France
LFI : la chasse aux sorcières
20.02.2026
Ce ne sont plus des interviews mais des interrogatoires, ce ne sont plus des débats mais des procès : l’offensive politico-médiatique contre la France Insoumise tourne à la chasse aux sorcières.
C
e n’est pas nouveau. Cela fait des mois, sinon des années, que le parti de la gauche de rupture est en permanence sommé de faire la démonstration de son caractère démocratique ou de prouver qu’il n’est pas antisémite alors qu’aucune déclaration de ses dirigeants ne peut étayer cette accusation infamante. Mais depuis qu’un jeune militant de l’extrême-droite identitaire a été battu à mort dans des conditions que la justice doit encore éclaircir mais qui pourrait impliquer l’ultra-gauche1, le déchainement contre Jean-Luc Mélenchon et son parti est sans limite. Les permanences sont taguées. Les menaces de mort se multiplient sur les réseaux sociaux. Le climat s’envenime. Sur les plateaux de télévision, les représentants de LFI sont littéralement pris au collet médiatique. Et on oublie évidemment de rappeler que, dans une indifférence générale, les violences de l’extrême droite, y compris celles qui ont fait des victimes au cours des dernières années, sont sans commune mesure. Ce qui, bien sûr, ne justifie en rien le drame lyonnais.
Que l’extrême droite se livre à ces accusations est dans l’ordre des choses mais que la droite dite de gouvernement ( désormais, il est vrai, à la traine de la première) fasse de la surenchère suivant l’exemple du président de la République lui-même en dit long sur l’état politique de la France.
Des arrestations ont eu lieu mardi soir. L’assistant d’un parlementaire LFI, Rafaël Arnault, fondateur du mouvement La Jeune Garde2[2] figure parmi les personnes interpellées. Si les charges se confirment, le parti devra évidemment répondre à des questions légitimes sur ce recrutement. Mais on sait déjà que tout sera fait pour rendre inaudibles les propos des Insoumis. Mélenchon comme les autres dirigeants de LFI a évidemment condamné sans ambages le meurtre du jeune militant d’extrême droite et rappelé combien la non-violence était au cœur de leur projet politique. Mais rien n’y fait : l’offensive combinée de l’extrême-droite, de la droite et de certains socialistes sans oublier Raphaël Gluksmann, porte sur les liens – reconnus et même revendiqués par LFI- entre le mouvement antifasciste La Jeune Garde et les Insoumis.
Mais au-delà des polémiques sur les relations entre les uns et les autres, l’accusation la plus significative est « la brutalisation » de la vie politique dont se rendraient coupables Jean Luc Mélenchon et ses amis. Ceux-ci auraient donc une « responsabilité morale » dans les violences de la rue. Donald Trump n’avait pas dit autre chose lors de l’assassinat de Charlie Kirk accusant les Démocrates de l’avoir provoqué par leurs propos critiques. La trumpisation de la droite française est un fait. Que l’extrême droite se livre à ces accusations est dans l’ordre des choses mais que la droite dite de gouvernement ( désormais, il est vrai, à la traine de la première) fasse de la surenchère suivant l’exemple du président de la République lui-même en dit long sur l’état politique de la France à la veille d’élections municipales et à un an et demi de la présidentielle. Personne ne pouvait imaginer, il y a quelques années, qu’un ancien ministre de l’intérieur , candidat LR à la présidence de la République dénoncerait les « dérives de l’état de droit ».
Ce qui est en cause dans l’offensive de la droite et de la gauche sociale-libérale, c’est de faire taire la critique radicale du système tant sur le plan socio-économique, politique, environnemental ou international.
On peut ne pas être d’accord avec la stratégie politique de LFI, des aspects de son programme ou du comportement de son principal responsable3 mais ce qui est en cause dans l’offensive de la droite et de la gauche sociale-libérale, c’est de faire taire la critique radicale du système tant sur le plan socio-économique, politique, environnemental ou international. C’est exercer une pression maximale pour que les alliances de second tour de scrutin entre LFI et d’autres formations de gauche soient impossibles. La classification par le ministère de l’intérieur de LFI comme parti d’extrême-gauche dans la présentation des listes va dans la même sens. De l’extrême droite à la gauche dite modérée en passant par la droite traditionnelle, on veut faire taire une voix critiquable mais indispensable dans une démocratie digne de ce nom.
Que ce dessein politique trouve aujourd’hui un relais médiatique quasi unanime (il y a quelques rares exceptions) en dit long sur une société qui semble déjà avoir anticipé l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir.
Article publié le 18/02/26 sur le blog de Hugues Le Paige, reproduis avec son aimable autorisation.