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Politique Archives N°91
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L’ Allemagne, un modèle ?

Daniel TANURO

L’Allemagne est souvent citée comme modèle de la transition énergétique parce qu’elle sort du nucléaire tout en favorisant le développement des renouvelables par les citoyens. La performance est en effet remarquable… N’empêche que, pour le moment, les émissions allemandes sont en hausse. D’abord parce que les renouvelables ne remplacent pas complètement les fossiles : ils s’y ajoutent en partie. Ensuite parce que, les renouvelables étant compétitifs grâce aux subsides, les capitaux se retirent des centrales à gaz pour s’investir dans les centrales à charbon ou à lignite qui produisent un courant moins cher… mais dégagent deux fois plus de CO 2. L’Energiewende (tournant énergétique) du gouvernement Merkel vise à faire baisser les émissions de 70 % en 2040 et de 80 à 95 % en 2050 (par rapport à 1990). Cette politique ambitieuse est basée sur des tarifs imposés qui rendent l’électricité verte compétitive avec l’électricité « sale ». L’idée libérale qu’internaliser les « externalités » rend écocompatibles les décisions d’investissement basées sur l’efficience-coût semble ici fonctionner. Mais voyons la chose de plus près. Sur le plan environnemental, l’idée est contestable car elle fait passer le développement du marché des technologies vertes avant les indispensables efforts de réduction de la consommation énergétique. De plus, elle n’intègre pas les « émissions grises » découlant de la transition[1Les « émissions grises de la transition» désignent le surcroît d’émissions découlant de la production des dispositifs nécessaires à la transition à partir d’un système énergétique qui, aujourd’hui, est encore basé à plus de 80% sur les sources fossiles.]. Sur le plan social, le système est financé par une surcharge (Umlage) prélevée sur les factures d’électricité. Tous les ménages paient, mais la surcharge est plus que compensée pour ceux qui ont investi dans les très nombreuses coopératives éoliennes, car ils vendent l’électricité à un prix élevé, garanti par l’État pour 20 ans. Les couches défavorisées paient donc pour les couches aisées (individus, coopératives ou PME) qui ont choisi l’éolien comme alternative au carnet d’épargne. De plus, trois mille entreprises polluantes exposées à la concurrence internationale sont exemptées à 80 % de la Umlage, ce qui représente un cadeau de 4 à 5 milliards d’euros par an. Il est vrai que beaucoup de communes allemandes aussi produisent et vendent de l’électricité verte. Dans ce cas, la collectivité bénéficie évidemment d’un retour, qui peut servir à financer des services sociaux et écologiques. C’est un aspect positif, dont il convient de s’inspirer, mais cela ne suffit pas à faire de l’Energiewende un modèle à suivre. En effet, globalement, au lieu que les fossiles paient la transition, la politique énergétique de l’Allemagne approfondit les inégalités. Du fait des mesures féroces décidées par la coalition précédente (entre les Grünen et la socialdémocratie), huit millions de personnes travaillent pour moins de huit euros bruts de l’heure. Vous avez dit « modèle » ?

Daniel TANURO

Ingénieur agronome et environnementaliste.


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