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Politique Archives N°47
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Bahar Kimyongür, prisonnier d’opinion

Rédaction

En fait de lois «antiterroristes», la Belgique, c’est de plus en plus manifeste, s’est surtout dotée de lois liberticides. Car le code pénal contient tout ce qui est nécessaire pour réprimer la criminalité, y compris quand celle-ci a pour but de répandre la terreur : quelle est alors l’utilité d’une législation spécifique ? Et cette législation est-elle acceptable si elle autorise des abus d’une gravité particulièrement préoccupante ? Il est ainsi un jeune citoyen belge qui a pour nom Bahar Kimyongür et que la cour d’appel de Gand a condamné il y a peu à cinq ans de prison ferme. Qu’a-y-il fait pour mériter cela ? A-t-il assassiné, préparé un attentat ? A-t-il eu l’intention seulement de commettre un acte justifiant, dans le droit pré-anti-terroriste, une répression pénale ? Absolument pas. Ce que les juges, en première instance puis en appel, ont reproché à Kimyongür, c’est d’avoir exprimé des sympathies pour un mouvement révolutionnaire turc Le DHKP-C, dont il s’avère ardu de s’étendre sur la qualification en quelques lignes à peine, ce qui n’est par ailleurs pas l’objet de ce texte , qualifié d’«organisation terroriste» par l’État turc et à sa suite par l’Union européenne. Comment s’est manifestée cette adhésion, selon les juges ? Notamment en traduisant des communiqués émanant de ce mouvement ou en interrompant par des protestations l’exposé d’un ministre turc en visite à Bruxelles. Il était dans les deux cas question de la situation des détenus dans les prisons turques, prisons dont on sait par ailleurs le gigantesque scandale qu’elles constituent. Ce verdict paraitrait grotesque s’il n’était véritablement tragique pour les victimes de cet acharnement. L’atteinte à la liberté d’expression est évidente; la création d’un véritable «délit d’association» pour le moins préoccupante, puisqu’il devient à présent possible d’imputer à une personne la responsabilité d’actes dans lesquels elle n’a pas eu la moindre implication. On est tenté de se demander ce qui serait arrivé à M. Kimyongür s’il avait été l’opposant d’un régime qui, à la différence de la Turquie, ne représente pas un enjeu diplomatique pour la Belgique ? Probablement aurait-il été considéré comme un démocrate, simplement. C’est bien dans cette différence de traitement que réside tout l’inacceptable de la notion de «terrorisme», notion foncièrement politique comme le dit Julien Pieret, administrateur de la ligue des droits de l’homme : «Est terroriste celui que le pouvoir qualifie comme tel». Ni plus ni moins. Il y a là le fondement d’un état d’exception, dont on aimerait que les gouvernants de ce pays prennent la mesure des dangers sans plus tarder désormais.

Mots-clés : JusticeTerrorisme

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