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Mohamed Ali, un an après

Henri GOLDMAN

Il y a un an, le 3 juin 2016, Mohamed Ali s’éteignait à l’âge de 74 ans. À l’heure de son décès, il fut immédiatement statufié. « Un des plus précieux héros de notre temps » éditorialisa Le Soir sous la plume de Béatrice Delvaux.

Cette soudaine dévotion ne fut pas une première, puisqu’on y avait déjà eu droit en décembre 2013 à la mort de Nelson Mandela. Il avait pourtant été de ceux qu’on appelait « terroriste ». Mais l’histoire avait tourné en faveur de la cause qu’il défendait. En 1993, son prix Nobel de la paix fut unanimement salué. Dix ans plus tard, tous les grands de ce monde se pressèrent à ses funérailles. Il fut canonisé de son vivant et aseptisé par des torrents de louanges. On ne compte plus les amphithéâtres à son nom et les timbres-poste à son effigie.

L’éditorialiste poursuivait : « Il faut tout redire de Mohamed Ali à ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voir le rejet que les Blancs de tout temps ont infligé aux Noirs, parce que Noirs ». Confortable : l’un comme l’autre vivaient loin d’ici, et nous nous sentons innocents des souffrances qui leur furent infligées. Et pourtant, sous notre nez, plus de cinquante ans après sa mort, la Belgique n’a toujours pas rendu l’hommage qu’il mérite à Patrice Lumumba, « notre » Mandela, héros de l’indépendance congolaise, lui qui a incarné la quête de dignité d’un peuple colonisé par « nous », lui qui n’a jamais porté les armes et qui fut pourtant lâchement assassiné en 1961 avec la complicité de « notre » Sureté. Mais pas une place à son nom, pas un amphi, pas un timbre-poste. C’est trop tôt paraît-il. Les blessures (de qui ?) ne sont pas encore cicatrisées. Recherchons plutôt « des personnalités plus lisses et plus consensuelles »…

Contrairement à Mandela et Lumumba, Mohamed Ali vivait au cœur du prétendu « monde libre ». Il avait rejeté son nom d’esclave. Quand on est discriminé et méprisé, c’est important de retrouver d’abord l’estime de soi-même, et celle-ci passe par la valorisation de ses ressources culturelles propres, de celles que personne ne vous aura imposé de l’extérieur. Mohamed Ali avait choisi le chemin de la dignité : face à celui qui se croît ton maître, te méprise et t’insulte, ne mendie pas tes droits et n’essaie surtout pas de lui ressembler.

« Il faut tout redire de Mohamed Ali à ceux qui subissent l’hypocrisie et les jeux d’intérêt d’un pouvoir qui manipule, aveugle à ses propres manquements ». Face à cette hypocrisie, Ali avait rejeté la religion de ses maîtres en se convertissant à l’islam. Cette religion lui avait redonné sa dignité perdue. Beaucoup parmi nous brandissent la même religion et ses attributs comme un acte de résistance et de fierté au lieu de rester à leur place assignée, de « nous » remercier pour nos bienfaits et de raser les murs, en suivant le chemin d’Ali. À l’heure où des psychopathes se réclamant de l’islam ensanglantent l’Europe, la résistance collective au crime a besoin de citoyen-ne-s debout et respecté-e-s, assumant sans honte leur patrimoine hérité ou choisi. Sur ce coup-là, Béatrice Delvaux avait raison.

rédacteur en chef de « Politique »

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