gouvernement flamand veut s’en prendre à la radiotélévision publique VRT et à la société civile. Tout à coup, la VRT ne serait plus neutre, selon le texte de l’accord de gouvernement, bien que l’émetteur public ait abandonné depuis longtemps déjà le « cordon sanitaire médiatique3 » et ait ainsi, incontestablement, une part dans le succès électoral de l’activiste d’extrême droite Dries Van Langenhove4. Contrairement à la RTBF, la VRT risque maintenant de subir, en plus des restrictions antérieures déjà très lourdes, un assainissement de plusieurs millions et une perte d’emplois équivalant à un membre du personnel sur huit. Ainsi, l’engagement public de la VRT en faveur de l’indépendance prend fin sous le signe du V de vleugellam (« impuissance »).

L’argumentation mesquine de l’accord gouvernemental flamand masque difficilement le fait que le gouvernement veut faire pression sur la politique éditoriale de l’opérateur public. Car comment peut-on attendre de la VRT qu’elle excelle, avec une guillotine suspendue au-dessus de sa tête ? Wouter Gekiere, le principal dirigeant de la fédération des employeurs publics de l’audiovisuel (l’UER5), a été très clair : son organisation cite la VRT en exemple dans d’autres pays pour ce qui concerne l’innovation technologique. Avec les assainissements annoncés, la VRT risque de perdre ce rôle de pionnière. Autre exemple d’incohérence : la VRT devrait devenir un média d’État qui promeut l’identité flamande, et en même temps elle devrait aussi être plus neutre. De l’avis de l’ancien journaliste de la VRT et ex-président de la Chambre Siegfried Bracke (N-VA), le CEO de la VRT a le droit de s’en aller s’il ne plie pas devant la politique de censure de la N-VA : « Il paraît que le CEO a dit qu’il ne voulait pas être l’homme qui enterrera l’entreprise de média. Je le comprends. Personne ne peut être obligé à cela. Mais chacun peut être délivré de sa souffrance. Les vétérinaires le savent – et le peuvent – très bien. » Voilà le ton de la menace, sur le site d’information de la droite flamingante Doorbraak.

Heureusement, la solidarité avec la VRT grandit rapidement. Des syndicats à la direction et aux spectateurs, le front #IedereenVRT a pris un départ fulgurant. Fait sans précédent, la VVJ (l’association flamande des journalistes professionnels) a d’ores et déjà exprimé officiellement sa préoccupation à propos de l’ingérence politique. Euro-MEI (la Fédération européenne des syndicats des médias, du divertissement et de la culture) a aussi voté, en octobre dernier, une motion de solidarité « Liberté d’expression pour la VRT ». Celle-ci condamne le fait que le nouveau gouvernement conteste l’impartialité de la VRT et impose à l’entreprise de « renforcer l’identité flamande » dans sa programmation. « Nous protestons contre cette action visant à faire de la gestion des médias et de la culture un instrument pour des campagnes politiques, dit Euro-MEI, qui appelle le gouvernement à garantir à la VRT le soutien nécessaire et la liberté : Cette nouvelle politique n’est pas une mesure de discipline budgétaire ou de bonne gouvernance, mais clairement une attaque contre l’indépendance rédactionnelle de la VRT. Priver de liberté cette entreprise publique de média affaiblit notre démocratie au cœur de l’Europe. » Voilà qui cadre parfaitement avec l’appel de l’Union européenne aux États membres pour « protéger notre mode de vie européen »…

La fédération syndicale va dès maintenant soulever la question de cette agression dans le cadre du dialogue social européen et auprès du Parlement européen. L’indignation des syndicats internationaux est compréhensible : dans le passé, la VRT a invariablement servi de modèle en matière de gestion du personnel et de concertation sociale, par exemple lors des réunions de crise concernant la disparition possible de la radiotélévision publique grecque ou l’emprise de l’État sur l’émetteur public turc. Hélas, à chaque nouveau congrès d’Uni-MEI, on doit constater combien les attaques contre la liberté de la presse augmentent, dans le monde entier mais aussi en Europe. Au douloureux bilan des chasses aux sorcières contre les journalistes, les journaux et les télévisions, ou du contrecoup de la protestation sociale, s’ajoute à présent une victime à Bruxelles, capitale de l’Europe.

Détail piquant, l’offensive contre le service public VRT fait naturellement l’affaire du groupe privé Van Thillo (DPG Media-VTM), avec lequel Bart De Wever entretient d’excellentes relations. Flanders state of the arts? Diviser pour régner. Ne plus rivaliser pour les droits de retransmission, faire un pas en arrière sur le marché de la publicité, ne plus publier de contenus longs (longreads) que sur la partie payante du site Internet : voilà quelques exemples des contraintes auxquelles la VRT se voit soumise. Et, cerise sur le gâteau, la VRT ne peut plus développer elle-même aucun média numérique mais devra prochainement offrir ses meilleurs programmes à une plateforme privée, le « Netflix flamand ». Ainsi, ce gouvernement tire clairement un trait sur l’avenir du service public. « Primat de la politique » ? Il s’agit plutôt, ici, du primat des intérêts privés flamands.

Des « maîtres flamands » ?

La société civile (middenveld) socioculturelle peut elle aussi s’attendre à une mise au pas. Ce gouvernement veut très rapidement remettre sur le métier le décret du printemps dernier (adopté par les mêmes partis !) afin de modifier les règles de subventionnement dès avant la prochaine répartition, qui doit être décidée au début de 2020. Jambon veut désormais avoir lui-même la décision finale, sans tenir compte des commissions indépendantes d’évaluation. Comme un empereur, le pouce vers le haut ou vers le bas. Pour celui qui ne marche pas au pas ou qui « ne connaît pas Jan Jambon », la guillotine menace. Les voix critiques seront-elles bâillonnées ? À la commission Culture du Parlement flamand, où la N-VA détient la majorité absolue avec le Vlaams Belang, Jambon plaisantait, disant qu’il n’avait encore absolument « aucune liste noire » ou qu’il n’assainirait pas de façon arbitraire. « Ne faites pas de caricature, disait-il pour sa défense, les ministres précédents de la Culture ont aussi contredit les commissions d’avis prévues au décret Culture. » Ou comment trouver dans les irrégularités de gestion du passé un alibi pour les répéter. Les organisations qui prôneraient la « ségrégation » valsent dehors. Sauf le Vlaamse Beweging (« Mouvement flamand »), bien sûr. Comme si le séparatisme n’était pas une forme de ségrégation. Comme si les ASBL nationalistes flamandes prônaient un vivre-ensemble ouvert. Comme si on pouvait considérer une mentalité « s’adapter ou dégager » comme une forme d’inclusion. Deux poids deux mesures, voilà le nouveau style auquel il faudra s’habituer. Selon Jambon, la société civile doit « relier ». Un euphémisme pour « être docile, se taire, repasser soigneusement les plis de la résistance, faire le travail de représentation pour Jambon I ».

La N-VA veut utiliser sa puissance pour assujettir le secteur culturel et socioculturel à l’idée chimérique que la Flandre est une nation. Que nous, habitants de cette Région, aurions nos véritables « racines communautaires » dans une culture flamingante conservatrice et tournée vers la tradition. L’exercice intellectuel imposé autour du « canon flamand » résume admirablement cette intention – l’historien Marc Reynebeau l’a appelé « une fraude intellectuelle ». « Un canon, c’est un moyen de formation d’une communauté qui restitue le fondement et l’identité d’un peuple et d’une nation grâce à une histoire et une culture partagées », a écrit Marius Meremans (N-VA) sur le site Web culturel rekto:verso. Il ne s’agirait donc pas tant de savoir qui en fait partie ou non. Cela aussi doit être un exercice pesant pour les flamingants : des artistes francophones comme Horta, Ensor, Verhaeren, Broodthaers ou Maeterlinck détonnent dans le tableau, Rosas et la Needcompany6 sont des compagnies internationales, etc. L’objectif réel, c’est la discussion elle-même, de manière à situer dans un cadrage identitaire le débat culturel au cours des prochaines années. De temps à autre, quelqu’un de la N-VA lancera un petit ballon d’essai pour attraper au vol l’attention des médias, comme l’a fait incidemment la ministre flamande du Tourisme Zuhal Demir lors d’un événement média de Horeca-Vlaanderen : « Pour moi, les boulettes sauce tomate peuvent faire partie du canon flamand. » Mais on entend déjà l’objection : « Les Pays-Bas n’ont-ils pas eux aussi rédigé un canon ? » Cette comparaison veut nous faire oublier que les Pays-Bas sont un État historique depuis 1815 déjà7, et une nation qui a grandi par le bas. Les nationalistes flamands, eux, veulent aujourd’hui faire pénétrer l’idée de nation à partir d’en-haut.

Il s’agit naturellement d’une identité factice : des ventriloques populistes veulent nous persuader par le moyen de l’art, de la culture et du tourisme que le séparatisme serait la volonté du peuple. Que le « tissu précieux » de « notre » culture flamande – selon la métaphore communautaire organique de Bart De Wever dans son livre récent Over identiteit (« Sur l’identité », 2019) – serait mis en péril par une « élite culturelle » et par quelques soixante-huitards. Si vous doutez de ce qui vous relie réellement, des figures d’ennemis peuvent naturellement être très utiles. Cette attaque ouverte contre « l’élite culturelle » par le président du parti, dans un livre paru quelques semaines avant les élections, en dit long. Selon cette vague imagerie hostile inspirée de l’alt-right, ceux qui se basent sur la mobilité sociale des minorités, et pas de « nos » gens, ne sont que des « pollueurs de nids » (nestbevuilers) pleins de haine pour eux-mêmes. Sans doute la mise en cause de cette élite « cosmopolite » ne vise-t-elle toutefois pas la culture du grappillage des suceurs de subsides, tel le patron portuaire flamingant Fernand Huts8. C’est bien commode, ce spectre de « l’élite culturelle » : comme ça, on n’a plus à se préoccuper de la crise sociétale du capitalisme.

Rubens, Bruegel, Van Eyck

Au fait, maîtres flamands (Vlaamse Meesters), c’est aussi un terme politique. Selon l’historien Jan Dumolyn, il s’agit d’une contraction étymologique du français primitifs flamands, un terme de la fin du XIXe siècle que les historiens belges ont suggéré en réaction contre les Allemands et les Français qui, selon eux, revendiquaient Jan van Eyck & Co comme faisant partie de leur propre histoire de l’art. Ensuite sont apparus les anciens maîtres (Oude Meesters) pour y inclure les artistes de la Renaissance et du Baroque. L’expression maîtres flamands apparaissait bien sporadiquement depuis les années 1950, mais c’est Ben Weyts (N-VA) qui, ces dernières années, en tant qu’ancien ministre du Tourisme, a déballé une « campagne maîtres flamands » avec un budget de 26,5 millions d’euros, soit le montant annuel total des subsides pour l’ensemble des musées flamands reconnus. Il s’agit de 16 « projets-leviers » et d’un programme de 3 ans, autour des maîtres flamands comme Rubens, Bruegel ou van Eyck, qui, en tant qu’enseignes, doivent stimuler un public international à visiter la Flandre. En 2018 c’est Rubens qui était au centre, en 2019 le focus était mis sur Bruegel et en 2020 l’attention ira principalement vers les frères van Eyck. Cette campagne est particulièrement « médiagénique », du fait que Weyts, en tant que ministre du Tourisme, a voulu coupler le patrimoine culturel avec l’industrie créative contemporaine et l’horeca, grâce à un matériel publicitaire onéreux qui, par exemple, affichait Rubens sur des frites, du fromage, de la bière et du chocolat.

Difficile de considérer cela comme une approche respectueuse de l’histoire de l’art. Aussi n’était-ce pas l’intention : ce qui compte, c’est l’attention des médias pour « l’être flamand ». Les partis flamingants, dans l’intérêt de la « cause flamande », ne craignent pas de falsifier à nouveau l’histoire culturelle. Car en fait, c’est précisément l’absence de toute pensée identitaire qui caractérise les créateurs culturels tout au long de l’histoire de la région flamande. Le canon « comme exercice intellectuel », c’est une charge politique pour adapter la réalité à leur projet nationaliste de droite. La famille nationaliste-flamande veut s’approprier notre passé culturel riche et divers pour mener une lutte des classes conservatrice de droite. Cela est évidemment dangereux : dès que des politiciens se mêlent de décider de ce qu’est la culture, on ne débouche pas seulement sur un canon de ce qui est « bon » en art, mais aussi sur un index de la « mauvaise » culture. Même si Jambon le nie, une liste noire existe déjà et on y trouve l’ASBL Globe Aroma9, le metteur en scène Milo Rau10, Unia11, le Forum des minorités (Minderhedenforum)12. Le programme de fin de soirée De Afspraak (« le rendez-vous ») de la rédaction de la VRT pose apparemment aussi un problème13.

La société civile mobilise

Des intimidations politiques en sous-main, plutôt que de vouloir mener un débat, cela peut provoquer des effets plus rapides qu’on ne le pense. Comme syndicat, nous constatons à quel point l’angoisse s’est emparée de certaines organisations, mais aussi combien les gens sont en colère. Certains employeurs « collaborants » rappellent à leur personnel de n’exprimer aucune critique envers ce gouvernement et de ne participer à aucune manifestation contre Jambon Ier. Par peur de perdre cette soi-disant « neutralité », une censure subreptice est donc à l’œuvre. Pourtant, on ne peut pas forcer les gens à abandonner leurs sentiments de citoyenneté mondiale ou leur sympathie pour le modèle belge pluraliste du vivre-ensemble. Comme à l’étranger, les provocations de la nouvelle droite provoquent une accélération oppositionnelle par laquelle des personnes politiquement « neutres » se réveillent. Une fois que le bâillonnement se répand, la persévérance prend le relais, avec toute la force de la solidarité.

De plus, malgré l’arrogance du pouvoir, Jambon s’avère très faible du point de vue argumentatif. Il écarte tout débat de société avec la phrase « il n’y a pas d’argent » et dit que, de toute façon, il faut épargner, que chacun doit apporter sa petite pierre, à l’exception des élites. Pourtant, c’est son gouvernement qui a creusé le trou dans notre sécurité sociale, qui a acheté des avions de chasse d’un prix exorbitant, qui laisse courir librement les fraudeurs fiscaux mais s’est montré prodigue en privilèges pour les banques et les multinationales. La majorité politique est entre les mains d’une minorité et la liste des victimes de cette gestion de droite est longue : tous ceux qui ont des difficultés économiques, les migrants, les fonctionnaires, les médias indépendants, les artistes libres… et, last but not least, le climat. Là, selon Jambon, la Flandre est tout à coup une petite Région avec une empreinte carbone marginale et qui, apparemment, ne doit pas viser à l’excellence.

Lorsque le ministre-président commencera demain une nouvelle journée de travail, il devrait peut-être d’abord visiter l’exposition organisée dans le centre des visiteurs du Parlement flamand. Sous le titre Het middenveld mobiliseert (« La société civile mobilise »), on peut y découvrir comment la société civile au sens large a été, à travers l’histoire, une force démocratique importante, grâce à laquelle notre société diverse, tolérante et sociale est devenue telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est ce que la société civile continuera de faire : cette offensive d’extrême droite aussi, nous la vaincrons ensemble.

Traduction : Jean-Jacques Jespers

  1. Professeur de science politique à la faculté des sciences politiques et sociales de l’UGent (université de Gand).
  2. Expression recommandée pour désigner les grandes figures de l’histoire de l’art et de la culture considérées comme « flamandes » (NDLR).
  3. Expression qui désigne le refus des médias de donner la parole en direct à des représentants de tendances ou partis xénophobes (NDLR).
  4. Député apparenté Vlaams Belang, fondateur du mouvement de jeunesse nationaliste radical Schild & Vrienden, qui s’est rendu célèbre par le contenu sexiste, raciste, antisémite ou violent de certains de ses messages (NDLR).
  5. Union européenne de radiodiffusion, en anglais EBU (NDLR).
  6. Rosas est la compagnie de danse d’Anne Teresa De Keersmaeker. Needcompany est un groupe de performance fondé par l’Anversois Jan Lauwers (NDLR).
  7. Et même depuis 1579, date de la formation des Provinces-Unies (NDLR).
  8. 9e fortune belge, Fernand Huts, patron du groupe portuaire Katoen Natie, vient d’ouvrir son propre musée pour exposer sa collection du groupe Cobra, avec des aides publiques (NDLR).
  9. Association qui promeut les contacts artistiques entre Belges « de souche » et migrants (NDLR).
  10. Metteur en scène suisse de réputation internationale, en résidence à Gand (NDLR).
  11. Le centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et les discriminations, que la N-VA veut remplacer par une institution flamande (NDLR).
  12. Forum qui rassemble les organisations des minorités ethnoculturelles en Flandre (NDLR).
  13. Talkshow politique et social présenté par Bart Schols et Phara de Aguirre (NDLR).

Robrecht VANDERBEEKEN

Responsable syndical ABVV-Acod Cultuur.


En débattre ?

Si la polémique est bien entendue admise et même encouragée, nous vous demandons de rester courtois, de ne pas recourir à l'injure et de rester dans le cadre du sujet. La rédaction se réserve le droit de supprimer un commentaire qui ne respecterait pas ces règles.

Apportez votre contribution au débat

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.