Société
2025-2026 : journal de bord d’une année de lutte à l’école
21.10.2026
Ces dernières semaines ont été marquées par une mobilisation sans précédent de la jeunesse en Belgique. Si le lien avec le mouvement lycéen en France est indéniable, la présence des élèves dans les rues et le blocage des écoles ne sont pas nouveaux et s’inscrivent dans un mouvement qui touche l’ensemble de l’école depuis plus d’un an. En effet, l’année dernière, le secteur de l’enseignement a mené une lutte d’une ampleur inédite depuis des décennies. Face aux mesures du désormais célèbre « Décret Programme II », prévoyant notamment l’augmentation de 10% de la charge de travail des enseignant·es du secondaire, la réduction des budgets alloués à la gratuité dans le primaire, et l’augmentation du minerval pour les étudiant·es du supérieur, de fortes mobilisations ont eu lieu sur tout le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
À l’heure où démarre une nouvelle année scolaire, retour sur cette séquence à travers le récit d’enseignant·es bruxellois·es qui étaient sur le terrain et s’y sont battu·es, notamment à partir du collectif École en lutte.
Ce récit de terrain n’a pas pour objectif d’analyser les réformes à l’origine de cette colère, mais de raconter une année de mobilisation historique, de comprendre comment elle s’est construite sur le terrain ainsi que d’en esquisser les ingrédients et ressorts. Se rappeler de cette année historique de lutte pour le droit à l’enseignement, et recenser des retours de terrain. Retour sur cette année historique de lutte pour le droit à l’enseignement.
Automne : les mesures tombent. De la sidération à la réaction
Vendredi 10 octobre, le gouvernement Degryse-Glatigny annonce des mesures d’économies dans les médias. Celles-ci s’inspirent librement d’un rapport d’expert·es commandé par le gouvernement, pour identifier la trajectoire budgétaire à suivre d’ici 2029. Une grande partie des mesures d’économies vise le secteur de l’enseignement. Pour beaucoup d’enseignant·es, ces mesures sont une gifle. Elles viennent s’ajouter à un malaise profond et préexistant. Depuis des années, nos conditions de travail se détériorent, les réformes s’enchaînent, les bâtiments se dégradent, l’âge du départ à la pension recule et la qualité de l’enseignement est mise à mal. La colère qui nous prend aux tripes ne naît donc pas de cette annonce. Elle est déjà bien là, et depuis plusieurs années, les profs se mobilisent pour l’exprimer. Le début de l’année 2025 avait déjà été ponctué de plusieurs dates clés de mobilisations, parmi lesquelles la manifestation du 27 janvier à Bruxelles contre les principes de la nouvelle Déclaration Politique Communautaire. Certainement impressionnante, de par les 35 000 personnes qu’elle a réunies et par l’expression d’un niveau de tension rarement vu dans une manifestation du secteur, notamment devant les bâtiments du Mouvement Réformateur (MR), dont la ministre Glatigny est la mandataire.
La colère qui nous prend aux tripes ne naît pas de cette annonce de mesures d’économies, elle est là depuis des années.
La réaction à l’annonce des mesures est rapide. Elle se joint, dans un premier temps, à la manifestation nationale contre les mesures d’austérité de l’Arizona du 14 octobre qui réunit 140 000 personnes dans les rues de Bruxelles. Nous sommes nombreux et nombreuses à y participer et à exprimer notre colère contre le gouvernement qui s’attaque de front à nos pensions – mais aussi au reste des travailleurs et travailleuses du public, du privé, à la jeunesse…
C’est dans un deuxième temps, quelques semaines après, que s’organise spécifiquement le secteur de l’enseignement. Le 10 novembre, le front commun syndical enseignant appelle à des rassemblements partout en Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans la capitale, le rendez-vous est donné à 10h devant les bureaux de la FWB, place Surlet de Chokier. Ce matin-là, la place se remplit vite d’équipes enseignantes, de pancartes inventives et de slogans incisifs. En fin de rassemblement, un groupe hétéroclite de profs, délégués syndicaux, élèves, militant·es sympathisant·es et de passant·es se retrouve nassé suite à l’intervention d’un dispositif policier anti-émeute. La scène est filmée et diffusée sur les réseaux sociaux et dans la presse, ce qui donne une première visibilité à la mobilisation…et à sa répression.
En fin de rassemblement, un groupe hétéroclite de profs, délégué·es syndicaux, élèves, militant·es sympathisant·es et de passant·es se retrouve nassé suite à l’intervention d’un dispositif policier anti-émeute.
En marge du rassemblement, dans un café à proximité, une assemblée convoquée par École en lutte1 réunit une soixantaine de personnes. Sous l’émotion, nous nous rencontrons, prenons conscience de notre nombre, de notre diversité (plus d’une vingtaine d’écoles et de collectifs différents) et, surtout, de notre désir d’organisation pour une riposte commune. Des liens se créent, des outils de communication sont mis en place et l’idée d’un premier piquet enseignement profs-élèves dans le cadre des jours de grèves de novembre est lancée. L’Institut Arts et métiers – symbole de l’enseignement qualifiant, particulièrement ciblé par les réformes de l’année précédente – est désigné pour accueillir le piquet.
Chacun·e retourne vers son école, nourri·e de cette énergie. Dans les semaines qui suivent, les actions locales se multiplient en Wallonie et à Bruxelles. Les réseaux sociaux sont inondés de photos d’équipes endeuillées par la suppression du poste d’une collègue, de séances de corrections dans l’espace public, de chaînes humaines entre écoles… Malgré les nombreuses divisions qui existent au sein de nos équipes, que ce soit en termes de statuts (nommé/temporaire) ou de degré (inférieur/supérieur), les attaques nous renforcent. Les syndicats2, assez bien implantés dans les écoles – bien que ce soit variable d’une équipe à l’autre, organisent des arrêts de travail pour informer des mesures et mettre en place des actions.
Hiver : le feu crépite. Le temps de l’organisation
Fin novembre, alors que les mesures du futur décret-programme prennent forme, la mobilisation franchit un cap. La date pour le piquet aux Arts et Métiers est fixée au 25 novembre, au cœur des trois jours de grève nationale contre l’Arizona. Des membres d’école en lutte s’auto-organisent pour le piquet enseignement sans aucun soutien logistique extérieur.
Ce matin-là, nous sommes plusieurs centaines de personnes pour entendre ces voix, se donner de la force et de la joie.
Sur place, le micro est donné à des profs, des élèves, des éducateurs et éducatrices, des associations de terrain proches des enfants des quartiers populaires ainsi qu’à des jeunes rappeurs et rappeuses bruxellois·es. Nous sommes plusieurs centaines de personnes présentes ce matin-là pour entendre toutes ces voix, se donner de la force et de la joie. De là, nous rejoignons d’autres piquets à la tour des pensions et sentons que le mouvement prend de l’ampleur.
Après ce succès, l’envie est d’autant plus grande de continuer à se mobiliser et de faire des ponts entre les écoles séparées par des niveaux institutionnels (réseaux, PO – pouvoir organisateur, filières, syndicats…). Certaines écoles organisent des actions marquantes (bulletins vides, cours perturbés, arrêts de travail…) tandis que se développent des groupes inter-écoles par commune, plus ou moins structurés, qui vont mener des actions, souvent devant les maisons communales et parfois donner lieu à des interpellations communales.
Le début de l’année 2026 est marqué par des tensions dans les relations entre les organisations syndicales et les collectifs de terrain.
Alors que le 15 décembre, une manifestation pour la jeunesse rassemble place du Luxembourg environ 7000 travailleurs et travailleuses de l’enseignement, de la culture, de l’aide à la jeunesse et du monde associatif, deux jours plus tard, le vote du budget et du décret programme aura bien lieu et sera avalisé par la majorité MR-Engagés. Ce jour-là, un rassemblement est organisé au Parlement et certain·es profs perturbent la séance plénière pendant que d’autres regardent la retransmission, depuis chez eux, abasourdis. Le budget a été voté, mais la suite de la mobilisation s’organise déjà. Une manifestation est prévue le dimanche 25 janvier dans l’idée de pouvoir élargir la participation aux élèves et aux parents, souvent empêchés de se mobiliser en semaine, et de montrer l’ampleur réelle du mécontentement.
Toutefois, le début de l’année 2026 est marqué par des tensions dans les relations entre les organisations syndicales et les collectifs de terrain. L’exclusion d’une membre active d’École en lutte, également déléguée syndicale depuis une dizaine d’années, de la CGSP Enseignement Bruxelles, au prétexte d’une incompatibilité dans cette double appartenance en est l’illustration3. Notre incompréhension est d’autant plus grande que, sur le terrain, nous avons constaté jusque-là une certaine complémentarité entre organisations syndicales (dotées d’une grande capacité d’initiative et de coordination avec le reste de la FWB et des autres secteurs) et les collectifs militants de terrain (dotés de forces vives, capacité de mobilisation, réseaux militants, spontanéité…). À l’échelle des écoles, les semaines qui viennent sont marquées par des difficultés croissantes à organiser des arrêts de travail étant donné que les directions syndicales souhaitent dorénavant que les arrêts de travail reposent sur des motifs « strictement syndicaux ».
Au creux de l’hiver, nous nous sentons un peu seul·es et affaibli·es en marchant depuis la gare du Nord. Assiste-t-on à la fin de la mobilisation ?
La manifestation du dimanche 25 janvier à Bruxelles n’aura réuni que 8000 personnes, ce qui provoque de la déception. Au vote du budget au Parlement et à la tension avec les syndicats, s’ajoute maintenant le ralentissement de la mobilisation. Au creux de l’hiver, nous nous sentons un peu seul·es et affaibli·es en marchant depuis la gare du Nord. Assiste-t-on à la fin de la mobilisation ?
Printemps : Les floraisons. Le mouvement se massifie.
C’est tout le contraire qui se produit au printemps où, de manière assez surprenante, plusieurs dynamiques conjointes vont donner une toute autre dimension à la mobilisation.
L’hibernation a donné le temps à l’autoformation, à l’analyse des mesures et de la vision politique qu’elles sous-tendent. Ce travail se fait aussi bien collectivement, en assemblée, que de manière spontanée et individuelle, et est ensuite partagé sur les groupes de discussions privés ou les réseaux sociaux. École en lutte y contribue, notamment via l’organisation d’une conférence au sujet de la dette publique de la FWB avec Aline Farès au cinéma Nova à Bruxelles. Co-organisée avec le Groupe 31 mars qui regroupe des travailleurs et travailleuses de la culture, cette conférence permet de revenir sur l’origine de la dette et de déconstruire les discours idéologiques autour de l’austérité.
Aux quatre coins de la FWB, les enseignant·es se mettent à compter leurs heures, à raconter la complexité du travail, développent progressivement une compréhension fine de leur situation et donnent une grande visibilité à la partie invisible et parfois gratuite de celui-ci.
Ce temps d’auto-défense intellectuelle est également marqué par l’élaboration d’une forme d’enquête collective sur nos propres conditions de travail. Aux quatre coins de la FWB, les enseignant·es se mettent à compter leurs heures, à raconter la complexité du travail, développent progressivement une compréhension fine de leur situation et donnent une grande visibilité à la partie invisible et parfois gratuite de celui-ci (préparations, corrections, administratif, organisations de voyages etc.). Cette conscience politique se déploie aussi dans les salles des profs et constitue le terreau qui permettra d’amplifier la mobilisation.
Face au mépris et à la fermeture du dialogue du gouvernement, la détermination ne fait qu’augmenter. C’est le moment où Mars Attacks entre en jeu ! Pendant plusieurs semaines le projet s’organise autour de l’institut Ma Campagne qui tente de réunir une dizaine d’écoles afin de lancer une dynamique collective, d’assumer la « désobéissance » et de lui donner une visibilité médiatique. Le but est de créer l’effet boule de neige tant attendu par tous et toutes, et d’élever le niveau du rapport de force.
Le 20 mars a lieu la première conférence de presse qui revient sur la violence des mesures et annonce les intentions du mouvement. Sur le fond, il demande le retrait complet des mesures du Décret-programme II. Sur la forme, il présente certaines des actions envisagées sur la table, comme le boycott de 10% de la charge horaire et des journées pédagogiques ou encore des remises de résultats du CESS et du CE1D à la FWB. L’opération Mars Attacks n’est pas une action syndicale, mais sera soutenue dès le départ par la CSC et par de nombreuses directions. En 10 jours, le mouvement est rejoint par une centaine d’écoles, pour arriver quelques mois plus tard à environ 350 établissements et académies, et un tiers des écoles secondaires de la FWB. Le mouvement réussit très vite à rassembler les réalités disparates des enseignant·es (réseaux, niveau, filière, géographie) et à leur laisser une autonomie d’organisation, centrée sur l’action directe. C’est un changement majeur dans l’organisation des luttes enseignantes qui sont généralement séparées par ces mêmes réseaux, filières, niveaux et affiliations syndicales variées. Le mouvement arrive également à atteindre l’opinion publique grâce à un style propre qui se démarque par son inventivité et son humour.
En 10 jours, le mouvement est rejoint par une centaine d’écoles, pour arriver quelques mois plus tard à environ 350 établissements et académies, et un tiers des écoles secondaires de la FWB.
En parallèle, à l’échelle bruxelloise, École en lutte participe à la création de l’Assemblée Générale interprofessionnelle qui cherche à coordonner les différents collectifs en lutte et en auto-organisation : Pompiers en Lutte, le groupe 31 mars, Bloc obstétrique de Saint-Pierre, l’AG du PMS, Santé en Lutte, Assos en Lutte et Commune Colère. La première assemblée a lieu le 3 mars, réunit plus de 80 personnes et permet la constitution d’un bloc commun pour la manifestation nationale du 12 mai contre le gouvernement Arizona.
C’est donc à partir du printemps qu’on se sent réellement pris dans une vague de mobilisations. De nouveaux acteurs rejoignent la lutte et les ponts se construisent à différentes échelles. Parents Attacks et Students Attacks se créent. Tous les corps des écoles luttent ensemble sous une même bannière. De leurs côtés, les élèves et profs des écoles supérieures d’arts commencent à s’organiser. Les parlementaires de l’opposition s’emparent du sujet et relaient les débats des commissions parlementaires. De nombreuses cartes blanches continuent d’être publiées dans la presse. Le refus des mesures de la FWB occupe la rue, la toile et le débat public.
Été : le point de bascule, l’embrasement
Après la manifestation contre l’Arizona du 12 mai, un mouvement de grève et de piquets démarre à Liège. Le 18 mai, le préavis est étendu à toute la FWB. En front commun syndical, la « Révolution des craies » est lancée : les façades et abords des écoles se couvrent de messages de colère et d’espoir. À Bruxelles, grèves, piquets et actions se multiplient. Beaucoup d’entre nous ont le sentiment qu’il s’agit de la dernière ligne droite et qu’il faut tout donner. Toutefois dans l’après-midi du 22 mai, jour de rassemblement devant le Parlement et après une semaine marquée par la tenue d’une dizaine de piquets, nous apprenons le report du vote aux environs du 10 juin grâce aux amendements de l’opposition. Nous le vivons comme une première victoire. Le mouvement reprend de plus belle et le préavis est prolongé jusqu’au 10 juillet.
Le 1er juin, nous organisons une assemblée générale de grève qui réunit plus d’une centaine de personnes issues d’une soixantaine d’écoles : des élèves, des collectifs de jeunesse et des militant·es liégeois·es nous rejoignent pour partager leurs expériences.
Dans ce contexte, École en lutte est de plus en plus sollicité. Le 1er juin, nous organisons une assemblée générale de grève qui réunit plus d’une centaine de personnes issues d’une soixantaine d’écoles. Des élèves, des collectifs de jeunesse et des militant·es liégeois·es nous rejoignent pour partager leurs expériences. Nous échangeons des informations sur nos droits, discutons de stratégies et cartographions les écoles mobilisées. Cette assemblée marque aussi l’entrée en scène des élèves. Dans plusieurs écoles, à pédagogie active notamment, ils et elles se sont organisé·es dès l’hiver aux côtés de leurs enseignant·es pour soutenir les fermetures d’établissements les jours de mobilisation, parfois avec l’appui de leurs directions. Beaucoup militent déjà au sein de structures comme le Comité de la Jeunesse Indépendante, actif depuis plusieurs années à Bruxelles. Ce jour-là, des élèves d’autres établissements, souvent plus traditionnels et implantés dans des quartiers populaires, rejoignent également l’assemblée pour venir chercher des informations, des contacts et des idées afin d’organiser des piquets dans leurs écoles. Plusieurs racontent la difficulté de se mobiliser lorsque les équipes sont dispersées ou soumises à de fortes pressions de leur direction.
Mais, dans la nuit du 2 au 3 juin, la majorité décide d’avancer le vote au 4 juin. Cette décision est prise sans respecter le délai légal de 84h entre l’approbation du rapport d’un texte en commission et son vote final en séance plénière. L’annonce fait l’effet d’une bombe.
Le 4 juin 2026 : la journée de l’embrasement.
Le 4 juin, jour du vote, plusieurs milliers de personnes convergent vers le parlement de la FWB et se retrouvent à la rue des Colonies, alors qu’à quelques mètres de là, le décret passe en force. Des cortèges de profs, d’élèves partis des quatre coins de la ville se rejoignent tandis que de nombreux profs venus de Wallonie pour les rejoindre seront empêché·es de descendre des trains à la gare centrale. Les manifestant·es se heurtent à un impressionnant dispositif policier, qui bloque tout accès depuis les rues adjacentes. Canons à eau, coups de matraque, nasses et arrestations arbitraires marquent durablement cette journée. Malgré cela, la foule reste présente pendant des heures, dans une atmosphère mêlant colère, détermination et émotion collective. Tard dans la nuit, le décret est finalement adopté.
Une manifestation s’organise pour dénoncer les violences policières contre les jeunes, le lundi 8 juin : des milliers de personnes d’horizon très différents prendront part à ce rendez-vous qui symbolise le niveau élevé de convergences que nous avons réussi à nouer.
Portés par la mobilisation massive, face au mépris du gouvernement envers le mouvement initié par leurs professeurs, et aux violences policières racistes et classistes qu’ils et elles ont subies ou dont ils ont été témoins le 4 juin, jour du vote, les élèves vont s’emparer du mouvement et prendre la relève. Dès le lendemain, alors que nous revenons éreinté·es et choqué·es au travail, les élèves poursuivent les piquets initiés la veille, et se donnent rendez-vous gare centrale pour contester le vote. Tout au long du week-end, la mobilisation continuera et subira une répression policière intransigeante. Ce ne sont plus simplement des élèves, c’est la jeunesse qui se lève. Dans ce contexte, École en Lutte et Mars Attacks organisent avec une série de collectifs de la société civile, une manifestation pour dénoncer les violences policières contre les jeunes, le lundi 8 juin. Des milliers de personnes d’horizon très différents, notamment de la justice, prendront part à ce rendez-vous Place Poelaert, qui symbolise plus que tout le niveau élevé de convergences que nous avons réussi à nouer.
Une nouvelle assemblée générale de grève aura également lieu le lendemain. Toujours autant de personnes qu’à la dernière y assistent. Les discussions portent notamment sur les épreuves externes (CESS et le CE1D) et sur la stratégie à mettre en place : grève ou boycott ? Suite à cela, une dynamique de piquets tournants se met en place qui permet aux enseignant·es, élèves, parents et militant·es sympathisant·es de se relayer et de se coordonner. Les épreuves internes et externes seront largement perturbées et iront jusqu’à être annulées dans plusieurs écoles. Au total, une centaine de piquets dans une quarantaine d’écoles auront lieu à Bruxelles au cours de ce début d’été caniculaire.
Épilogue : le combat continue !
À l’heure d’écrire ces lignes, la rentrée 2026-2027 s’annonce déjà combative. Une manifestation le 10 septembre a réuni 13 000 personnes à Liège où de nombreux blocages menés par des enseignant·es ont déjà eu lieu depuis la rentrée. Un mois plus tard à Bruxelles, le 9 octobre, 50 000 personnes sont dans la rue contre l’Arizona, et parmi eux, de nombreux élèves ayant participé à des blocages aux quatre coins de la FWB les semaines précédentes. En parallèle, Glatigny annonce de nouvelles mesures qui entérinent le tronc commun.
Malgré cela, nous ne savons pas encore la tournure que va prendre la suite du mouvement. De nombreuses questions restent en suspens : Quelle est la pérennité de Mars Attacks et des collectifs militants ? Comment les liens entre les syndicats et ceux-ci vont-ils évoluer ? La mobilisation de la jeunesse va-t-elle perdurer ? Comment Liège va-t-elle pouvoir insuffler sa vigueur aux autres régions ?
L’un des principaux enseignements de cette année est l’importance de l’articulation entre différentes échelles de mobilisation : celle de l’école, des collectifs militants de terrain comme École en Lutte, des réseaux plus larges comme Mars Attacks et celle des organisations syndicales. Aucune de ces dimensions n’aurait suffi à elle seule. Ensemble, elles ont permis à des acteurs très différents de se rencontrer, de se reconnaître des intérêts communs et de découvrir leur capacité à construire un réel rapport de force dans un secteur habituellement fragmenté. Le décret a certes été voté, mais il ne peut pas nous enlever la confiance que nous avons acquise.