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Politique Archives N°91
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Allocation universelle (2)

Mateo ALALUF

Déjà, au début des années 1980, Philippe Defeyt avec Philippe Van Parijs et Paul-Marie Boulanger préconisait l’instauration d’une allocation universelle pour répondre « au chômage technologique massif » et au déclin inéluctable du salariat. Interrogé à présent, 35 ans plus tard, dans le cadre d’un dossier du quotidien Le Soir (22/7/2015), intitulé « Le salariat se porte bien mieux qu’on ne le pense », Philippe Defeyt reprend son vieux bâton de pèlerin et propose comme remède, non pas à la disparition ou au recul mais cette fois à l’expansion du salariat, la même vieille solution. Face à l’augmentation continue du nombre d’emplois salariés, Philippe Defeyt, « pour quatre raisons essentielles » nous dit-il, propose toujours l’allocation universelle, c’est-à-dire l’octroi, sans condition, d’un revenu de base aux riches comme aux pauvres. Énumérons ces quatre raisons. 1. « La complexification et l’illisibilité des mécanismes de redistribution » : à moins de supprimer tout le système de protection sociale par un revenu de base, ce qui serait une régression sociale sans précédent, on ne voit pas bien en quoi l’ajout d’une allocation universelle à un système existant simplifierait et améliorerait la lisibilité du système existant. 2. « L’évolution des formes de cohabitation » : le remède nous paraît résider dans la lutte menée, en particulier par le mouvement féministe, pour l’individualisation de la sécurité sociale. L’octroi d’un revenu inconditionnel serait en effet une allocation à la femme au foyer. En France, Christine Boutin, égérie de la famille traditionnelle (papa travaille et maman s’occupe du ménage et des enfants) qui mena le combat contre la cohabitation légale et le mariage homosexuel, a fait du revenu de base inconditionnel son cheval de bataille. 3. « L’immense besoin de nombreuses personnes de faire des activités qui les intéressent vraiment » : le montant d’un revenu de base financièrement neutre ou acceptable serait par définition insuffisant et nécessiterait l’exercice en complément de petits boulots. La conséquence en serait l’explosion du travail à temps partiel et l’institutionnalisation de la précarité. Ne faudrait-il pas plutôt revendiquer une diminution collective du temps de travail ? 4. « L’impact globalement négatif des progrès technologiques à venir sur le volume de l’emploi (mesuré en heures) » : Contrairement aux prévisions d’il y a 35 ans à l’origine de la proposition d’allocation universelle, l’emploi n’a pas diminué mais augmenté. De plus, par rapport au début du siècle passé, occuper à présent un emploi à temps plein correspond à une diminution de moitié du temps de travail, une augmentation considérable de revenu et une amélioration des conditions de travail. L’instauration d’un système d’allocation universelle s’inscrit au contraire dans la logique du nouveau régime du capitalisme financiarisé qui vise à briser cette évolution séculaire. Ne serait-il pas plus utile et plus mobilisateur de ne pas laisser filer notre système de protection sociale en butte aux attaques des politiques austéritaires ? La solution devrait alors être recherchée plutôt dans l’augmentation des minima sociaux et la réduction collective du temps de travail de manière à permettre à tous de travailler moins et de travailler mieux.

Sociologue

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