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Le MR: la gueule de bois qui ne passe pas

Hamza BELAKBIR

Il a fallu quelques jours après la dégringolade historique du MR à Bruxelles – une région à dominance libérale il y a 20 ans – pour qu’un regard auto-critique soit porté dessus, notamment par les deux derniers – des Mohicans – bourgmestres libéraux de la région bruxelloise : l’ucclois Boris Dilliès et l’etterbeekois Vincent De Wolf.

Le bourgmestre d’Etterbeek et chef de file du Mouvement Réformateur au parlement bruxellois ne mâcha point ses mots en rappelant que s’il a pu augmenter son nombre des voix personnelles de plusieurs centaines par rapport à 2012 – ce qui est une exception chez les libéraux bruxellois – c’est parce qu’il incarne justement le libéralisme social. Ce libéralisme social dont il appelle au retour au sein de l’appareil idéologique du MR en allant jusqu’à proposer de lancer un groupe de réflexion au sein de son parti.

Rares furent les observateurs/trices politiques qui avaient prédit une chute pareille du Mouvement Réformateur lors de ces communales 2018, et encore plus rares furent celles et ceux qui avaient considéré que sa participation à la politique fédérale allait être un facteur surdéterminant dans le vote des bruxellois-es. Au contraire, avec le soutien inconditionnel du MR bruxellois à la politique migratoire menée par Théo Francken, notamment à travers les sorties médiatiques d’Alain Courtois sur le parc Maximilien et sa campagne électorale sécuritaire, beaucoup d’analystes s’attendaient à ce que le MR progresse électoralement dans la Capitale.

Est-ce qu’il n’y aurait pas (plus ?) d’assise électorale à Bruxelles pour une droite réactionnaire et décomplexée telle qu’incarnée par Alain Courtois, Alain Destexhe ou encore Etienne Dujardin ?
Je pense que les bruxellois-es ont répondu très clairement à cette question à travers les urnes le dimanche 14 octobre : Non.

Le cas d’Alain Courtois, 1er Echevin sortant, qui a fait moins de voix que Mathilde El-Bakri, tête de liste PTB et nouvelle entrante au conseil communal de la Ville de Bruxelles reste le plus bel exemple de la sanction – pour le coup humiliante – électorale après ses saillies réactionnaires sur la sécurité et l’immigration.

Les fantasmes illusoires de Drieu Godefridi à propos de la nécessité de présenter Alain Destexhe en tête de liste MR aux élections régionales afin d’espérer de regagner du terrain électoralement sur Bruxelles à droite sont assez révélateurs du déni de réalité causé par la gueule de bois post-14 octobre. Un déni partagé bien évidemment par Georges-Louis Bouchez qui ose affirmer que, malgré la chute du MR, la droite aurait gagné la bataille des idées. Si on suit bien la logique de ces médiatiques du MR, le parti du Premier aurait perdu les élections parce qu’il n’a pas été assez loin à droite, sauf que les électeur-e-s bruxellois-es l’ont notamment sanctionné pour son suivisme inconditionnel à l’agenda politique réactionnaire de la N-VA en termes de migrations et de sécurité sociale d’un côté et dans une moindre mesure, par réflexe anti-flamingant bruxellois de l’autre.

Cette hypothèse reste potentiellement invalidable par la future expérience régionale de 2019, mais avec les données actuellement disponibles, ces conclusions demeurent valables à mes yeux.

Les partisan-e-s de l’idée selon laquelle il faudrait plus de droitisation du MR (sic) soutiennent que si les Réformateurs désertent le terrain idéologique à droite sur Bruxelles, ce dernier serait automatiquement occupé par la N-VA. Sauf que les derniers résultats de la N-VA à Bruxelles démontrent tout simplement le contraire : Pas plus que 7 conseillers communaux sur toute la Région malgré une volonté claire de percer à Bruxelles. Une volonté manifestée par les nombreux tracts en français pour les électeurs francophones, une pratique très curieuse pour une formation politique héritière de la Volksunie soit-dit en passant, stigmatisant la mauvaise gestion de la capitale. Le parti de Bart De Wever a mis en avant comme parrains de ses candidat-e-s bruxellois-es deux de ses deux figures de proue fédérales, le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon et le secrétaire d’Etat à l’Asile, Theo Francken au point où les photos de ces deux derniers sur les tracts électoraux étaient 2 à 3 fois plus grandes que celles des candidat-e-s.

La thèse de la nécessité de droitisation du MR perd encore des plumes quand on s’attèle sérieusement sur les résultats des partis d’extrême droite à Bruxelles tels que le Parti Populaire, Nation ou La Droite. A quelques rares exceptions ambigües près – si la N-VA est d’extrême droite ou pas – les collèges communaux bruxellois sont facho-free, une réalité que les intellectuels faussaires de la droite réactionnaire s’obstinent à ne pas voir.

Je reste persuadé que combattre l’extrême droite aujourd’hui passe aussi par la sécurisation démocratique de l’espace de l’offre politique à droite, car d’un chaos cauchemardesque du MR, peut émaner une alternative non-démocratique qui agrégerait les aspirations politiques de celles et ceux qui ne voteront jamais pour le centre ou la gauche.

A ce titre, si le MR démocratique espère encore peser politiquement à Bruxelles, voire en Belgique francophone, il ne faudrait pas tarder à ce que les Vincent De Wolf, Boris Dilliès, Christine Defraigne et autre Hervé Jamar gagnent le rapport de force en interne afin de renouer avec le libéralisme social historique belge et rompre ainsi clairement avec la tentation d’extrême droite qui fleurit dans toutes les droites européennes.

A l’avenue Toison d’Or, il est temps de sérieusement combattre la gueule de bois en reprenant quelques Dafalgans pour se débarrasser de la nausée. En d’autres mots, en matière de libéralisme : il est temps de lire plus de François De Smet et moins, vachement moins, de Drieu Godefridi.

Hamza BELAKBIR

Rédacteur en chef du site de la revue "Politique"


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