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Politique Archives N°69
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Les dindes de la farce

KAUFER Irène

« Quand le monde flambe, quand les esprits bouillonnent, que les géo-stratégicologues s’affolent… pardon de regarder le monde par le petit bout de la lorgnette. J’ai l’œil rivé sur la Tunisie, l’Egypte, je vois des manifs, j’entends des débats, et je ne peux m’empêcher de me demander : et les femmes là-dedans ? — Un détail ! Après tout, ça ne concerne que la moitié de la population… — … sans compter que le sort fait aux femmes, ça concerne peut-être aussi un tout petit peu les hommes ! — Alors dites-moi : où sont les femmes ? — Eh bien, elles sont là : dans les rues, dans les manifs, parfois aussi dans les combats… Je t’assure, sur la place Tahrir au Caire, elles étaient plus nombreuses, proportionnellement, que dans les débats dominicaux sur nos plateaux de télévision. — D’accord, elles sont là ; elles ont toujours été là, dans la résistance, les luttes sociales, les guerres d’indépendance ; elles ont été emprisonnées, torturées, violées… mais après ? Après, on leur dit merci, c’était sympa de nous soutenir, mais maintenant la vraie vie reprend, alors vous retournez gentiment dans vos cuisines, les gosses ont besoin de vous. D’où ma question : comment faire pour qu’après le Noël des révolutions, les femmes ne soient pas les dindes de la farce ? — Regarde-les bien, ces femmes, écoute ce qu’elles disent : tu trouves qu’elles ont l’air de vouloir se laisser faire ? Tu as vu ces femmes, jeunes et vieilles, cheveux au vent, voilées ou même en burqa, défiler pour réclamer leurs droits.Voir les témoignages comme « Tunisie, l’héroïsme ordinaire des femmes », Le Monde, 29 janvier 2011 ou .ce reportage paru dans le New York Times sur les femmes égyptiennes.. ? — Ouais, en burqa, faut voir quel genre de droits elles réclament… — C’est vrai, le danger existe, l’Iran a montré qu’un tyran pouvait en cacher un autre. Mais je supporte mal ces donneurs de leçons, perchés sur leurs confortables balcons, hurlant « Gare au gorille ! » après avoir, pendant trente ans, détournés la tête quand c’étaient les hyènes qui sévissaient. Trop facile ! — Sans vouloir insulter les gorilles, je trouve quand même que certains ont de fameuses dents, et qu’il est risqué de n’y voir qu’un sourire ! — Attendez ! Je peux vous présenter quelqu’un qui va vous réconcilier : cette grande dame égyptienne qu’est Nawal El Saadawi. Elle a fait de la prison sous Sadate, elle a été censurée, interdite d’activités politiques, et à 80 ans, elle a encore trouvé l’énergie d’aller passer ses journées sur la place Tahrir au milieu des manifestants. Et cette femme qui a toujours dénoncé le poids des religions, en particulier pour les femmes, nous invite à la confiance : « Ce sont des jeunes, des garçons et des filles, sans slogans religieux. Ils crient pour la justice, l’égalité, la liberté, contre la corruption les élections truquées, le chômage ». Alors bien sûr, les choses peuvent mal tourner, et il faut le garder à l’esprit. Mais nous n’avons pas à décider à leur place. Les femmes de ces sociétés s’organisent entre elles, y compris par-delà les régimes et les frontières.Voir par exemple .le message des Iraniennes aux Tunisiennes. L’espoir, c’est là que je le vois. À nous de les soutenir.

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