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Politique Archives N°105
revue politique

La griffe rose

Entretien avec Christophe VERBIST

Historiquement bruxellois, le FDF (Front démocratique des francophones) a amorcé une stratégie d’implantation en Wallonie dont les deux prochaines échéances électorales diront le succès. Si le parti a changé de nom en 2015 pour s’appeler Défi (Démocrate francophone indépendant), ce n’est pas le cas de son centre d’études, qui continue à porter celui de Jacques Georgin, un militant FDF tué en 1970 par des extrémistes du VMO (Vlaamse Militanten Orde). La volonté de se doter d’un corpus idéologique plus homogène, qui accompagne cette volonté de déploiement en Wallonie, donne à la fonction de production des idées un rôle spécifique.

Christophe VERBIST, directeur du Centre d’études Jacques Georgin (Défi)

Quelle est la nature des liens entre Défi et le Centre d’études Jacques Georgin ?

Christophe Verbist : Nous avons le statut juridique d’asbl indépendante. Le bureau, qui est l’organe de gestion journalière est composée des mêmes quatre personnes depuis 2014 : le président, Charles-Étienne Lagasse, le vice-président, Philippe Binet, Nicolas Dujardin et moi-même. L’équipe est assez restreinte : en termes de salariés, le Centre peut compter sur deux travailleurs : Nicolas Dujardin, en charge des matières wallonnes, et économiques au sens large, et moi-même qui traite plutôt les questions juridiques et institutionnelles.
Mais au-delà du statut juridique de l’association, nous sommes complètement intégrés dans la structure de fonctionnement de Défi. Notre financement provient intégralement du parti et nos bureaux sont situés à son siège, à Saint-Gilles. Nous sommes donc entièrement au service du fonctionnement du parti.

En matière de financement, notre objectif à terme est d’être reconnu comme association d’éducation permanente par la Fédération Wallonie-Bruxelles sur la base de nos activités de publication et d’animation du débat public, comme le sont l’Institut Émile Vandervelde, Etopia et le Cepess. Notre première tentative effectuée en 2010 s’est soldée par un résultat négatif mais nous réintroduirons prochainement une demande sur la base des activités menées en 2018 et en espérons une réponse plus favorable.

Considérez-vous que le Centre d’études a un rôle d’impulsion de nouvelles idées ou de débats inédits au sein du parti ou plutôt une fonction de recherche et d’approfondissement de thématiques suggérées par le parti ?

Christophe Verbist : Les deux cas peuvent se présenter. Par exemple, le Colloque Laïcité (« Que pouvons-nous attendre d’une laïcité politique en Wallonie ? ») que nous avons organisé en 2016 l’a été expressément à la demande du parti. Mais l’impulsion peut également venir de nous et les conclusions de notre travail de recherche et de débats deviennent alors position officielle du parti – au terme d’un processus normal de validation interne. C’est par exemple le cas à propos de la question de la légalisation du cannabis. L’initiative d’organiser une matinée d’études sur le sujet en novembre 2017 était entièrement la nôtre et ce sont ses conclusions qui ont mené à l’adoption d’une position du parti sur le sujet.

Nos missions au service de Défi peuvent se résumer en plusieurs axes. Le premier consiste à jouer le rôle de bras réflexif du parti, d’être l’organe en charge de l’entretien et du renouvellement en matière de doctrine et d’idéologie. C’est dans ce cadre que le Centre Jacques Georgin a organisé les différents congrès doctrinaux de Défi en 2016 et 2017. C’est également dans cette capacité que nous avons joué le rôle de cheville ouvrière dans l’élaboration du Manifeste de Défi – dont le but est de servir à alimenter les programmes des prochaines échéances électorales – qui s’est construit à partir des congrès doctrinaux mais aussi de nombreuses autres contributions pour les points qui n’ont pas été abordés lors des congrès. Par ailleurs, nous avons également été à la manœuvre dans la rédaction de la Charte de Défi, qui constitue l’expression de notre « ossature idéologique » en particulier en matière de libéralisme social. C’est cette Charte qui a été présentée lors du congrès et dont nous sommes en charge de la collecte et de l’organisation des amendements. À partir du moment où le parti entendait s’adresser à l’ensemble de la population et plus seulement aux Bruxellois et aux habitants de la périphérie, il était en effet impératif de se doter d’une idéologie à la fois plus développée et plus structurée.

Enfin, nous sommes à l’écoute des demandes qui nous sont adressées par le « Bureau politique » de Défi, que nous nommons l’« Intergroupe parlementaire » et de son Conseil général. Nous pouvons y inscrire des points à l’ordre du jour mais également répondre aux demandes qui nous sont adressées.

Pour résumer, le Centre d’Études Jacques Georgin est au service de la production idéologique du parti et, dans les différentes étapes de ce processus, il se retrouve parfois en amont, parfois en aval et parfois des deux côtés. Nous sommes en tout cas pleinement intégrés au fonctionnement du parti. Nous constituons en quelque sorte une interface entre le parti et la société civile au sens large – mouvements associatifs, sphère académique, partenaires sociaux…
En tant qu’interface, il est normal que nous travaillions à la fois à sensibiliser le parti à des thématiques émergentes et à approfondir et diffuser les positions du parti au sein de la société. J’insiste sur cette notion d’interface qui n’est pas synonyme de « relai » ou de courroie de transmission dans la mesure où une des caractéristiques fortes de DéfI, c’est de n’être lié à aucun lobby et de sortir délibérément de la logique de la pilarisation tellement ancrée dans l’espace politique belge.

En quoi la transformation du FDF en Défi a-t-elle ou non modifié le rôle et le travail du Centre d’études Jacques Georgin ?

Christophe Verbist : Il faut replacer le changement de nom dans un contexte plus global : celui de la séparation du MR en 2011 et de notre volonté de nous déployer largement en Région wallonne. C’est ce contexte qui a rendu nécessaire un resserrage de la doctrine, que nous avons décidé d’orienter autour du renforcement de deux visions spécifiques en matière de libéralisme social et de laïcité de l’État. Le pari du changement de nom a bien évidemment constitué un détonateur de ce travail doctrinal mais il s’inscrit dans un cadre plus large.

Le parti et le Centre ont évidemment connu beaucoup de vicissitudes parallèles au cours des dernières décennies mais l’organisation s’est beaucoup solidifiée depuis le départ du FDF du MR en 2011 et la percée électorale de 2014.

Quels sont vos sujets de travail actuels ?

Christophe Verbist : Outre le travail doctrinal déjà évoqué, notre travail principal consiste en la production de notes politiques rédigées par Charles-Étienne Lagasse ou moi-même et l’organisation de conférences/débats sur des sujets très variés (les dernières portaient sur le droit numérique, le service citoyen, la supracommunalité, le Pacte d’excellence ou encore la discrimination au logement en périphérie) ou de colloques (le dernier était consacré à la laïcité). Nous assurons la diffusion de ces analyses par la newsletter du CEG, qui est adressée à l’ensemble des membres du parti, ainsi qu’aux personnes de la société civile qui sont entrées en contact avec nous à l’une ou l’autre occasion et qui ont marqué le souhait de la recevoir.

Comment la différence d’implantation de Défi entre la Wallonie et Bruxelles affecte-t-elle votre travail quotidien ?

Christophe Verbist : Vu cette asymétrie d’implantation de Défi, il va de soi que la fonction du Centre n’est pas la même pour les deux régions. Nous constituons en effet une espèce de cellule « support » du parti pour la Région wallonne. C’est par exemple nous qui avons rédigé la trame du programme wallon en vue des communales d’octobre 2018, tâche qu’il n’était évidemment pas nécessaire de nous confier pour la Région bruxelloise où nous pouvons compter sur de nombreux conseillers, communaux, échevins et bourgmestres pour accomplir ce travail. Le fait que je sois wallon, résidant à Jurbise, n’y est évidemment pas pour rien non plus.

Propos recueillis par Edgar Szoc.

Entretien avec Christophe VERBIST

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