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Les impacts socio-économiques de la crise du Coronavirus

Nabil SHEIKH HASSAN

En cette période de crise sanitaire mondiale, beaucoup de questions socio-économiques se posent. Quelles menaces pour l’emploi ? Risque-t-on une faillite du système financier ? Le capitalisme est-il en train de flancher ?

Dans les lignes qui suivent, il ne sera pas question d’aborder le versant sanitaire de la crise, mais de donner un cadre d’analyse socio-économique. Sur le volet sanitaire, il semble exister un espoir au bout du tunnel. Cependant il faudra en affronter les conséquences socio-économiques. La noirceur comme la longueur de ce tunnel-là ne sont pas encore bien connues. Est-ce que la crise nous sert de bonne leçon et tout ira mieux après ? Est-ce que le moment est propice pour des avancées sociales et environnementales ? Est-ce que le capitalisme vacille sur ses fondements ?

Des premiers signaux existent et esquissent une réponse. Parmi eux : Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale. Il copréside actuellement l’Economic Risk Management Group (instance de pilotage économique face à la crise rassemblant patrons, syndicats, gouvernements et experts de la Banque centrale) et a donné une interview où il dresse les enseignements à tirer de la crise[1] : « Je ne suis pas sûr que ce soit la mondialisation qui est en cause. Ce genre de problème peut arriver n’importe où. (…) S’il y a des leçons à tirer, c’est d’abord au niveau sanitaire. Il faudrait éviter à l’avenir de se retrouver à court de masques. » Ces quelques mots résument la menace principale : après le Coronavirus, on remettra en question la gestion du matériel médical, certainement pas les politiques économiques actuelles. Circulez, il n’y a rien à voir. Ce sera le retour du business as usual. Et c’est d’autant plus vrai que le choc actuel risque d’être plus violent que la crise de 2008.

Pour l’instant : éviter le pire

Les pays qui font face au Coronavirus et qui ordonnent un confinement de leur population se retrouvent face à deux chocs. Le premier est une diminution drastique de l’offre dans la mesure où la production de biens et de services est à l’arrêt dans une série de secteurs. Le second est une diminution de la demande puisque la consommation est globalement ralentie parce que les gens sont chez eux. Concrètement, on produit, vend et achète moins. C’est évident dans des secteurs entiers : dans l’HORECA, la culture, le tourisme, le transport aérien, aucune richesse ne sera produite pendant le confinement. Si aucune richesse n’est produite, il n’y a pas la possibilité de rémunérer ceux qui sont à la base de la production : les travailleurs. Évidemment, un simple restaurant n’est pas un géant pharmaceutique. Certaines entreprises et secteurs ont des réserves qui leur permettent de subir une diminution temporaire de leurs activités tout en continuant à rémunérer leurs travailleurs, d’autres pas.

Sans État, avec un fonctionnement purement basé sur le marché, les entreprises dont les reins ne sont pas assez solides licencieraient d’abord leurs travailleurs, et puis sans une reprise rapide seraient elles-mêmes menacées de faillite. Dans cette situation, en plus d’une croissance en berne ou d’une récession, on aurait une explosion du chômage et une demande à nouveau poussée vers le bas, à cause de l’augmentation de la pauvreté. Pour éviter ce cercle vicieux, l’État a décidé de soutenir à la fois les entreprises et les ménages. Pour les entreprises, des facilités de report de paiement (TVA, cotisations sociales, intérêts …) sont octroyées ainsi que la possibilité de mettre le personnel salarié au chômage temporaire pour force majeure, qu’il s’agisse de raisons économiques (diminution importante de l’activité) ou de force majeure (interdiction de l’activité décidée par l’État). Les indépendants ont aussi accès à des mesures similaires mais d’ampleur généralement plus réduite. Pour les ménages, la menace du licenciement s’éloigne en partie et la perte de revenu est limitée (en tout cas dans le temps par rapport à un licenciement).

Enfin, un accord a été passé entre le gouvernement fédéral et le secteur financier : l’État offre une garantie de 50 milliards d’euros au secteur financier pour les prêts à accorder dans les mois à venir aux entreprises. Comme certaines entreprises ou indépendants risquent de manquer de liquidités, ils auront besoin d’un crédit pour éviter la faillite. Et pour inciter les banques à prêter, le gouvernement instaure cette garantie. Soyons clairs : le gouvernement ne prête ici rien directement (ni aux entreprises, ni aux banques). Il garantit simplement que si des pertes sont enregistrées suite à des prêts par des banques, une partie des pertes pourraient être supportées par le gouvernement[2].

Tous ces mécanismes ont un objectif central : empêcher le chômage définitif et éviter qu’un maximum d’entreprises ne ferment à court terme. En bref, assurer la continuité du système économique actuel. Cependant on peut d’ores et déjà observer les limites de ces aides. D’une part, pour les entreprises dont la marge de manœuvre était déjà limitée avant la crise du Coronavirus, ces mesures ne les sauveront pas. D’autre part, les travailleurs·euses précaires (interim, flexijobs, CDD, statuts exclus du chômage temporaire …) et les petits indépendant·e·s encaissent déjà la crise de plein fouet.

Une difficulté : mesurer les dégâts de court terme

Mais à quel point le Coronavirus causera des dégâts socio-économiques ? Il est difficile au milieu d’une tempête économique de prévoir son ampleur et sa durée. Essayons tout de même d’esquisser des pistes avec les moyens du bord[3].

Avant la crise, la croissance prévue pour la Belgique était de 1,4 % selon le Bureau du plan. Imaginons que le confinement se finisse après les vacances de Pâques. Deux scenarios de reprise peuvent être envisagés.

Le premier, un scénario en « V » :  la chute est brutale, mais l’économie redémarre aussi vite. Dans ce cas, la récession pour 2020 s’établirait dans une fourchette entre -1,8 % et -3,1 %. Le chiffre le plus favorable est basé sur une situation où les dégâts dans un secteur sont limités à ce dernier et le chiffre le plus défavorable sur une situation où les conséquences du choc dans un secteur débordent hors de ce secteur.
Le deuxième, un scénario en « U » : le redémarrage n’est pas immédiat mais graduel jusqu’à la fin de l’année pour certains secteurs (tourisme, culture, horeca). Dans ce cas, la récession pourrait être comprise entre -3,7 % et -6,1 %.[4]

Dans les deux cas envisagés, malgré la sévérité des chiffres, la posture est optimiste : les dégâts seront limités à 2020 et la croissance reprendra sa trajectoire en 2021. Trois éléments importants doivent venir tempérer cet optimisme. Cumulés, ces trois éléments sont les ingrédients d’un scénario pessimiste et d’une crise aiguë.

Premièrement, l’impact sur l’emploi. Le redémarrage de l’économie ne signifie absolument pas que tout recommencera comme il y a quelques semaines. En effet, il est probable qu’entre les chaînes d’approvisionnement complexes et mondialisées, les incertitudes sur une reprise du commerce mondial, et une demande intérieure en berne, certaines entreprises ferment malgré les aides. En Belgique, toujours selon le Bureau du Plan, 55 000 emplois auraient dû être créés en 2020. Qu’en sera-t-il suite à la crise ? Pour l’instant, les mécanismes tels que le chômage pour force majeure évitent que les pertes de croissance ne se traduisent massivement en pertes d’emplois. Sans ces mécanismes, avec un lockdown jusqu’à la mi-avril, entre 88 000 emplois et 138 000 emplois sont menacés dans un scénario en « V », et de 165 000 à 260 000 emplois le sont dans un scénario en « U ». Plus la crise sanitaire durera en Belgique ou dans le monde, plus elle aura des conséquences dans l’économie réelle en paralysant les chaînes de production et en obligeant des secteurs à garder portes closes, plus l’impact sur l’emploi sera important.

Deuxièmement, l’impact sur le déficit public. L’État belge, comme d’autres pays européens, va creuser son déficit avec la crise du Coronavirus. Avant la crise, selon le Comité de monitoring, organe chargé du suivi budgétaire du pays, il manquait 13,5 milliards pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2020 (soit 2,8 % du PIB attendu avant la crise). Après la crise, ce sera bien pire. La profondeur du trou dépendra fortement des variations sur les recettes et les dépenses[5]. Du côté des recettes, on peut d’abord prévoir une diminution de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IPP), au vu des pertes d’emplois durables ou temporaires (chômage pour force majeure). Ensuite, la baisse de bénéfice engendrée par les entreprises conduira à une chute du résultat de l’impôt sur les sociétés. La demande étant en baisse, la TVA et les accises vont également diminuer. Enfin, la sécurité sociale va également encaisser le choc au niveau des recettes puisque sans travail, pas de cotisations sociales. Avec une double peine car les dépenses en chômage vont exploser, parallèlement à la facture en soins de santé. Bilan total ? Certaines sources évoquent un trou de 30 milliards. Sur base d’un lockdown jusqu’à la mi-avril et d’une reprise lente, on peut estimer le déficit entre 22,8 milliards et 28,1 milliards en fonction de l’impact de la récession (soit un déficit nominal de 5 à 6,3 % du PIB). Pour l’instant, l’ensemble des pays européens mettent entre parenthèses la poursuite de l’équilibre budgétaire – et c’est bien normal – pour poursuivre une politique de dépenses et de soutien aux divers acteurs économiques. Et comme les États européens n’ont en général pas les marges pour mener ces politiques, ils empruntent, pour l’instant, à des taux d’intérêts bas. La Banque centrale européenne a d’ailleurs rapidement réagi pour contenir une hausse des taux qui aurait été fatale pour certains pays emprunteurs comme l’Italie[6].

Vers une crise systémique ?

Troisièmement, l’existence d’une éventuelle faillite systémique du secteur financier. Actuellement, les dégâts qui préoccupent le plus les citoyens sont constatés dans l’économie réelle alors que les marchés boursiers se sont aussi effondrés. A cause du Coronavirus ? Sans doute le gel de l’activité économique a joué un rôle de déclencheur. Mais, il régnait déjà une grande instabilité boursière ces derniers mois (notamment sur le marché pétrolier). Une chose est claire : les progrès boursiers depuis la crise de 2008 étaient très élevés malgré une croissance de l’économie réelle maigre. Un tel décalage entre croissance dans l’économie réelle et croissance dans la sphère financière était un signe de survalorisation des actifs financiers, donc d’une possible baisse des marchés boursiers. Il faut ajouter à cela un élément : les entreprises se sont fortement endettées ces dernières années, car les taux d’intérêt étaient bas. Dans ce cadre, une lourde chute des bourses pourrait être le point de départ d’une crise dans le secteur financier. Pourquoi ? Si la crise du Coronavirus se poursuit, de nombreuses entreprises resteront à l’arrêt. Et comme elles se sont fortement endettées, elles risquent de ne plus pouvoir rembourser leurs dettes à leurs créanciers. Et si un acteur financier important (une banque ou une compagnie d’assurance italienne, espagnole ou allemande par exemple) venait à faire faillite parce qu’il ne reçoit plus l’argent prêté, un crise financière systémique encore plus grande sera à craindre. Il faut sans doute lire la décision du gouvernement fédéral de mettre un fond de garantie de 50 milliards sous ce spectre-là aussi : être la roue de secours à la fois de l’économie réelle et du secteur financier. En même temps que le gouvernement facilite l’octroi de crédit, il entretient une bulle avec des entreprises pas forcément viables, à la croissance limitée et la dette élevée, tout en faisant tout pour éviter une contagion systémique au secteur financier. Le scénario du pire est peu probable mais mentionnons-le tout de même pour mémoire : si trop d’entreprises font défaut malgré de nouveaux prêts octroyés, l’État devra activer sa garantie et éponger une partie des pertes. Et si ce montant est insuffisant et qu’une banque belge est en défaut, l’État perdra une partie de la garantie et devra voler au secours de la banque en difficulté.

Pour l’instant, les discours se veulent rassurants sur la solidité du secteur financier, avec des leçons qui auraient été tirées depuis la crise de 2008. L’ensemble des éléments relevés ici n’incitent pourtant pas à l’optimisme et la menace principale qui se dessine demeure évidente : le règne des politiques socio-économiques d’hier se poursuivra demain. Et contre cela, il faudra préparer un plan d’attaque.

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[1]     Interview dans le journal L’Echo (23 mars 2020).

[2]     On peut trouver le détail des modalités selon lesquelles l’État devrait encaisser les pertes ici.

[3]     Les chiffres de récession et de déficit qui suivent sont issus d’une estimation personnelle faite sur la base des tableaux d’entrée-sortie publiés par le Bureau du Plan. Grâce aux multiplicateurs de la demande finale, on peut estimer la réponse de l’économie à un choc : en l’occurrence, un choc de la consommation finale sur le revenu national et l’emploi.

[4]     En cas de fin de confinement au 3 mai, le scénario en « V » donne une fourchette entre -2,7 et -4,4 %. Et le scénario en « U » entre -4,4 et – 7,1 %. L’INSEE estime pour la France avec les premières données qu’un mois de confinement coûte 3 % de PIB annuel.

[5]     Pour rappel, sur la base de 2018, si on prend l’ensemble des pouvoirs publics et de la sécurité sociale, 55 % des recettes proviennent de l’IPP et des cotisations sociales, 19 % de la TVA et des accises, 8,5 % de l’impôt des sociétés, 4 % de l’immobilier et 2 % d’autres formes de capital.

[6]    Les questions entourant la politique monétaire européenne ne seront pas abordées en détail dans ce texte et mériteraient un focus particulier.  La majorité des pays européens ont d’ailleurs intérêt à voir la BCE tout faire pour maintenir des taux bas. Mais certains comme l’Allemagne ou les Pays-Bas ne veulent pour l’instant pas entendre parler d’une émission d’obligations communes, pourtant seule manière d’assurer une solidarité totale entre les pays de l’Union face au choc.

Nabil SHEIKH HASSAN

Chercheur en sciences économiques à l'UCL


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Une contribution pour "Les impacts socio-économiques de la crise du Coronavirus"

  • Merci pour cette analyse chiffrée, que je trouve plutôt optimiste …

    A priori le système est bouché pour une relance: il n’y a plus de réservoir de croissance dans le monde (on avait le “BRICS” en 2008), il n’y a plus de réservoir de liquidités (la BCE et la FED en ont déjà injecté beaucoup ces dernières années), il n’y a plus de réserves de taux pour doper l’activité (ils sont déjà négatifs) …
    Last but not least, il n’y a plus de réserves … énergétiques ! Le collapsologue Jancovici estime qu’on a dépassé le pic pétrolier et qu’un plan de relance se heurtera à moyen terme au manque de pétrole, et donc à un second choc pétrolier, à la hausse cette fois-ci.

    Sinon, on a beaucoup parlé d’économie ici, mais peu de politique … On peut craindre un retour de bâton de la base. Meme en Chine continentale il y a des révoltes, et les confinements fonctionnent comme une cocotte-minute pour des populations qui se posaient beaucoup de questions avant et que la gestion désastreuse de la crise de la part de nos autorités n’a pas calmés. Mais quelle forme prendra ce mécontentement ? L’indigence de nos dirigeants, l’absurdité de la mondialisation, les ravages dans les rangs des petits entrepreneurs et indépendants et le climat de terreur impose par ce virus, tous ces facteurs offrent un boulevard à l’extrême-droite … Le repli identitaire apparaît d’autant plus évident devant l’inexistence d’altruisme de la part de nos Etats: on ne se pose même pas la question s’il faut aider les autres nations, ni les Etats ni les peuples ne se la posent, à part quelques oiseaux rares (et ostracisés par nos média) comme Cuba.

    Ici et là, quelques forces politiques locales progressistes pourraient tirer leur épingle du jeu, mais je crains que ce ne soit l’exception. Ils pourraient s’appuyer sur un mouvement social qui aura toute l’autorité morale pour s’exprimer, autour du monde de la santé, et des laissés pour compte, mais seront-ils audibles ? Le PTB en Belgique apparaît comme l’un des mieux placés, mais que pèse-t-il au niveau continental ? Il y a évidemment tous les mouvements écologiques et citoyens, les Gilets Jaunes ou Extinction Rebellion parmi d’innombrables groupements en Belgique et ailleurs. Leurs propositions sont enthousiasmantes, il va sans dire que j’en partage les orientations, mais sauront-ils contaminer leur envie de s’approprier la politique ? Ou les citoyens délègueront-ils encore leurs espoirs aux sirènes du monde légal des isoloirs, ou pire encore, du grand sauveur ?

    Avant de nous quitter, signalons que quelques institutions sont en grand danger de disparition: l’Union Européenne d’abord, dont le déficit moral déjà lourdement entamé lors de la mésaventure grecque, est maintenant consommé, de par l’absence de réaction, de par la faiblesse des marges budgétaires dégagées (si on la compare aux USA …), de par l’évidence qu’on est en train de construire un espace de concurrence plutôt qu’une union intégratrice.

    Le second grand perdant sera le monde financier, les banques surtout. Les maigres marges proposées par les Etats et la BCE ne suffiront pas à compenser leur manque à gagner après les faillites, surtout qu’elles sont déjà largement fragilisées actuellement.

    L’Union Européenne, les banques … liste non exhaustive … l’occasion de faire le grand ménage que beaucoup d’entre nous appellent de nos voeux ? Attelons-nous à la tâche !!

    Terminons par les encouragements d’un vieux sage, l’ex-président uruguayen Pepe Muijica.
    ” On a peur car on a peur de mourir, on a peur de mourir car on aime la vie. Mais si on l’aime tant, posons-nous la question: à quoi l’utiliser? A payer des crédits ? Ou à être heureux ? Ce temps de confinement doit nous aider à nous poser ces questions fondamentales. Pourquoi aimons-nous tant la vie? Nous sommes programmés pour la protéger, comme tous les être vivants, on se soucie de notre propre vie. Mais nous sommes des êtres grégaires, sociaux. On a un egoïsme individuel mais on se soucie de la société. Tant que tu as une cause, pour vivre et pour lutter, tu n’as pas le temps de te laisser abattre ou de te faire bouffer par la tristesse. Tu es alors en train de fuir la mort. La mort est inévitable, mais en attendant il faut vivre, vivre, et lutter pour vivre. Affirmer la vie pour combattre la mort.”

    https://www.lasexta.com/programas/lo-de-evole/mejores-momentos/jose-mujica-reflexiona-sobre-el-coronavirus-es-un-desafio-de-la-biologia-para-recordarnos-que-no-somos-tan-duenos-del-mundo-como-pensamos_202003295e81040c4626fc0001cc1dc0.html

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