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La séparation de l’Eglise et des médias

Hugues LE PAIGE

Il faudrait peut-être songer à proclamer la séparation de l’Eglise et des médias… La suggestion vient du satyrique Canard enchaîné mais comme souvent dans les raz de marée médiatiques la réalité dépasse la satyre. Les deux semaines que nous venons de vivre ont surpassé tous les excès de la communication mondialisée. Il ne vient à l’esprit de personne de nier la portée de l’événement que constituent la mort d’un pape et la désignation de son successeur, pas plus que l’importance du rôle et de la personnalité de Jean-Paul II, ni enfin l’émotion qu’a provoquée sa disparition même si la mise en scène doloriste de ces derniers instants en ont accentué l’expression. Les interrogations, les réflexions et les débats sur la place de l’Eglise, et plus largement du spirituel dans notre société ont évidemment toute leur raison d’être. Mais une fois encore le monde médiatique a perdu le sens de la mesure. Une fois encore un déchaînement rapidement incontrôlé a tout submergé sur son passage. Concurrence, audience, surenchère: les raisons sont connues de ces débordements, elles se reproduisent quasi mécaniquement à chaque événement de la sorte. Et c’est bien sûr la télévision qui donne le «la». Les journalistes eux-mêmes quand ils retrouvent le temps de réflexion s’interrogent sur ce phénomène qui semble désormais ancré dans l’inconscient médiatique sans que rien ne puisse plus le freiner ou le cadrer. La communion prend la place de la communication et la fusion imprègne l’information pour mieux garantir la proximité. Mais ce qui est encore plus frappant, c’est la systématisation de l’anticipation. L’agonie du pape venait de commencer que l’on discutait déjà des détails de ses funérailles, la veille de celles-ci on avait déjà décortiqué le fonctionnement du conclave et avant même l’ouverture de ce dernier on pronostiquait son issue. Et entre chaque épisode, même quand il ne se passait plus rien de palpable, on continuait d’interroger les pavés de Saint-Pierre. Etrange modification du temps mais sans doute si proche des valeurs d’une société de marché: tout est instant, tout est obsolète, il faut anticiper à tout prix de peur de ne pas être le premier. Etrange mécanisme qui provoque la saturation et la fuite en avant mais qui ne nous permet pas de mieux comprendre la marche du monde quand l’événement se produit réellement.

Mots-clés : Médias

Journaliste-réalisateur, membre du collectif éditorial de "Politique"

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