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Politique Archives N°113
Revue Politique

La santé n’est pas une affaire fédérale

Jérôme JAMIN

15 JUIN 2020 : LA COURBE DU NOMBRE DE CAS POSITIFS AU CORONAVIRUS REPART À LA HAUSSE

Le risque sanitaire n’est pas du tout mutualisé aux États-Unis, la santé est à la fois une affaire personnelle pour chaque individu, et une affaire privée pour l’économie, et si Donald Trump n’a pas essayé de changer cette situation, il en a hérité. À nos hôpitaux publics ou semi-publics, nos réseaux chrétiens, régionaux ou universitaires, nos médecins agréés et nos principales mutuelles se substituent outre-Atlantique une myriade de petits indépendants et de petites entreprises. Et malgré l’Obamacare qui a fait monter en puissance la participation de l’État fédéral, ces millions d’acteurs relèvent toujours du secteur privé. Cela représente un tissu totalement incapable de se structurer uniformément en cas d’urgence et de pandémie.

On raconte souvent qu’il n’y a pas de sécurité sociale aux États-Unis, c’est faux !
Il y en a en fait des dizaines, presque autant que d’États fédérés et c’est en partie à cet endroit qu’on peut expliquer pourquoi l’occupant de la Maison-Blanche a vite été dépassé par les événements. En effet, difficile de ne pas avancer en ordre dispersé car au fil du temps, certains États ont organisé eux-mêmes une couverture quasi universelle (Hawaï et Massachusetts) quand d’autres ont laissé ce dossier aux mains du « libre marché ». Dans certains États, des régimes spéciaux sont apparus. Dans ce contexte, et dans un premier temps, face à l’explosion des hospitalisations dues à la pandémie, la réponse fédérale ne pouvait qu’être faible, un peu comme la réponse européenne chez nous ! Car hormis deux programmes fédéraux majeurs qui couvrent tous les États depuis 1965, Medicaid (qui prend en charge près de 75 millions d’Américains qui travaillent mais dont les revenus sont insuffisants pour payer les soins de santé), et Medicare (qui couvre les gens de plus de 65 ans qui ont travaillé et cotisé auprès de l’État, soit près de 55 millions d’individus), il n’y a rien de prévu pour équiper les hôpitaux, se partager les malades, ou fabriquer des morgues ! Tout simplement parce que la santé n’est pas une affaire fédérale !

Le pays est donc foncièrement inadapté pour répondre à une urgence comme celle du Covid-19 et le pire se situe sans doute au niveau du rapport à l’emploi qui est souvent la seule garantie d’avoir accès à une forme de couverture sociale.
Et ici aussi le Président fait face à une situation qu’il n’a certes pas essayé de changer, pas plus que la plupart de ses prédécesseurs, mais dont il a hérité.
Avec un droit au chômage précaire et de courte durée et des allocations qui diminuent très vite, la rue n’est pas loin pour celui qui perd son emploi sans en trouver immédiatement un autre et qui n’a pas d’économies. Et dans ce contexte, arrêter de travailler préventivement pour se protéger d’un virus n’est tout simplement pas audible dans le cerveau d’un Américain. C’est ce qui explique en partie pourquoi il y a des révoltes contre les lock down, et pourquoi de nombreux citoyens ne veulent pas faire le test. Car celui qui est positif ne peut plus sortir et est condamné à la précarité voire à la pauvreté, et s’il travaille quand même il peut finir au tribunal pour mise en danger d’autrui. Si on ajoute le prix exorbitant des tests, on aura compris le problème social et économique qu’a posé immédiatement – pas 6 mois plus tard – la pandémie dans ce pays.

Cette chronique est une version raccourcie de notre carte blanche « Donald Trump aurait-il pu lutter plus efficacement contre la pandémie ? », Le Soir, mercredi 3 juin 2020.

Jérôme JAMIN

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