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Politique Archives N°65
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Le calme du volcan… et ensuite ?

Lucette LAVANCHY

L’éruption du volcan Eyjafjöll, en paralysant le trafic aérien au-dessus de l’Europe pendant de longs jours, a perturbé le fonctionnement d’un grand nombre d’entreprises dépendant de livraisons aériennes et bloqué des dizaines de milliers de vacanciers dans leurs destinations ensoleillées, soudainement devenues moins attrayantes. Selon l’adage bien connu que le malheur des uns fait le bonheur des autres, l’Eyjafjöll a également offert quelques jours de répit et de calme bienfaisant aux riverains des aéroports qui ont pu profiter de leur jardin et se réjouir d’être restés chez eux. Dans le vieux continent, il n’est pas si fréquent que la nature se manifeste à nous de façon aussi péremptoire. Aussi, l’Eyjafjöll sonne-t-il comme un rappel à l’ordre. Non, l’expansion du trafic aérien ne peut pas être poursuivie avec pour seule maxime « the sky is the limit ». Non, la poursuite de la généralisation de la production à flux tendu et du just in time n’augmente pas automatiquement la productivité des entreprises. Non, l’amélioration du niveau de vie ne passe pas forcément par des vacances au soleil bisannuelles. C’est le moment de remettre en cause sans attendre un modèle économique et culturel dont la dépendance vis-à-vis du secteur aérien est devenue bien trop grande, alors que les contraintes environnementales, pollution atmosphérique et raréfaction du pétrole, le condamnent de toute façon à moyen terme.

C’est le moment de remettre en cause sans attendre un modèle économique et culturel dont la dépendance vis-à-vis du secteur aérien est devenue bien trop grande(…)

Hélas, que constate-t-on quelques semaines après la réouverture de l’espace aérien ? Les compagnies aériennes ont réclamé des indemnités, et tout a recommencé comme avant. Le volcan crache toujours, le trafic aérien subit quelques perturbations limitées, et tout le monde scrute le ciel avec anxiété en espérant que l’espace aérien ne sera plus fermé, ce qui effectivement ne devrait plus arriver si vite : devant l’ampleur des protestations du secteur aérien, les normes de sécurité semblent avoir été revues à la baisse… Alors, on se prend à rêver d’une éruption de l’ampleur de celle du Laki en 1783, dont les historiens nous disent qu’elle provoqua une importante perturbation climatique et sociale : en raison des perturbations de la production agricole et de la disette qui s’ensuivit, l’éruption du Laki aurait joué un rôle dans le déclenchement de la Révolution française… L’éruption de l’Eyjafjöll pourrait-elle entraîner une révolution dans notre mode de transport ? Oui, à condition de durer et de s’intensifier au point d’entraîner la fermeture de tout ou partie de l’espace aérien européen pendant plusieurs semaines. Mais, cela signifierait aussi le rejet dans l’atmosphère d’énormes quantités de polluants, une aggravation de la crise économique, et des problèmes de santé pour de nombreux Européens. En serions-nous réduits à espérer une catastrophe afin d’engendrer une vraie prise de conscience du caractère auto-destructeur de notre mode de transports .voir à cet égard le récent .dossier de Politique sur l’obsession mobilitaire.. et, plus généralement, de notre mode de vie ?

Lucette LAVANCHY

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