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Politique Archives N°91
Archives

Qu’est-ce qu ’un taliban modéré ?

Jérôme JAMIN

Un taliban avec qui on peut collaborer d’après certains stratèges, sans doute aussi un taliban qui lapide dans le strict respect des droits humains… La question est sérieuse parce que l’idée même qu’un taliban puisse être modéré rappelle à quel point les interventions en Irak et en Afghanistan ne sont pas animées par la conquête des droits de l’Homme mais par d’autres enjeux. Elle est même très sérieuse car elle fait écho au discrédit qui accompagne les hauts responsables politiques lorsqu’ils justifient leurs décisions au nom des valeurs démocratiques. Après le 11 septembre 2001, les États-Unis et de nombreux pays européens (dont la France et la Belgique) ont justifié un certain nombre d’interventions militaires en Afghanistan, en Irak et dans bien d’autres pays au nom des droits de l’Homme et de la lutte contre la barbarie. S’ils n’ont pas tous envoyé des bombes, ils ont au moins apporté un appui logistique, une ouverture de leurs espaces aériens, l’accès à leurs ports pour transporter du matériel, notamment à Anvers… Aujourd’hui, le bilan est désastreux et il faut comprendre qu’une partie grandissante de la population ne croit plus à ces explications, notamment les jeunes. Au commencement était le camp de Guantanamo, une image tellement forte à l’échelle internationale que les soldats de l’État islamique continuent aujourd’hui, 14 ans plus tard, à rappeler son existence en imposant une tenue orange aux gens qu’ils décapitent. Guantanamo, mais aussi les prisons secrètes de la CIA pour pratiquer la torture sans risquer de poursuites, la sous-traitance de la torture via des dictatures alliées, et surtout les transferts de prisonniers sur le sol européen vers ces lieux secrets et illégaux. Puis vinrent les images de cadavres monstrueusement torturés dans la prison américaine d’Abou Ghraib à Bagdad et les témoignages de torture dans la prison située au cœur de la base militaire de Bagram en Afghanistan, point de chute de la coalition (États-Unis, France, Belgique…). À l’époque, les guerres en Irak et en Afghanistan se justifiaient au nom de la sécurité nationale contre la barbarie, et naturellement les Belges et les Français devaient participer à cet effort. Aujourd’hui, le bilan est sans appel ! C’est précisément parce que certains pays ont participé à ces opérations que leur sécurité nationale est mise en cause. Il faut maintenant se protéger contre des « jeunes radicalisés » issus de nos quartiers, mais passés dans le camp d’État islamique directement sur place via la Turquie ou à distance via Internet. Et c’est toujours au nom des droits de l’Homme qu’il faut agir et envoyer des F-16. Soit parce que l’État islamique menace la liberté d’expression (massacre de Charlie) soit parce qu’il pratique la torture, la crucifixion, l’amputation, les coups de fouet, la décapitation, la lapidation et autres actes de barbarie. Autant de pratiques inspirées des châtiments en vigueur dans une théocratie proche, l’Arabie saoudite, un pays allié de la Belgique et de la France où le roi Salmane a passé précisément ses vacances (à Vallauris dans les Alpes-Maritimes). L’argument des droits de l’Homme ne tient plus et les contradictions se multiplient : pour des raisons d’emploi et d’économie, on en vient à saluer la Tunisie qui rétablit l’État d’urgence pour s’assurer que les touristes européens vont revenir sur ses plages désormais sécurisées après le massacre de Sousse. L’État d’urgence, c’est l’État policier, les arrestations arbitraires, le contrôle de la presse, des droits décuplés pour la police, l’armée, les juges… Pour des raisons de sécurité nationale, les députés français votent un super Patriot Act en un temps record, à l’image de ce qu’ont fait les membres du Congrès en 2001. Pour des raisons d’échange de données entre alliés, on ferme les yeux sur les violations quotidiennes et massives de la vie privée des gens par la NSA. L’État islamique est le fruit direct, incontestable, caractérisé et évident d’une politique occidentale au Moyen-Orient désordonnée et totalement indépendante de la question des droits de l’Homme ou de l’avancement de la démocratie. Faire croire qu’il est question de valeurs ou de civilisations, c’est tromper les gens qui ne sont heureusement pas dupes, mais qui hélas deviennent cyniques.

Mots-clés : Démocratie

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