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Législatives : ralliements, reniements et divisions

Hugues Le Paige

Tous les éléments de la Saga Macron sont connus et ils ont été ressassés jusqu’à l’épuisement depuis le verdict du 7 mai. On n’y reviendra donc pas. On connaît les chiffres et on retiendra seulement, ici, qu’un tiers des Français ont refusé de se prononcer, qu’un quart d’entre eux seulement ont accordé un vote d’adhésion au projet d’Emmanuel Macron et que, selon un sondage publié le soir même du 2e tour, 61 % des Français ne souhaitent pas qu’il dispose d’une majorité absolue. Ces réserves ou ce rejet à l’égard du président élu donnent un caractère inédit à la bataille des législatives qui n’aura jamais été aussi importante dans l’histoire de la Ve République.

Majorité présidentielle absolue (peu probable), cohabitation (avec qui ?), coalition (qui constituerait un autre bouleversement de la vie politique français) : tous les scenarii sont envisageables. Les premiers sondages laissent tout ouvert :  La République en marche (Macron) est donnée entre 22 et 26 %, LR-UDI, tout comme le FN, entre 20 et 22, La France Insoumise entre 13 et 16, le PS (Hamon ?) entre 8 et 9, et EELV entre 3 et 3,5. Tout est possible avec un record potentiel de triangulaires et même de quadrangulaires au second tour [1] et dont l’issue est totalement imprévisible.

L’attraction Macron : après le PS, la droite

Après avoir fait exploser le PS (avec le concours de Mélenchon), Macron dispose dans l’immédiat d’une pièce maîtresse pour approfondir les divisions chez Les Républicains. S’il nomme un Premier ministre issu de la droite ou du centre droit, comme on lui en prête l’intention, ce sera l’hémorragie dans ce camp-là. Et François Baroin aura bien du mal à maintenir ses troupes et à mener sa campagne d’opposition dure. La tactique présidentielle est d’autant plus vraisemblable qu’En Marche est déjà servi en ralliés issus du PS. Et il n’est même pas certain que Manuel Valls qui s’est autoproclamé candidat de la majorité présidentielle en sera. Chez Macron, on se méfie comme de la peste de celui que ses ex-camarades socialistes affublent du double patronyme de Brutus et Judas et l’éventuelle candidature de l’ancien premier ministre est renvoyée aux instances du mouvement.

Chez les socialistes, c’est la débandade annoncée et dont Valls a précipité le calendrier. Le parti est déchiré en trois groupes. Les vallsistes candidats au ralliement à la majorité présidentielle, les partisans de Benoît Hamon qui se situent, eux, clairement dans l’opposition et, entre les deux, des « ni-ni » que Cambadélis tente désespérément d’oxygéner. Le PS est mort, cette fois la messe est dite. Reste à voir qui en récupérera les dépouilles qui ne sont pas négligeables sur le plan matériel et des infrastructures.

La gauche divisée : une nouvelle occasion manquée

Si on envisage les hypothèses sondagières les plus favorables, la France Insoumise, le PS-Hamon et les Verts totaliseraient un peu plus de 28 %. Cela en ferait le premier groupe parlementaire ! Mais l’addition est trop belle et trop simple. Estimant que cette gauche rassemblée dans sa diversité pouvait être majoritaire, Benoit Hamon a lancé un appel à l’union de toutes les sensibilités de gauche « que (leurs) cultures soient socialistes, écologistes, citoyennes, communistes, insoumises ». En ajoutant « il nous appartient de surmonter les antagonismes des partis, les vieilles rancunes, les sectarismes et les stratégies de démolition« . Il a peu de chance, sinon aucune, d’être entendu par Jean-Luc Mélenchon qui a déjà rejeté un accord proposé par EELV et qui n’est même pas arrivé à s’accorder avec ses partenaires communistes qui l’ont soutenu durant la campagne et dont il refuse qu’ils maintiennent leur identité politique au sein de la France Insoumise. Sauf retournement de dernière minute, la perspective est sombre. En dehors de quelques accords de désistement, communistes et France Insoumise s’affronteront sans doute partout. Rassemblée, la gauche anti-sociale-libérale peut être majoritaire à l’assemblée, divisée, elle n’obtiendrait qu’une poignée de députés. Mais rien n’y fait : Mélenchon ne veut pas de cette « tambouille ».

Sa stratégie semble inébranlable : en résumé Toute la représentation à la France Insoumise qui pourrait ainsi devenir le parti (mouvement) unique de la gauche (ou du peuple). Étrange et peut-être mortelle stratégie : en respectant la diversité de la gauche, Mélenchon artisan d’une grande victoire au premier tour de la présidentielle pourrait légitimement rassembler sous sa bannière hégémonique et incontestée tout ce que la France compte d’hommes, de femmes, de partis, de groupes, de mouvements disposés à se battre contre le monde de la finance et des inégalités. Il préfère privilégier la prééminence exclusive de son mouvement et prendre le risque de ce qui serait, au mieux, « une belle défaite ». Est-ce vraiment cela que « les gens », comme il dit, souhaitent ?

[1] Pour rappel, seules les listes ayant obtenu 12,5 % des inscrits peuvent se maintenir au second tour.

Mots-clés : France

Journaliste-réalisateur, membre du collectif éditorial de "Politique"

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