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Politique Hors-série N°16
Hors-série

[Belgique] Une aventure collective pour sauver des emplois

Rédaction

La Solidarité coopérative des métallurgistes franchimontois (Socomef) est née des cendres d’une vieille forge spécialisée dans la fabrication de brûleurs à mazout commercialisés en Belgique et en France. Quelques ouvriers et syndicalistes ont refusé de baisser les bras et entrepris de reprendre l’activité.

Rue des Déportés à Verviers, en plein cœur de la région liégeoise. C’est ici que se trouve le siège de la Solidarité coopérative des métallurgistes franchimontois (Socomef), entreprise sociale qui produit des brûleurs à mazout. À l’intérieur du bâtiment, quelques employés s’affairent autour des machines qui, elles, tournent au ralenti. Effet de la crise de 2008, la production a baissé et le chômage technique est de plus en plus fréquent. Mais l’aventure continue et la Socomef va bientôt fêter ses trente ans d’existence.

Les ouvriers deviennent patrons

C’est en effet en 1981, quand la société Platinerie Thomson qui les employait passe en liquidation et décide d’un licenciement collectif, qu’une dizaine de travailleurs, avec l’appui de leur syndicat, décident de négocier la reprise des activités de l’entreprise. « Cela a pris du temps pour trouver l’argent nécessaire à la reprise. Les banques et les organismes financiers étaient hésitants, car ils trouvaient l’aventure un peu hasardeuse et risquée », se rappelle un des négociateurs, Marcel Bartholomi, aujourd’hui président du Comité de gestion de la coopérative, entre autres fonctions, et toujours actif dans le mouvement syndical régional. Les obstacles rencontrés dès l’élaboration du projet et le montage financier n’ont en rien entamé la volonté des travailleurs, déterminés à sauver leur entreprise. « Le problème, c’était avant tout la création d’une structure, d’un cadre de production, mais pas la production en elle-même. Un carnet de commandes existait et les ouvriers étaient impatients de se mettre au travail pour honorer celles-ci », poursuit Marcel Bartholomi. Avec le soutien de sympathisants, l’engagement de quatre anciens ouvriers devenus coopérateurs et un emprunt bancaire garanti par un fonds social, le département « brûleurs à mazout » reprend ses activités. Très vite après la reprise de la production, l’entreprise retrouve son équilibre et entreprend même de diversifier sa clientèle et sa production. C’est ainsi qu’elle se lance dans la reprise, en 1989, d’une société en faillite à Pepinster, la Tôlerie soudure industrielle (TSI), avec à la clé, l’engagement de six ouvriers pour assurer ce département. C’est finalement quinze ouvriers qui vont faire tourner les machines et assurer l’expansion économique de l’entreprise, dans les nouveaux locaux situés à Verviers, acquis par la Socomef en 1990. La gestion de la coopérative ouvrière de production est collective et les travailleurs-coopérateurs partagent les tâches et les responsabilités. Absence de hiérarchie et travail en équipe sont le fondement de l’entreprise.

Un travailleur, une voix

Depuis le début de l’aventure, la Socomef s’est toujours inscrite dans la philosophie de l’économie sociale, privilégiant le développement des relations sociales et la bonne gestion des ressources humaines. En tant que société coopérative, elle s’est pliée aux règles démocratiques qui imposent le principe « un homme, une voix ». « Que l’on ait une action ou bien dix mille, on ne dispose que d’une voix quand il faut voter une résolution au sein de l’entreprise », précise Marcel Bartholomi, pour qui ce principe est essentiel pour se distinguer des sociétés anonymes classiques. Et M. Bartholomi de rappeler les principes définis par le Conseil wallon de l’économie sociale auxquels adhèrent les sociétés ouvrières de production : la finalité de services aux membres ou à la collectivité plutôt que de profit, l’autonomie de gestion, le processus de décision démocratique et la primauté des personnes sur le capital.

Vers la fin de l’aventure ?

Trente ans après, la Socomef survit, les satisfactions sont multiples et la fierté toute légitime. Mais les doutes et les préoccupations ne manquent pas. Il perce une certaine lassitude dans la voix de notre interlocuteur quand il dresse le bilan et évoque l’avenir. Car tous les porteurs du projet et qui l’ont soutenu à bout de bras sont à la veille de la retraite, s’ils ne sont pas déjà pensionnés. Et la relève n’est pas assurée. « Quand je repense au parcours, je ne peux m’empêcher de penser que nous avons négligé la préparation de la relève. L’équipe est vieillissante, il n’y a pas beaucoup de jeunes formés et prêts à l’embauche », regrette Marcel Bartholomi, qui ajoute qu’en Wallonie, il manque cruellement d’ouvriers qualifiés. « Nous n’avons pas non plus réussi à nous adapter à l’évolution technologique », ajoute-t-il. Selon lui, l’entreprise est capable de maintenir sa production mais c’est la diversification qui pose problème. « Elle n’est pas évidente et la reconversion apparaît difficile malgré l’exploration de certaines pistes. Notamment la collaboration avec le Laboratoire de thermodynamique de l’Université de Liège et les expériences sur le maïs ou le colza », révèle M. Bartholomi. Socomef a même installé un petit laboratoire dans ses locaux, afin de réfléchir sur les combustibles comme le jatropha. La coopérative a fait des recherches pour élargir ses débouchés, vers l’Afrique notamment mais les expériences n’ont pas été fructueuses jusqu’ici. La crise de 2008 a sapé le moral de l’entreprise et des travailleurs. Elle a en effet provoqué un repli du carnet de commandes, ce qui affecte naturellement la production, avec comme conséquence regrettable, un chômage économique important. Pour le personnel ouvrier, cela se traduit par quatre semaines de chômage pour une semaine de travail obligatoire. Situation difficile même s’il n’y a eu aucun licenciement. À l’heure du bilan, l’équipe dirigeante de la coopérative réfléchit à d’autres alternatives. Mais sans une aide ou un appui des pouvoirs publics en faveur des coopératives et des travailleurs, difficile de s’en sortir, selon M. Bartholomi. Il faudrait selon lui, une intervention d’un fonds d’aide aux coopératives ouvrières de production.

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