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Politique Archives N°50
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Inverser la tendance

Rédaction

Oui la gauche peut changer la société car elle est par définition émancipatrice et moteur de progrès social. Les notions d’égalité et de justice sociale constituent incontestablement le fondement de nos combats de gauche et caractérisent les politiques que nous défendons ou que nous revendiquons. En tant que syndicaliste, la grille d’analyse est relativement claire. Les politiques de gauche sont celles qui améliorent les conditions de travail du plus grand nombre, assurent un niveau de vie décent à celles et ceux qui sont privés d’emploi dans le cadre d’un développement responsable et durable c’est-à-dire alliant l’économique, le social et l’environnement. À partir de là, plusieurs constats s’imposent. Un gouvernement qui oblige les chômeurs, sous peine de sanction, à prouver qu’ils cherchent activement du travail dans un marché de l’emploi complètement saturé, n’applique pas une politique de gauche. Les allocations sociales sont un droit qui s’acquiert, pas un droit qui se mérite au jour le jour. Concéder des milliards de réductions de cotisations patronales aux entreprises sans contrepartie en termes de création d’emplois n’est pas une mesure de gauche. Diminuer le coût des heures supplémentaires de travail ou défiscaliser le travail de nuit, au détriment des services publics, ne sont pas des mesures de gauche. Utiliser le prétexte du «piège à l’emploi» pour bloquer ou diminuer le montant des allocations sociales, favoriser la privatisation du système de retraite, privatiser les services publics, développer l’impôt indirect plutôt que renforcer l’impôt direct…non plus.

Caps à gauche

Quand les syndicats obtiennent, au bout de dix années de revendications, un mécanisme de liaison au bien-être des allocations sociales pour des milliers de personnes, il s’agit d’une conquête sociale importante. Récemment, on a également pu se réjouir de l’entrée en vigueur du statut Omnio Depuis le 1er avril 2007, le statut Vipo est remplacé par le statut Omnio. Ce dernier est plus juste puisqu’il se base sur le seul critère des revenus de la personne et non plus son statut social. Les demandeurs d’emploi y ont donc accès comme les travailleurs actifs , de la contribution (modeste) des revenus du capital au financement de la sécurité sociale ou encore des progrès de la couverture en soins de santé. Mais certains choix de société ancrés à gauche restent tabous. La réduction collective du temps de travail sans perte de salaire, progrès social de la gauche politique et syndicale jamais contesté jusqu’ici, semble désormais bannie. L’expérience française a pourtant montré qu’elle constitue une solution partielle au chômage et améliore sensiblement la productivité horaire des entreprises. À l’heure où le temps partiel représente 23% de l’emploi total et concerne presque une travailleuse sur deux, il serait temps qu’un parti politique le considère comme une forme structurelle de travail et non plus comme une situation choisie ou temporaire. Rétablir un complément chômage décent et supprimer du même coup les pièges à l’emploi engendrés par la nouvelle AGR Allocation de garantie de revenus, c’est-à-dire un complément versé par l’Onem à certains travailleurs à temps partiel. Une réforme de ce complément a pris cours en juillet 2005 et a provoqué une perte de revenus pour presque toutes les personnes concernées. Le but du gouvernement était d’encourager les travailleurs à temps partiel à travailler davantage. Le résultat obtenu est un mécanisme de piège à l’emploi et la précarisation du contrat à temps partiel serait une mesure de gauche. Évidemment, cela va de pair avec une augmentation significative du salaire minimum interprofessionnel garanti. La mise en place d’une cotisation sociale généralisée (CSG) qui ferait contribuer tous les revenus au financement de la sécurité sociale et pas seulement ceux du travail salarié, une directive européenne qui exclut les services publics des règles de la concurrence, une législation fiscale commune en Europe pour contrer les délocalisations, obliger le remboursement des aides publiques par les entreprises qui délocalisent,… sont autant de caps à gauche qui permettraient de rompre avec les politiques de l’emploi actuelles. Au-delà des politiques de l’emploi, la gauche devrait en outre revendiquer et porter des projets économiques et industriels pour développer l’emploi, ce qui est totalement absent des objectifs de l’Union européenne fixés à Lisbonne en 2000.

Un rapport de force à inventer

Oui, la gauche peut et doit insuffler plus d’égalité, de solidarité et de justice sociale. Sinon qui le fera? La gauche syndicale n’a pas la vocation de supplanter les partis de gauche dans leur action politique. Nous avons besoin d’eux pour relayer et porter nos revendications. Située au carrefour des pouvoirs économique, financier, politique et du monde du travail, l’organisation syndicale doit faire pression, élaborer des propositions et se faire entendre davantage des formations politiques de gauche. Les syndicats de Belgique représentent 3 millions de travailleurs d’origines et d’horizons différents dont la majorité est appelée aux urnes régulièrement. Tous ne sont pas des militants mais des acteurs potentiels de changement. Notre légitimité tient aussi à la proximité que nous entretenons avec eux. Qui, mieux que l’organisation syndicale, peut mesurer, à si grande échelle, les craintes, les besoins, les attentes et les espoirs des travailleuses et des travailleurs ? Ce contact humain de tous les instants contribue assurément au changement des mentalités et à la conscientisation de masse. Quand des millions de travailleurs brésiliens, boliviens, vénézuéliens s’en vont massivement voter à gauche, ce n’est pas l’unique fait des organisations syndicales. Mais elles n’y sont pas pour rien. Il appartient au monde politique — et à la gauche en particulier — de reprendre l’ascendant sur les intérêts économiques et financiers afin de récupérer le pouvoir de décision aujourd’hui trop souvent abandonné. Nous pensons que le rapport de force nécessaire à ce changement ne peut se construire que si les partis progressistes sont davantage à l’écoute des travailleuses et des travailleurs en s’appuyant sur leurs représentants syndicaux. Dès lors, il semble que la véritable question n’est pas de savoir si la gauche peut ou non opérer un changement de société mais quand et comment les «forces de gauche» convergeront pour inverser les politiques néolibérales.

Mots-clés : Syndicalisme

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