Recherche sur le site

Politique ITV/Débats
ITV/Débats

Sans « nous » cela a été effectivement pire

Carlos CRESPO

Ce billet s’inscrit dans la plateforme de débat qui sera animée par la rédaction du site de la revue Politique durant cette campagne électorale pour les élections régionales, fédérales et européennes du 26 mai 2019. Des réponses critiques et constructives aux articles publiés peuvent être envoyées à notre rédacteur en chef, Hamza Belakbir pour qu’il les traite avec la rédaction web afin que cette plateforme de débat électoral soit la plus animée possible.

 

Le rétrécissement du champ des possibles dans le domaine de la politique en Europe amenuise la capacité de l’électeur de s’enthousiasmer véritablement pour les scrutins auxquels il est convoqué. Depuis la crise de la dette souveraine à la fin de la première décennie du XXIème siècle, il a fallu prendre acte du fait que dans les états membres de l’Union Européenne, la démocratie est figée. La phrase qui résume le plus l’immobilisme institutionnalisé que les citoyens européens ont à subir est celle du président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker :« Il ne peut pas y avoir de choix démocratiques contre les traités européens ». Dès lors, tant les promesses des candidats que les espoirs des électeurs sont voués à se fracasser sur de multiples textes désormais érigés en rocs dogmatiques. Cet état de fait constitue vraisemblablement l’une des explications de la montée en puissance du populisme de droite. Le peuple, dépossédé de sa liberté de choisir son destin, a malheureusement tendance à s’en remettre à des bonimenteurs qui affirment vouloir défendre son identité supposément menacée. En Belgique, la stagnation en politique peut aussi, outre par les traités européens, être encouragée par les divergences communautaires. Dès lors, en plus d’invoquer les injonctions européennes il est toujours possible de pointer la situation politique de l’autre communauté pour justifier ses errements ou ses renoncements. Cela rend difficile un haut degré d’adhésion des électeurs à l’offre politique existante tant la prise sur le réel par le biais d’un vote tous les cinq ans semble aléatoire.

 

Mais le vote reste tout de même un moment important de défense de ses intérêts propres. Surtout pour les couches de la population les plus éloignées des lieux de décision réels notamment dans les milieux économiques. Le politique peut encore œuvrer, malgré les contingences européennes et communautaires, en faveur du maintien de mécanismes de solidarité et de redistribution même dans un contexte assez peu favorable. La formation politique belge qui constitue à ce jour le meilleur (ou le moins mauvais choix) pour mener le combat contre les inégalités structurelles et tendancielles reste le Parti Socialiste. Et cela, en raison tant de sa base populaire que de sa vocation gouvernementale. Bien sûr, le superbe glaive d’antan, celui des conquêtes sociales du prolétariat belge de la première moitié du XXème siècle, n’est guère plus affilé. Même le solide bouclier derrière lequel les travailleurs de ce pays purent s’arc-bouter du temps de la splendeur internationale de Reagan et Tchatcher est aujourd’hui perceptiblement fendillé. Il n’en demeure pas moins que ce parti, peut-être avec moins de témérité et d’enthousiasme que par le passé, reste disposé à combattre ceux qui veulent faire passer les profits individuels devant le bien-être collectif. Il se trouvera des esprits particulièrement chagrins à l’approche des élections pour rappeler que le PS c’est aussi le vote de lois qui excluent des chômeurs et de traités européens qui imposent l’austérité avant 2014. A l’époque, certains au PS se défendaient en faisant de longs argumentaires sur la difficulté de trouver des compromis, l’importance de sauver le pays ou en assenant simplement cette formule lapidaire « Sans nous, ce serait pire ». Ce qui a changé en cinq ans, c’est qu’on a eu le loisir de vérifier l’incontestable véracité de cette sentencieuse prévision. Saut d’index, augmentation de l’âge de la pension, dégressivité accrue des allocations de chômage… Cette législature sans le PS a dû sembler bien longue aux travailleurs même parmi ceux qui, il y a cinq ans ne percevaient pas l’intérêt de prolonger la longévité de ce parti au pouvoir. Certains diront que même avec la participation du PS, un gouvernement fédéral de coalition aurait pris également quelques mesures anti-sociales compte tenu des contingences précitées. Cela est possible mais même les PS-Bashers les plus frénétiques reconnaitront probablement que la régression sociale n’aurait jamais atteint l’ampleur de celle que nous venons de subir.

 

Evidemment, la perspective de vouloir connaitre une législature « moins pire » n’est pas en soi très mobilisatrice pour l’électorat progressiste. Soyons de bon compte, le PS, depuis 2014, cela n’a pas été qu’une opposition toujours critique et souvent inspirée au Parlement fédéral. C’est aussi des combats victorieux menés à d’autres niveaux de pouvoirs. Le plus emblématique étant celui de Paul Magnette, alors Ministre-Président Wallon, contre le CETA. Cette lutte suscita l’étonnement mâtiné d’admiration de nombre de partis socio-démocrates européens qui n’ont depuis longtemps que la résignation pour unique horizon. Dans une époque marquée par la terreur armée et la crainte légitime qu’elle inspire au sein de la population, il convient également de saluer l’action de Rachid Madrane à l’aide à la jeunesse. Même sur un enjeu délicat comme la « radicalisation », il a eu à cœur de ne pas sombrer dans la démagogie sécuritaire et de privilégier les approches préventives et le soutien aux travailleurs de terrain. Choix vraisemblablement efficace à long terme et indubitablement courageux politiquement à court terme.

 

En guise de conclusion je souhaiterais relativiser une critique souvent faite au PS à savoir son manque de renouvellement. Cela est sans doute beaucoup moins fondé aujourd’hui. Outre les figures historiques sur le départ, il y a désormais plusieurs nouveaux visages qui apparaissent. Au risque de vexer certaines personnes de qualité, On peut citer à l’Europe, la quatrième effective, Coline Maxence, dirigeante mutualiste et féministe engagée, Melissa Hanus, Echevine de la Jeunesse d’Etalle, tête de liste à 26 ans et au niveau régional, l’anderlechtois Lotfi Mostefa, Vice-Président de la STIB qui s’était distingué par un combat contre une limitation à l’accès à la propriété pour les classes populaires envisagée par le Gouvernement de Charles Michel.

Carlos CRESPO

En débattre ?

Si la polémique est bien entendue admise et même encouragée, nous vous demandons de rester courtois, de ne pas recourir à l'injure et de rester dans le cadre du sujet. La rédaction se réserve le droit de supprimer un commentaire qui ne respecterait pas ces règles.

2 contributions pour "Sans « nous » cela a été effectivement pire"

  • Avec des “sans nous ce serait pire” et des décisions au nom de “on n’a pas le choix” le PS à totalement renoncé à promouvoir une politique et c’est positionné en seul gestionnaire, ce qui en soit est typiquement néolibéral, de l’état. Le PS c’est réduit gestionnaire mais c’est surtout assurer de squatter les postes confortables du pouvoir pour n’y défendre aucune vision de société et a fortiori aucune vision de gauche.
    Ainsi de renoncements en renoncements le PS a, et pas seulement permis, détricoté la sécurité sociale, les administrations, services et entreprises publiques, malmené la justice tout en renforçant le capitalisme le plus ordurier. Son amour inconditionnel pour l’UE en est une des preuves éclatante.
    Par ailleurs le PS n’a eu cesse de faire montre de son goût immodéré pour les positions de pouvoir confortables (pour ne rien en faire voir supra) en en créant toujours plus.
    Sans le PS peut-être que ça aurait été pire à court terme mais le PS fait le pire sur le long terme quand ce n’est pas tout de suite.

  • Aucun des traités européens n’a été rédigé ex nihilo par les représentants des Etats membres ou par les conventions réunis à cet effet. Ils ont tous été rédigés sur base de projets préparés par les fonctionnaires européens et les lobbyistes qui les commanditent, plus particulièrement les “représentants de la société civile” qui opèrent en toute légalité dans le cadre de la comitologie. Il est donc bien entendu que les fonctionnaires et mandataires européens ne sont pas les simples exécutants de traités antiprogressistes imposés par les dirigeants nationaux contre leur avis. Ils les artisans volontaires d’un projet de société qu’ils ont élaborés, qu’ils ont fait ratifier par des Etats plus ou moins coopératifs et dont ils n’admettent aucune réorientation.

    Le projet de société est défini par un programme politique directement inscrit dans les traités, lequel est clairement fondé sur l’ultralibéralisme économique. Le cadre institutionnel de l’UE est une organisation internationale dédiée à l’application de ce programme. Le rôle du Parlement européen est de légitimer son action en lui conférant l’apparence d’une démocratie représentative : il a autant de pouvoir que la Douma de Nicolas II… On en sera d’autant plus convaincu que le Parlement européen élu au suffrage direct n’est pas apparu avec la CEE mais qu’il a été greffé sur un projet buttant sur les contestations populaires et gouvernementales. Il serait trop simple d’imputer cette situation aux seuls Etats membres.

    Les fonctionnaires européens se sont opposés à tout réforme démocratique, ont obtenu le monopole de la commission européenne en matière d’initiative législative et réclament la suppression d’une représentation égale des Etats en son sein. Certains seraient tentés de dire que la fonction publique européenne est la source des problèmes de l’UE et qu’ils seraient facile d’initier une évolution favorable en la remplaçant par des délégations de fonctionnaires des Etats membres. C’est une bonne idée mais cela ne suffira plus car leur position est appuyée par la dernière génération d’Etats membres et ceux formant la “nouvelle Ligue hanséatique”. L’UE est enfermée dans une nasse anocratique et ultralibérale et la solution du problème ne réside pas dans une seule mesure. Comment en sortir ?

    Les Etats membres sont indispensables : ni les institutions européennes, ni les acteurs du marché ne sont capables et désireux de fournir les services publics vitaux ou de créer une Etat européen unique à cette fin. Sans Etat, plus de maintien de l’ordre, de système judiciaire, d’hôpitaux, de voirie, d’allocations de chômage ou de système de retraite : ce serait le chaos, point. Logiquement, on ne sera pas mieux servi par une multitude de petits “Etats-régions” sous perfusion financière des fonds structurels que par les “Etat-Nations” actuels. A l’opposé, les Etats-Nations actuels sont trop affaiblis pour faire l’économie de l’entraide et des coopérations. Les Européens ont besoin d’une organisation supranationale qui renforce ses Etats membres au lieu de scier la branche sur laquelle elle est assise. Sachant que l’UE est provisoirement irréformable, il s’agirait union régionale dans le style de l’IEI et du Benelux. Une stratégie pour la construction d’une autre Europe serait la création d’une confédération multinationale, démocratique, défiscalisée et dédiée au renforcement de ses Etats membres.

    La nouvelle union d’Etat serait une confédération, donc d’une union d’Etat dont les institutions communes n’ont aucun pouvoir normatif contraignant. Elle sera multinationale car composée de tout ou d’une partie des Etats membres et pas des régions érigées en Etats confédérés autonomes. Les institutions communes étant vouées renforcer les confédérés, elles seraient investies en toute matière de compétences de coordination, d’appui et de complément exercées avec l’assentiment des Etats. Toute coordination serait mise en place à la demande d’un groupe d’Etat, s’appliquerait aux seuls Etats demandeurs pour une durée déterminée. Les institutions pourraient appuyer tout Etat qui le requière pour une durée précise. Elles ne pourraient compléter la politique d’un Etat qu’avec son accord préalable et pour une durée ad hoc.

    La fonction publique confédérale serait composée de délégations de fonctionnaires nationaux pour ses branches administratives, de fonctionnaires nationaux et fédéraux pour ses branches d’intervention. Il n’y aurait donc plus de haut fonctionnaires communautaires rivaux des Etats dans les bureaux de la confédération, seulement des agents de terrain qui remplissent les missions qu’on leur confie : maintien de l’ordre, enquête, lutte contre les incendies, secours aux sinistrés, garde des frontières, défense du territoire, etc…

    Cette confédération serait démocratique. Au minimum, elle devrait répondre aux standards de démocratie représentative des Etats membres. Idéalement, les électeurs devraient disposer de toute la gamme des pouvoirs politiques octroyés aux Genevois et aux Californiens : élections des mandataires des trois pouvoirs, droit de révocation des élus, référendums obligatoires pour les révisions constitutionnelles ou affectant la souveraineté, droit d’initier des (vrais) référendums (pas juste des consultations populaires). Pour éviter des querelles paralysantes ou sentiment d’exploitation, le financement des institutions commune serait défiscalisé càd assuré par un fond souverain commun et d’autres recettes non contributives au lieu de cotisations d’Etat ou d’impôts “fédéraux”.

    La confédération serait d’abord inféodée à l’Union européenne en tant qu’organisation régionale. Elle pourrait aider les membres à s’acquitter de leurs devoirs dans les organisations supranationales auxquels ils adhèrent et suppléer ces organisations quand elles refusent de leur fournir l’assistance demandée. Elle pourrait également servir de think tank sur différents sujets d’importance et de main commune en cas de crise. En manœuvrant bien, elle pourrait devenir le cadre d’une coopération accrue entre les différentes organisations sous-régionales de l’UE, donc un point de ralliement pour ces forces vives. Pourvu qu’elle ait un niveau de démocratie suffisant, elle pourrait facilement gagner les cœurs et les âmes des citoyens sans être une source de tracas constante pour les Etats.

    La confédération servirait alors de levier à l’exercice d’un “chantage vertueux” à l’encontre des eurocrates et des Etats les plus eurosceptiques : “Soit vous acceptez la démocratisation de l’UE, soit nous useront de nos prérogatives pour entraver son action et nous collaborerons entre nous dans le cadre de notre confédération”. Dans un premier temps, l’ultimatum permettrait d’imposer un compromis : une autonomie accrue de la confédération en tant que coopération renforcée. Par la suite, l’UE serait forcée de se réformer ou de se vider de sa substance en faveur de la confédération et des organisations liant les Etats membres qui n’y adhèrent pas.

    Ce qui est certain, c’est que les Etats et les citoyens apprendraient à coopérer plutôt qu’à se combattre dans le cadre d’un “Colisée ultralibéral”. Il développerait un esprit de corps, un esprit fédéral qui est le préalable à la réalisation d’une fédération continentale. Il serait donc d’une importance capitale que cette confédération soit axée sur la conduite de programmes civils permanents, ne nécessitant pas de limitation de compétence des Etats, d’un intérêt évident pour les citoyens et justifiant une coopération.

    Une défense commune serait également nécessaire mais elle doit être dédiée à la défense de la communauté de fait créée par ces programmes et non être le but de la confédération. Nul ne se bat que pour défendre ses acquis contre celui qui les menace. En l’absence de menace, la confédération perdrait son attractivité ou devrait se créer des ennemis. En l’absence d’acquis, les confédérés pourraient être tenté par d’autres alliances, par exemple un passage à l’ennemi s’il est puissant ou a plus à offrir.

    Un tel projet pourrait être mener à bien par une alliance de partis de gauche et de l’écologie politique. En acquérant une base politique suffisante à tous les échelons, des localités à l’Europe, cette alliance pourrait constituer un noyau dur durable au sein des Etats membres, voire battre le PPE aux élections européennes. Ce faisant, les partis affiliés pourraient recréer un cadre permette la mise en œuvre d’une politique social-démocrate et écologique sans buter sur les obstacles générés par le droit européen : dumping, amendes pour non-respect du droit communautaire, tutelle budgétaire…

Apportez votre contribution au débat

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *