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Politique Archives N°68
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La faute aux banques ?

JAMIN Jérôme

On est submergé de propos de plus en plus durs vis-à-vis des banques, des marchés et de la finance. Les exemples sont légion et ne méritent même pas d’être cités, ils sont partout et c’est à celui qui sera le plus explicite sur la cupidité et la folie des marchés. L’idée proposée et répétée quotidiennement depuis deux ans a en effet de quoi faire réfléchir : les investisseurs et les marchés anonymes auraient pris en quelque sorte le pouvoir du politique au détriment des peuples livrés désormais à la crise, à la rigueur, au chômage et à la misère. La première crise n’a visiblement pas suffi, et il parait qu’ils recommencent… Ce genre d’analyse passe complètement à côté de la réalité. Si les gouvernements empruntent de l’argent pour combler les déficits publics, ce n’est pas de la faute de celui qui prête mais de celui qui emprunte de plus en plus, surtout lorsque ce dernier – conscient de ses propres erreurs – reproche en même temps aux petites gens de faire la même chose que lui en évoquant notamment le danger de la spirale du surendettement. Et si les gouvernements successifs de la Belgique empruntent de l’argent non pas pour investir dans notre futur – par exemple dans des infrastructures qui amèneront un retour sur investissement (hôpitaux, écoles, universités…) – mais pour combler les trous dans leurs budgets mal gérés, ce n’est pas non plus la faute de celui qui prête mais de celui qui emprunte. Enfin, si les gouvernements font appel au secteur financier international afin de permettre une baisse des taux et dégager quelques marges budgétaires supplémentaires (et s’endetter encore plus), ce n’est pas de la faute des marchés ni de la bourse mais de celui qui soumet ses propres dettes à des acteurs anonymes sur lesquels il risque de n’avoir aucune prise en cas de crise globale. On pourrait reprocher aux banques de ne pas empêcher nos dirigeants de s’endetter de façon irresponsable ! Mais est-ce vraiment aux banques d’agir en bon père de famille pour le compte des élus payés entre autres pour nous protéger des forces anonymes du marché ?

Si, par bêtise ou par économie, le politique laisse au privé la maîtrise et la connaissance des produits financiers, au point de s’en remettre aux agences de notation pour les évaluer, ce n’est pas de la faute des marchés.

Si le politique fait appel aux banques et à la bourse pour payer une partie des pensions extra-légales, si les gouvernements demandent aux marchés de soutenir à leur façon la solidarité entre génération, et si dans la foulée, par la défiscalisation, ils encouragent délibérément « Monsieur tout le monde » à faire de même en allant lui-même contracter son bas de laine pour ses vieux jours ; si quelque chose d’aussi fondamental que les pensions a été raccroché à la finance et à tout ce qu’elle représente en termes de risque, d’irrationalité et d’instabilité, ce n’est pas la faute à celui prête, c’est la faute à celui qui accepte d’emprunter dans des conditions très risquées pour financer des politiques pourtant éminemment stratégiques. Et si le politique soutient ses fleurons industriels au point de les aider et de les encourager à opérer un passage en bourse afin de bénéficier de capitaux neufs, ce n’est pas de la faute de celui qui prête, c’est de la faute de celui qui emprunte, et du législateur qui fait en sorte que cela soit possible. Et si au final, par bêtise ou par économie, le politique laisse au privé la maîtrise et la connaissance des produits financiers, au point de s’en remettre aux agences de notation pour les évaluer, ce n’est pas non plus de la faute des marchés. Si tout ce qui précède a été possible, ce n’est pas la faute des investisseurs mais celle de nos élus et de nos gouvernements qui (contrairement à plein d’autres pays) ont délibérément essayé de cacher les conséquences de leurs erreurs par l’emprunt, l’endettement (340 milliards d’euros de dette pour la Belgique) et partant la soumission progressive d’une partie de leurs prérogatives aux humeurs du marché. Et si tout ce qui précède a encore de beaux jours devant lui, ce n’est pas la faute des investisseurs mais celle de nos gouvernements : à l’intérieur de la Belgique les élus et les partis ne sont pas d’accord entre eux sur ce qu’il faut faire et sur comment le faire ; et à l’extérieur, les grandes puissances ne sont pas parvenues à un accord dans la manière de réguler la finance lorsqu’une partie d’entre elles ne souhaite même pas trouver un accord. En définitive, s’il y a bien deux secteurs qui sont beaucoup plus dépendants du politique que tous les autres, c’est précisément le marché et la finance.

Mots-clés : Démocratie

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