Soin et santé
Or noir : Le cancer qui ronge l’équateur
07.07.2026
On les surnomme « le dragon impérial ». Dans le canton de Lago Agrio, en Équateur, des torchères soufflent une chaleur insoutenable. Crachant une pluie noire qui colle aux plantes, aux fruits et aux sols alentour.
À Lago Agrio (lac agraire) – la capitale pétrolière du pays – la dépendance de la région à l’industrie pétrolière est visible à chaque coin de rue. Avenues et hôtels portent pour noms « Petrolera » (pétrolier) ou encore « Oro negro » (or noir). Des habitant·es sont paré·es de vêtements flanqués du logo de la compagnie pétrolière publique Petroamazonas. « Dans les régions où les compagnies d’exploitation de l’or noir sont présentes, presque tous les locaux portent des bottes de pétroliers », a pu constater Julie Carpentier, qui a réalisé sa thèse sur le tourisme communautaire en Équateur1.
Des habitant·es sont paré·es de vêtements flanqués du logo de la compagnie pétrolière publique Petroamazonas.
Ces chaussures, Donald Moncayo ne les porterait pour rien au monde. Depuis vingt-cinq ans, le membre de l’Union des victimes des opérations pétrolières de Texaco (UDAPT) organise des toxic tours au cœur d’une Amazonie abîmée et dénonce les crimes environnementaux de l’entreprise américaine. Entre 1964 et 1992, elle a exploité la région en laissant des traces durables : rivières souillées, piscines de pétrole encore visqueuses laissées à l’abandon, sols appauvris, plantes primaires disparues. « Les champs ne produisent plus à foison. Le manioc et les bananes sont durs comme du fer, le cacao est noir. En consommant l’eau et les produits locaux, c’est du pétrole que nous ingurgitons », témoigne l’activiste. Il ajoute : « Quatre espèces de singes ont disparu dans le canton. On ne voit plus ni tapirs, ni tatous, ni sangliers, ni perroquets ». Certains expert·es parlent d’écocide et la pureté de l’or bleu, pourtant abondant en Amazonie, pose question. « Tout le monde affirme que l’Amazonie abrite la plus grande réserve d’eau douce au monde, mais la voici : puante, impropre à la consommation, au point de rendre malade », s’indigne le membre de l’UDAPT. Une pollution locale, nationale et, avec le cycle de l’eau, mondiale.
Tout le monde affirme que l’Amazonie abrite la plus grande réserve d’eau douce au monde, mais la voici : puante, impropre à la consommation, au point de rendre malade
Cofán, Secoya, Siona, Shua, Quechua, Waorani : les peuples autochtones qui chassent et cueillent au cœur de la forêt amazonienne sont les premiers impactés. Dans la législation du pays, les sous-sols appartiennent à l’État. « Les communautés louent leurs terres aux compagnies pétrolières. Elles n’ont pas vraiment le choix », analyse Julie Carpentier.
En plus, « pendant des années, les pétroliers ont fait croire aux populations que l’or noir était bon contre les rhumatismes. Alors les gens s’en sont enduit le corps », dénonce Donald Moncayo. Résultat : fatigue chronique, douleurs au ventre, cancers de l’utérus…
Ces constats contrastent avec les engagements du pays. En 2008, l’Équateur a reconnu les droits de la nature dans sa Constitution et compte de nombreuses zones protégées. Malgré un référendum en 2023 où 59 % des votant·es se sont prononcé·es pour l’arrêt de l’exploitation pétrolière dans le Bloc 43 de la réserve amazonienne de Yasuni, celle-ci se poursuit.
