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Politique Hors-série N°16
Hors-série

Présentation

Rédaction

Aujourd’hui, 20 % des humains s’approprient 86 % des ressources naturelles. Le mode de production/consommation des pays industrialisés, nous le savons, est de loin, le plus prédateur, comme en attestent les mesures de l’empreinte écologique laissée par les diverses sociétés humaines. Cependant la situation évolue très rapidement. Certaines économies du Sud ayant entamé leur révolution industrielle et/ou agricole il y a une ou deux décennies à peine sont aujourd’hui en plein essor. Cependant, au plan global et mondial, les disparités dans la répartition des richesses continuent à s’accroître de manière, semble-t-il, inéluctable… À l’échelle mondiale, les récentes crises (alimentaire, financière, climatique) donnent l’impression que le système global s’est emballé dans une spirale infernale de production et de consommation, menant à l’épuisement progressif des ressources naturelles, avec des conséquences à moyen et à long terme sur l’avenir de la planète et de sa population, par ailleurs toujours croissante.

Développement durable : un concept dépassé ?

Depuis le sommet de la Terre de 1993, le concept de « développement durable » s’est progressivement imposé dans le vocabulaire des organisations de la société civile et dans celui des organismes de solidarité internationale et de coopération en particulier. À l’époque où la notion surgit, on définit le développement durable comme étant celui qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Si, jusqu’à un certain stade, ce concept a pu apparaître comme une réponse de différents acteurs (États, monde économique, société civile) pour reconsidérer la croissance économique à l’échelle mondiale afin de prendre en compte les aspects environnementaux et sociaux du développement, il semble montrer aujourd’hui ses limites. Il s’avère en effet quelque peu obsolète et inadapté face à l’évolution des sociétés humaines et pour ceux qui cherchent des réponses non plus tournées vers les générations futures mais bien vers celles d’aujourd’hui. Il ne s’agit plus d’anticiper les problèmes sociaux et environnementaux mais de les résoudre urgemment. Que le concept de développement durable soit dépassé ou non, ses aspects essentiels, à savoir les capacités de la planète et les inégalités d’accès aux ressources, posent des questions philosophiques, éthiques, politiques.

Des alternatives au modèle capitaliste ?

« À la contre-utopie que représente le néolibéralisme dominant répondent néanmoins certaines alternatives, comme celle de la décroissance, qui fait son chemin depuis quelques années. Et les espoirs d’avancées s’incarnent, en bas, dans des luttes quotidiennes et novatrices : pour les droits des travailleurs à travers le monde, pour les logiciels libres, pour la gestion publique de l’eau (…) » « Espoirs d’en bas », Manière de voir, n°112, août-septembre 2010, p. 5…. La formule « agir local/penser global » utilisée pour la première fois au sommet sur l’environnement de 1972 Par René Dubos , reprendrait-elle sens ?

Teintées tour à tour de paternalisme, de charité et d’intérêts bien compris, les politiques de coopération ont systématiquement promu les modèles de développement en vogue dans les pays donateurs.

De manière générale, c’est sous l’impact de l’aggravation des perturbations économiques, sociales, écologiques et climatiques, que de nouvelles formes de solidarité, telle l’économie solidaire, et de nouveaux courants de pensée, tel celui de la décroissance, par exemple, se présentent comme une critique radicale de la société de consommation, du développement et donc du capitalisme.

Et la Coopération au développement dans tout ça ?

Depuis un demi-siècle et la dernière vague des indépendances asiatiques et africaines, la coopération au développement caractérise l’un des pans des relations entre ex-pays colonisés et anciennes puissances coloniales. Teintées tour à tour de paternalisme, de charité et d’intérêts bien compris, les politiques de coopération ont systématiquement promu les modèles de développement en vogue dans les pays donateurs. En Europe occidentale, les coopérations officielles sont ainsi passées d’une vision modernisatrice portée par des cohortes d’assistants techniques auprès des jeunes États du Tiers-monde, à une vision néolibérale du tout au marché, et d’intégration à marche forcée des économies du Sud dans une économie marchande mondialisée. À charge d’une frange d’ONG de porter d’autres conceptions de la coopération et du développement, orientées sur la solidarité plutôt que sur l’aide, sur l’enjeu des inégalités dans les rapports sociaux plutôt que sur une croissance économique dont on constate qu’elle est confisquée par quelques-uns. Actuellement, le discours dominant sur la Coopération, en gros celui de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), s’interroge à juste titre sur l’efficacité de l’aide au développement. Seulement, la remise en question s’arrête aux méthodes de la coopération sans toucher aux politiques. Celles-ci restent soumises aux recettes de l’idéologie néolibérale : marchandisation des services sociaux, privatisation, démantèlement des services publics, affaiblissement des politiques publiques… En conséquence de quoi, là où on peut la constater, l’augmentation dans la création de richesses va de pair avec celle des inégalités sociales, de la pauvreté et de l’exclusion. Il est urgent de réorienter la Coopération vers des politiques de développement qui garantissent une redistribution équitable des ressources. En tant qu’acteur de solidarité internationale, Solidarité Socialiste entend contribuer au renforcement d’organisations populaires (mouvement paysan, mutuelles de santé, mouvements sociaux urbains…) dont le point commun est de poursuivre, à la base, le changement social et politique susceptible d’améliorer les conditions d’existence des populations les plus vulnérables. L’objectif du présent dossier est d’interroger divers modèles de développement à la lumière d’expériences menées au plan local par ces acteurs de terrain. Ces expériences innovantes en matière de souveraineté alimentaire et d’économie solidaire ouvrent en effet des pistes de réflexion et d’analyse au plan global, non seulement pour les mouvements sociaux mais aussi pour toutes celles et ceux qui s’interrogent sur les perspectives d’un autre monde possible. Nous vous proposons de les découvrir au fil des pages de cet ouvrage.

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