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Politique Actu N°118
Actu

La non-victoire des Démocrates

Jérôme JAMIN

24 novembre 2021 : La chute de popularité du président démocrate Joe Biden se confirme dans les sondages.
Cet article a paru dans le n°118 de Politique (décembre 2021).
Il est courant en politique qu’un candidat dans un camp déterminé soit choisi uniquement en fonction du profil du ou de ses adversaires issus d’autres formations en compétition, a fortiori dans les scrutins très personnalisés qui mettent en opposition des figures majeures de la vie politique nationale, comme les présidentielles en France ou aux États-Unis.

Ce qui est plus rare, c’est quand un candidat ne souhaitait pas relever le défi, pas plus que les ténors de l’appareil de son parti, et encore moins les cadres et les militants, et qu’il est finalement choisi comme tel. C’est précisément le cas de Joe Biden : jamais il n’aurait brigué la candidature démocrate à la présidentielle américaine de fin 2019 si le camp adverse avait proposé un autre républicain que Donald Trump, et personne n’aurait soutenu l’idée d’une telle initiative dans une autre configuration ! Barack Obama a été le premier à se méfier : quel impact cette candidature et ce mandat « Biden » allait-il avoir sur son propre héritage et la trace qu’il laissera dans l’histoire ? Car les deux noms sont liés par huit années à la Maison blanche de 2008 à 2016. D’autres ont vite compris que Biden, c’était Hillary Clinton en version masculine, un homme de l’appareil, de l’establishment, très âgé, peu susceptible d’incarner le renouveau. Beaucoup de militants derrière les Bernie Sanders et autre Alexandria Ocasio-Cortez ont même vu dans ce candidat une nouvelle trahison des élites du parti.

Joe Biden a été choisi et il a battu Donald Trump ! Et aujourd’hui, un an plus tard, le premier est au plus bas dans les sondages, rien ne fonctionne comme prévu au Congrès, l’opinion est insatisfaite. Chez les Démocrates, c’est la désillusion, comme l’explique le chroniqueur Jamelle Bouie : « Le nouveau président et son parti ont fait une erreur majeure, en confondant l’énorme succès lié à la défaite du président sortant avec le soutien décisif des électeurs à un programme politique.1 » En effet, de nombreux américains, y compris chez les Républicains et parmi les indécis, ont voulu en finir avec le racisme et le sexisme de Donald Trump, ils voulaient sanctionner un homme, le voir partir, sans pour autant valider ou soutenir totalement le programme de Joe Biden. Mais la confusion s’est vite installée, et d’aucuns chez les Démocrates ont fini par imaginer que, même sans Trump comme adversaire, Biden aurait été candidat et aurait gagné, grâce à son programme ambitieux de « milliers de milliards de dollars ».

Il n’en est rien et, après un an de bilan sans résultats majeurs et quelques catastrophes comme l’évacuation de Kaboul, le risque est très élevé de voir les Républicains gagner les prochaines élections de mi-mandat dans les deux chambres le 8 novembre 2022, isolant au passage encore plus le président pour ses deux dernières années à la Maison blanche

(Image de la vignette et dans l’article sous CC-BY 2.0 ; Joe Biden parlant devant une assemblée d’étudiants, photo prise en 2008 par Kyle T.)

  1. New York Times (édition internationale), 25/11/2021, p. 1.

Jérôme JAMIN

politologue, membre de la revue Politique


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