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Politique Archives N°106
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Un scrutin banal… et inquiétant

Jérôme JAMIN

6 NOVEMBRE 2018 : MIDTERMS AUX STATES

Les élections de mi-mandat ont été décevantes et, à bien des égards, elles affichent une banalité inquiétante. Organisé le 6 novembre 2018 aux États-Unis, ce scrutin est pourtant fondamental ! Non seulement il permet à la population de renouveler l’entièreté du corps législatif à la Chambre et l’équivalent d’un tiers des sièges au Sénat, mais, de surcroît, ce scrutin est le contrepoids majeur, l’outil par excellence
pour permettre à la population de réagir à l’issue des deux premières années du pouvoir à la Maison blanche.
La règle est connue : en général, il y a une sanction ! En soutenant ou non le parti qui détient l’exécutif, en soutenant certains députés plutôt que d’autres, l’électeur a de multiples moyens pour envoyer des signaux à l’occupant de la Maison blanche.
Depuis la Guerre civile, systématiquement, le parti au pouvoir perd sa majorité dans une des deux chambres ou dans les deux au moment des élections de mi-mandat.
Les pertes ne sont jamais énormes mais suffisantes pour imposer un nouveau rapport de forces. Comme pour confirmer la règle, seuls George Walker Bush et Franklin Delano Roosevelt ont échappé à cette tendance. C’était en novembre 2002 pour le premier, un an après les attentats du 11 septembre 2001. Et en novembre 1934 pour le second, pendant la Grande Dépression, au moment où Roosevelt développait un programme économique et social majeur pour remettre le pays sur pied.
Le scrutin de 2018 confirme tout ce qui précède et si, à bien des égards, il est banal, il est aussi foncièrement inquiétant au regard de la personnalité de l’occupant de la Maison blanche. Seuls 32 sièges passent du camp républicain au camp démocrate à la Chambre, alors qu’au Sénat 2 sièges passent du camp démocrate au camp républicain. Cela signifie que, pendant deux longues années, les Démocrates ont
été incapables de répondre au « trumpisme » – appelons-le de cette façon pour qualifier un mélange de racisme, de sexisme, de protectionnisme, d’autoritarisme et de démagogie. Et cela signifie surtout que le parti républicain est devenu le parti de Donald Trump.
Cela présente deux dangers majeurs pour l’avenir de la vie politique américaine.
Avec ce scrutin décevant, et malgré l’arrivée de profils hors-normes, le parti démocrate risque d’être de plus en plus divisé dans la perspective des élections présidentielles (mardi 3 novembre 2020). La vieille garde bourgeoise n’a aucune envie de risquer l’avenir du parti en mobilisant des slogans socialistes, et ceux qui se disent socialistes n’ont pas oublié les manipulations en faveur de Hillary Clinton lors des primaire démocrates de 2016. Les divisions sont fortes entre les individus et au plan idéologique. Il va falloir rassembler…
Du côté républicain, tous ceux qui s’opposaient ouvertement à Donald Trump sont soit à la retraite, soit décédés, soit « minorisés ». Le président peut maintenant consolider un nouveau parti politique avec un programme foncièrement xénophobe, un tournant inédit pour le Grand Old Party, qui est certes un parti conservateur mais qui a toujours marqué ses distances avec le racisme et la xénophobie.
Reste la démographie. Et la sociologie. Les jeunes, les femmes et les minorités jouent contre l’électorat de Donald Trump : des hommes blancs en colère, parfois au chômage. Mais si rien ne garantit que les premiers se mobiliseront à l’avenir, il sera facile pour le Président de rappeler à ses supporters que sans lui, « ils vont
disparaître » !

Jérôme JAMIN

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