Espagne
Espagne
Tandis que les droites traditionnelles et l’extrême droite – qu’on distingue de moins en moins dans le brouillard ambiant – continuent d’être poussées dans le dos par un vent venu de l’Atlantique, l’Espagne continue de faire vivre l’espoir pour les gauches européennes.
Après s’être distingué par des régularisations massives de sans-papiers, et tandis qu’il planche toujours sur un plan de démocratisation de ses entreprises, le gouvernement de Pedro Sánchez s’est opposé ouvertement et fermement aux attaques unilatérales contre l’Iran menées de concert par les États-Unis et Israël, a refusé de mettre à disposition des bases militaires en Andalousie, et n’a pas plié lorsque Donald Trump l’a menacé, dans son style désormais habituel, de représailles économiques.
Une attitude qui contraste fortement avec le soutien enthousiaste que l’ancien Premier ministre conservateur, José María Aznar, avait montré à l’époque de l’invasion de l’Irak en 2003, ainsi qu’avec la timidité de nombreux gouvernements européens face à la grande mèche blonde.
précédemment :
(printemps 2025) Quand le froid hivernal frappe nos contrées, c’est souvent vers l’Espagne que se tournent nos cyclistes et nos retraités pour faire le plein de vitamine D. Et c’est peut-être vers l’Espagne qu’on peut aussi se tourner pour un peu d’espoir, car le gouvernement de Pedro Sánchez, sans être irréprochable, parvient malgré tout à concilier des politiques sociales (hausse du salaire minimum, amélioration des retraites et de l’assurance chômage, défense des droits des femmes) avec des indicateurs économiques au beau fixe. Ainsi, l’économie espagnole a connu une croissance de 3,2 % de son PIB en 2024, soit le taux le plus élevé de la zone euro, quatre fois plus élevé que la moyenne des pays de la zone et même supérieur aux prévisions initiales du gouvernement ! Ce n’est pas le plein soleil pour autant : comme le fait remarquer Romaric Godin dans son analyse sur Mediapart, cette croissance, qui résulte en partie d’un effet de rattrapage après la violente crise économique subie par le pays, repose essentiellement sur le développement du tourisme de masse, dont la logique reste largement critiquable tant sur le plan environnemental que social…
(hiver 2024-2025) : Tempête #MeToo sur la gauche espagnole : le porte-parole parlementaire de Sumar (mouvement de coalition de gauche participant au gouvernement), Íñigo Errejón, a brusquement démissionné le 24 octobre 2024 suite à une série de témoignages anonymes l’accusant de comportement sexiste et d’agression sexuelle. Figure centrale du cycle « populiste de gauche » des années 2010, Errejón a été un acteur clé dans quatre mouvements – Podemos, Más País, Más Madrid et Sumar – ayant poussé le féminisme parmi les enjeux de premier plan en Espagne. Ces accusations posent question quant à la manière très verticale dont la gauche radicale espagnole s’est construite, permettant à des acteurs comme Errejón d’abuser de leur position de pouvoir de différentes manières.
Pendant ce temps, la droite espagnole tente de mettre sur le dos du gouvernement national de Pedro Sánchez les inondations tragiques qu’on pourrait plutôt imputer (outre au changement climatique et à l’inaction générale) à la gestion calamiteuse du gouvernement de droite/extrême droite régional de la Communauté de Valence. En combinaison avec le cas Errejón, il semble y avoir une hausse du sentiment antipolitique, qui pourrait déforcer la gauche à l’avenir.