Recherche sur le site

Politique Archives N°108
Revue Politique

Une valse à trois temps

Vaïa DEMERTZIS

26 MAI 2019 : ON VOTE POUR LE PARLEMENT EUROPÉEN, ET PUIS…

[Chronique européenne publiée dans le numéro 108 de Politique, juin 2019]

La politique est aussi affaire de rythme, avec cette forme de structure répétitive, composée d’espacement, de durée et de séquence. Accélérations, intervalles, silences, changements de tempo. Le rythme organise la vie politique. Que nous dit-il de la mélodie européenne ?
Il y a d’abord, c’est une évidence, le rythme électoral qui structure la vie politique des 28 États membres de l’Union européenne et celle de l’Union elle-même. Et là, déjà, une première discordance : les calendriers électoraux se superposent rarement comme en Belgique, où la Constitution prévoit de tenir les élections pour la Chambre des représentants le même jour que celles pour le Parlement européen. Dans leur grande majorité, les États membres suivent leurs propres rythmes électoraux – selon les niveaux de pouvoir – qui s’enchevêtrent dans le processus européen. Parce que si le Parlement est élu tous les cinq ans, son colégislateur, le Conseil – composé d’un représentant de chaque État membre au niveau ministériel selon la matière traitée –, se renouvelle quant à lui par à-coups, en fonction des multiples scrutins nationaux, et parfois régionaux.
Et puis, il y a ce rythme implicite, dont on peine à saisir le tempo et les musiciens. L’élection européenne, c’est une valse à trois temps, comme Jacques Brel la décrirait, mais c’est Bruxelles qui bat la mesure (et non Paris).

Au premier temps de la valse | Toute seule tu souris déjà
Le soir de l’élection, les voix ont été comptabilisées, les sièges ont été répartis à la proportionnelle entre les candidats des partis nationaux. Mais, contrairement aux apparences, il ne suffit pas d’additionner les résultats de tous les États membres
pour déterminer le rapport de force politique à l’échelon européen. Car le Parlement européen peut se recomposer entre l’élection et la première session de la nouvelle assemblée.

Au deuxième temps de la valse | On est deux, tu es dans mes bras

Les députés européens ne se rassemblent pas par pays mais en groupes politiques, qui doivent inclure chacun au minimum 25 députés, issus d’au moins un quart des États membres et partageant des affinités politiques. Dans les semaines qui suivent l’élection, on se courtise pour renforcer, fusionner, voire recréer les groupes politiques qui vont structurer le travail parlementaire européen et la distribution des postes-clefs européens.

Au troisième temps de la valse | Nous valsons enfin tous les trois

Le Conseil européen (non renouvelé par l’élection européenne puisque constitué des chefs d’État et de gouvernements) désigne, en tenant compte des élections au Parlement européen, un candidat au poste de président de la Commission européenne. L’Assemblée élue vote sur cette proposition, non sans réclamer au préalable que ledit candidat soit celui de la famille politique sortie la plus renforcée du scrutin. Le Conseil européen l’enverra-t-il valser ? Pour autant, le rythme ne fait pas la mélodie. Cette valse à trois temps ne fait pas de la Commission européenne un gouvernement soutenu par et politiquement responsable devant une majorité parlementaire supranationale au sein du Parlement européen. Alors… on danse ?

Vaïa DEMERTZIS

Licenciée en science politique (ULB), ses travaux de recherche et publications portent notamment sur les mouvements sociaux, les services publics et la conflictualité politique et sociale en Belgique et dans l'Union européenne. Membre de la revue Politique.


En débattre ?

Si la polémique est bien entendue admise et même encouragée, nous vous demandons de rester courtois, de ne pas recourir à l'injure et de rester dans le cadre du sujet. La rédaction se réserve le droit de supprimer un commentaire qui ne respecterait pas ces règles.

Apportez votre contribution au débat

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *