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Politique Archives N°34
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Bruits d’avion: faut-il interdire DHL?

Henri GOLDMAN

Après les bruits de bottes, les bruits d’avions. ici, les Flamands qui veulent répartir le bruit en tenant compte de l’appartenance communautaire des personnes incommodées. Là, les francophones qui veulent surtout qu’il y en ait le moins possible, sachant qu’ainsi les Bruxellois très concentrés et plutôt francophones seront mieux prémunis que les banlieusards plutôt flamands de la périphérie nord. Mais (presque) tous se rejoignent sur un point: on n’échappera pas aux nuisances. Et d’autant moins qu’en même temps, DHL annonce que, pour autant qu’on ne lui pourrisse pas la vie, il pourrait bien créer quelque 5000 emplois supplémentaires. À Bruxelles, on se dit qu’il ne faudrait surtout pas que ceux-ci filent à Bierset, voire en Allemagne. Tout au plus exigera-t-on alors de DHL qu’il engage un peu plus de chômeurs bruxellois, et si possible en pratiquant un chouia de discriminations positives à l’embauche. En vertu de quoi l’entreprise deviendra le plus gros pourvoyeur privé d’emplois de la Belgique centrale, ce qui devrait lui valoir un brevet d’entreprise citoyenne à qui on ne saurait plus rien refuser. Resterait alors à réussir l’arbitrage entre l’intérêt public (=~permettre à l’économie de créer des emplois) et l’intérêt privé (=~que les riverains puissent dormir tranquille). Mais qui, et surtout à gauche, oserait mettre l’intérêt privé de quelques égoïstes au-dessus de l’intérêt public? Le raisonnement semble imparable. Il y a juste un hic: DHL ne crée aucun emploi. Ou plutôt: pour chaque emploi qu’il crée, il y a un emploi détruit ailleurs. Car les colis transportés par DHL, on peut supposer qu’ils doivent être transportés de tout façon. Le développement du transport aérien de nuit n’a fait que déplacer du jour vers la nuit tout un pan de l’activité économique, sans créer une once de valeur ajoutée. Le seul «avantage» du transport de nuit, c’est qu’un colis posté à la fermeture des entreprises, soit à 17h, est livré au destinataire le lendemain à 9h. Sans DHL, il serait arrivé à 14 ou 15h. Catastrophe manifeste dans une optique de «just in time», où chaque seconde compte et où le capital investi doit tourner sans jamais s’arrêter, au mépris de tout autre considération. mais est-ce le seul critère à retenir? Faut-il automatiquement tout sacrifier à cet imparable argument de l’économie financière? En tout cas, cet impératif n’a plus grand chose à voir avec une production de biens et de services socialement utiles, une ambition pourtant tout à fait compatible avec l’économie de marché pour autant qu’elle accepte d’être juste un peu régulée par quelques considérations d’intérêt général. Qu’on supprime donc DHL, TNT et consorts, et qu’on interdise totalement les vols de nuit. les taux de profit du secteur passeront peut-être de 7,3 à 6,9% et les fonds de pension américains vont râler. Mais en quarante-huit heures, les emplois perdus la nuit, qui de surcroît ne sont pas délocalisables, seront recrées le jour. Les travailleurs retrouveront, avec des horaires «normaux» les joies d’une vie sociale et familiale plus harmonieuse tandis que les riverains dormiront tranquilles. Je sais: utopie écolo-gauchiste. J’oubliais dans quelle Europe nous vivons.

Mots-clés : EconomieEnvironnement

Henri GOLDMAN

rédacteur en chef de "Politique"


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