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Politique Archives N°50
Archives

2007, où en est le «comment» politique?

Jacques BAUDUIN

C’est entendu, la politique, ce n’est pas qu’une affaire de gouvernement, de coalition, de convergence, d’alliance. La politique d’émancipation et de transformation progressiste de la société, pour être féconde, doit s’appuyer sur les formes nouvelles et classiques, collectives et individuelles, des mobilisations et des énergies sociales, civiques, culturelles. C’est entendu, quant à ce que peut la gauche, cela passe d’abord par des objectifs s’appuyant sur les expériences vécues par les couches sociales qu’elle doit agréger afin de rendre meilleures leurs conditions d’existence tout en affrontant les multiples défis des sociétés humaines d’aujourd’hui et de demain. Cela passe par une rénovation de son action capable de porter le changement social à l’époque de la mondialisation, sans tabous, tout en donnant des perspectives à celles et ceux que cette dernière laisse au bord de la route et en répondant à la nouvelle question des classes moyennes. C’est entendu, ne pas s’occuper de stratego fait consensus. Tout semble se passer comme si la stratégie politique était aujourd’hui confondue avec la «combinazione» et faisait horreur. Pourtant, mon propos sera celui-là, celui du stratego, qui est une part de la réponse au comment posée aussi par POLITIQUE. Il est un moment où, si elles ne veulent pas s’ensabler, les aspirations portées par les énergies sociales doivent être relayées et traduites dans le système politico-juridique, au parlement, au gouvernement. Le vote ne compte pas pour du beurre. Mais dans notre système proportionnel, ce beurre est le fond de sauce d’un deuxième tour qui fait les majorités. C’est alors qu’on choisit la mayonnaise, la moutarde, l’andalouse, la vinaigrette ou l’aigre-douce. C’est alors que se mettent en place les coalitions, tripartite traditionnelle, arc-en-ciel, rouge-romaine, violette, bleue-orange, voire, inédite, une espèce de marron fait d’orange, de bleu, de vert. Donc, retour sur la stratégie à gauche en 2007, du côté francophone. Où en est-on quatre ans après le rendez-vous manqué des convergences à gauche?

Rappel des faits

Pour mémoire, car elles ont été et sont tellement décriées, leur objectif le plus immédiat était la création d’un meilleur rapport de forces dans l’arc-en-ciel finissant, pour faire pièce aux connivences PS-MR qui, du côté francophone, avaient prévalu jusque-là. Quelques résultats furent d’ailleurs acquis par les cosignataires. Il n’est pas inutile aujourd’hui de rappeler à Isabelle Durant qu’au printemps 2002, pendant leur gestation, une certaine mansuétude du PS évita l’enlisement du dossier SNCB. Un objectif plus conséquent était la construction d’une nouvelle configuration plus progressiste dans un deuxième arc-en-ciel, hypothèse de travail alors la plus probable. Le désastre électoral des écologistes du nord et du sud, leur rejet dans l’opposition l’a rendu inopérant. L’entrée d’Écolo dans l’olivier bruxellois en position subalterne a été en 2004 l’ultime lumignon d’une mèche trop vite éteinte. L’objectif le plus ambitieux pouvait être, à travers une proposition politique de rapprochement des deux partis alors ancrés à gauche, de créer une nouvelle dynamique sociale, civique, culturelle débordant le strict cadre du système politico-juridique, modifiant les conditions de formation des perceptions et des opinions, favorisant une politisation plus intense de notre société. Après 2003, normalisé, épuré, le parti écologiste s’est tourné vers son «core business». Dans un premier temps, on pouvait à la limite le comprendre tant régnait le sentiment qu’aux régionales de 2004 se jouerait sa survie. Mais après un interlude où il s’y référait pour mémoire, le groupe dirigeant d’Écolo choisit de tourner complètement la page des convergences au nom de «l’autonomie». Leur document eût pu être brandi par Écolo pour rappeler au PS des engagements difficiles à tenir dans la violette. Il fut jeté à la poubelle. Pire, dans un parti qui se refusa à analyser les causes de son échec au nom du «on se serre les coudes dans la tempête», une fois le cap des régionales franchi, le diagnostic des convergences convergea avec l’opinion qu’en avaient ses adversaires de droite ou des commentateurs pressés: elles devinrent la cause principale de l’échec. Oubliés les multiples facteurs qui scellèrent le désamour du corps électoral avec Écolo, gommés Francorchamps, le coup de poker raté de la sortie du gouvernement, l’insuffisance du bilan fédéral, l’image confuse créée par le fonctionnement du parti: le bouc émissaire était trouvé…

Retour en arrière

Désormais, le ni ni est de retour, ni PS ni MR, mais Écolo, soit une lapalissade camouflant le repli sur l’affirmation identitaire, le splendide isolement, la vertu célibataire, la dérobade ambiguë. Votez d’abord, on s’occupe du reste. Retour des affaires aidant, la cible sera de plus en plus le PS (il y a parfois de quoi!), — ce qui, quand on a fréquenté d’un peu près les leaders actuels d’Écolo ne les contraint pas à trop forcer leurs empathies. Si demain, par extraordinaire, la coalition marron évoquée plus haut était possible, il n’est même plus certain que l’opposition de la gauche écologiste bruxelloise (elle pèse peu au sommet) et le risque de nouveaux déchirements suffisent à l’enrayer. Bref, aujourd’hui, le positionnement actuel de Joëlle Milquet semble ruiner cette hypothèse plus que celui d’Écolo! Alors, quid en 2007 du projet rouge-vert né dans les années quatre-vingts comme une des conditions de la modernisation de la social-démocratie, voire de sa fécondation par l’écologie politique au moment où le PS restait désespérément aveugle à ces évolutions et se dépêtrait dans les affaires Inusop et Agusta? Quid de l’objectif ambitieux d’une nouvelle dynamique sociale, civique, culturelle, politique? En 2007, le parti francophone de l’écologie politique espère tirer les marrons du feu du nouveau cycle de sensibilisation écologique, climatique, comme il a bénéficié en 1991 de l’après-Tchernobyl et en 1999 de la crise alimentaire. La conjoncture lui est largement favorable. Elle devrait lui redonner quelques couleurs. Suffira-t-elle pour permettre à Écolo d’approcher les scores de 1999 et pour le repositionner comme 3ème parti du paysage francophone? Au moment où vous lisez ces lignes, vous avez la réponse. Au moment où je les écris, on peut en douter, la mobilisation civique de l’après-Marche blanche faisant cette fois défaut et la question nationale surdéterminant le débat politique. Un meilleur score électoral ne changera sans doute pas la donne : on ne voit pas Écolo avoir d’autres moyens dans la prochaine législature que ceux de parti aiguillon et de parti d’appoint.

L’arlésienne des verts

Désormais, la dérive centriste d’Écolo a réouvert le règne du chacun pour soi. Les conditions politiques d’une gauche plurielle se sont estompées, l’horizon d’un rapprochement porteur d’une dynamique progressiste mobilisatrice s’est éloigné. Même le cas de figure d’une tripartite qui associerait Écolo et PS à un troisième partenaire ne semble pas devoir le ressusciter. On n’est jamais à l’abri d’une heureuse surprise, le pire n’est jamais sûr mais on ne discerne aucun signe annonciateur d’un changement de cap d’Écolo, aucun signe de l’émergence d’un autre groupe dirigeant s’inscrivant dans une dynamique rouge-verte. Au moment où le développement de l’écocapitalisme pose la question de l’écologie sociale, au moment où, pour Écolo, la résolution des questions écologiques suffirait pour effacer les nouvelles questions sociales et où la proposition d’une «union nationale pour le climat» présuppose la mise entre parenthèses des clivages sociaux dans le traitement du réchauffement de la planète, au moment où le PS a enfin intégré dans son logiciel la question du développement durable et l’approfondit dans ses positions, au moment où, malgré de graves scories il poursuit vaille que vaille sa rénovation, par quelle voie passe le plus efficacement le projet rouge-vert, ce projet libérateur dans lequel, plus que dans sa traduction par un parti politique, comme d’autres, je me suis reconnu dans la deuxième moitié des années quatre-vingts? Où peut-on espérer que soit portée avec le plus de force une vision renouvelée du changement social? À chacun de décider les moyens qu’il donne au comment, pour que la gauche rénovée porte le beau projet de l’émancipation humaine. Pour ma part, j’ai choisi. D’autant qu’il est un leitmotiv qu’Écolo jouait encore dans les années nonante et qu’aujourd’hui sa musique a abandonné: le souci de se donner une base populaire. Ce ne fut jamais qu’une arlésienne voire un songe, condamnés par la sociologie écologiste et le réalisme électoral. On peut être bobo, ne pas s’y résoudre et se tourner vers l’orchestre qui s’appuie sur ces publics-là…

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