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Politique Archives N°44
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Les pieux du stade

KAUFER Irène

«Eh bien tout le monde a l’air bien en colère ce soir. — Oui, c’est à cause d’Artemis! Tu connais, Artemis? — Si je me souviens bien, c’est une déesse grecque, soeur d’Apollon, réputée pour être chaste et vierge… C’est ça qui vous met en rogne…? — Exactement! Le nom d’une déesse chaste et vierge, ce n’est pas un choix judicieux, ça, pour baptiser le tout nouveau et plus grand Eros center d’Allemagne, construit à l’occasion de la Coupe du Monde de foot en juin prochain? À trois stations de métro du stade olympique de Berlin, 3 000 m2 sur quatre étages, capable d’accueillir 650 clients à la fois, le méga-complexe du sexe, pour permettre aux supporters de fêter la victoire, ou de se consoler de la défaite… — Les pieux du stade, en quelque sorte! — Et ça, ce n’est que pour Berlin. D’autres villes qui accueilleront la compétition, comme Cologne ou Dortmund, se contenteront de sortes de «garages à sexe», des espèces de cabanons mis en place par les municipalités, équipés de sanitaires, de distributeurs de préservatifs et d’un bouton d’alarme en cas de danger. Un vrai service public! — Ce n’est pas une première : déjà, les Jeux olympiques d’Athènes avaient provoqué un «afflux» de sportives d’un genre très spécial. Interpol admet d’ailleurs qu’«au moment des grands événements sportifs, les réseaux de prostitution mettent en place des structures spécifiques» Cité par Le Monde, le 25 février 2006. — C’est peut-être ce qui a manqué à Francorchamps? — … le problème étant, selon Interpol, de faire la part entre prostitution légale et illégale. — C’est vrai qu’en Allemagne, l’«industrie du sexe», proxénétisme compris, est légalisée depuis 2002… Donc officiellement, on ne peut s’opposer qu’à la prostitution «forcée». Quoi que l’on pense de l’existence d’une prostitution «libre», l’hypocrisie consiste à faire croire que l’on pourra recruter, sans faire appel au trafic de femmes, des milliers de «volontaires» pour cette occasion-là ! On cite des chiffres de l’ordre de 30 à 40.000 «postes à pourvoir». Il faudrait mobiliser tous les Onem et toutes les agences d’intérim des pays de l’Est, principaux pourvoyeurs, pour arriver à satisfaire la «demande»! — Dans le genre hypocrite, la municipalité de Berlin a prévu d’imprimer un tract en anglais où figureront dix règles de bonne conduite pour les supporteurs : ne pas trop boire, être propre, et… rester poli. On est rassurées, hein! «Pardon, mademoiselle, je souhaiterais que vous me fassiez une belle passe, si vous n’êtes point victime de trafic, il va de soi…» — Et pourquoi on ne demanderait pas aux joueurs de prendre position contre la prostitution? On en voit bien se mobiliser contre le fléau du racisme… — Oui, mais le racisme empoisonne la vie de certains d’entre eux, tandis que la prostitution… — Des organisations de femmes allemandes De son côté, la Coalition internationale contre la traite des femmes fait circuler une pétition sur Internet pour demander aux 32 équipes participant au Mondial de rendre «publique leur opposition à l’exploitation sexuelle des femmes». À lire et signer sur le site http://catwepetition.ouvaton.org ont essayé de sensibiliser leur équipe nationale, sur le thème «le sexe n’est pas un sport!» Une seule réponse, du gardien Jens Lehmann, et encore, il s’est rétracté depuis! — Attendez, si je me souviens bien, Artemis est aussi représentée armée d’un arc, tuant impitoyablement ceux qui osent l’insulter! Il y en aura des victimes en juin en Allemagne!»

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